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La vie mondaine
Taba . Plus d’un mois après les attentats du Sinaï, la vie n’a toujours pas repris son cours normal dans la station balnéaire. Reportage

Redémarrage difficile

Taba, De notre envoyée spéciale

Sur la route Charm Al-Cheikh - Taba, soit 300 km environ, cinq barrages routiers sont installés depuis les attentats du 7 octobre qui ont fait 34 morts et 105 blessés. En fait, depuis ces incidents, les mesures de sécurité ont été doublées. A chacun des cinq barrages, les voitures privées sont obligatoirement inspectées à l’aide d’un appareil de détection d’explosifs ou par des chiens policiers. Tous les passagers doivent montrer leurs cartes d’identité en plus des permis de conduire du chauffeur et de la carte grise de la voiture. Plus encore, les policiers enregistrent le numéro d’immatriculation de la voiture, l’heure de son passage par le barrage et le nombre de passagers. Pour ce qui concerne les autobus touristiques transportant des Egyptiens, ils passent par les mêmes procédures tout en obligeant les passagers à descendre pour inspecter les sièges. « Nous avons également des instructions selon lesquelles nous sommes en mesure de fouiller qui que ce soit si on le suspecte », affirme un policier qui a requis l’anonymat, à l’un des barrages routiers. Quant aux bus touristiques transportant des touristes qui sont déjà accompagnés de deux voitures de police pour la sécurité, les mesures sont limitées à un relevé des numéros de cartes d’identité du chauffeur et du guide touristique, à enregistrer le nombre de touristes et le numéro d’immatriculation. Et, gare au chauffeur de voiture privée qui essaye de doubler un cortège touristique qui est souvent composé de deux ou trois bus encadré par des voitures de la police. Celui qui ose le faire est immédiatement arrêté et risque de se voir confisquer son permis de conduire. Mais les mesures de sécurité ne s’arrêtent pas là. Devant chacun des 11 hôtels de la toute petite ville de Taba, se trouvent deux véhicules blindés dépendant de la Sûreté centrale. A l’entrée des hôtels, on est à nouveau inspecté et cette fois-ci, même le coffre et le moteur de la voiture sont passés aux appareils de détection d’explosifs. De même, les voitures privées doivent se garer dans le parking de l’hôtel ou à une distance de plus de 5 km de l’établissement. Plus encore, à la réception de l’hôtel, les permis de conduire et les cartes grises des voitures sont saisis par la sécurité et ne sont rendus qu’au départ de la personne concernée. Tous ces papiers sont photocopiés et immédiatement envoyés aux services de la Sûreté de l’Etat. « C’est la huitième fois que je viens en Egypte et il est évident pour moi que les mesures de sécurité ont doublé. Ceci me rend plus confiant et m’encourage à me déplacer sans aucune crainte », affirme Willemsens Manny, un touriste belge. Malgré tout, Taba ne s’est pas encore remise du choc. Les rues de la ville, propres et verdoyantes, sont en effet presque désertes. Les quelques bazars touristiques sont fermés bien que leurs propriétaires soient là, assis sur des chaises au soleil en train de lire les journaux. Les habitants qui vivaient de ce commerce sont chez eux. « Avant les attentats, les touristes sillonnaient la ville 24 heures sur 24. Les deux tiers de notre clientèle étaient composés de touristes israéliens », explique Sayed Mahmoud, propriétaire d’un bazar. Et de poursuivre : « Aujourd’hui, Taba accueille un nombre très limité de touristes d’autres nationalités et qui, après les attentats, préfèrent faire leurs achats dans les bazars qui se trouvent à l’intérieur des hôtels. On ne les voit maintenant que dans leurs bus qui les transportent vers Noweiba ou Dahab ». Aymane Hussein, de la société de location de limousines Max, renchérit pour sa part : « Avant les attentats, nous transportions vers Noweiba, Charm Al-Cheikh et Dahab au moins 8 000 touristes par jour. Aujourd’hui, on remercie le bon Dieu si on arrive à en transporter 300 ». Selon lui, son entreprise a eu quelque 300 clients dont 180 Israéliens qui sont uniquement de passage à Taba vers d’autres stations balnéaires égyptiennes.

Les Israéliens prudents

Depuis les attentants, le gouvernement israélien conseille à ses ressortissants de ne plus séjourner à Taba. Une directive que tous les Israéliens ont appliqué à la lettre. Même ceux qui ne venaient à Taba que pour passer la nuit dans les salles de jeu, catégoriquement interdites en Israël. « En Israël, on nous parle beaucoup des dangers de la résidence à Taba. Mais il n’y a aucune crainte à venir faire du tourisme en Egypte en général », explique Samer Mareï, un Arabe israélien accompagné de deux autres Israéliens. Et d’ajouter : « Nous comprenons que le terrorisme existe partout dans le monde. Mais le dernier acte terroriste de Taba nous a pris nous et nos établissements comme cible. C’est pourquoi les plus courageux d’entre nous continuent à venir en Egypte, mais dans des endroits qui ne sont pas uniquement ou majoritairement fréquentés par des Israéliens ». Selon lui, le tourisme israélien en Egypte mettra beaucoup de temps à redémarrer. « Je connais des gens qui sont déterminés à ne plus venir en Egypte même si les prix ont baissé significativement ». Gamal Onsi, codirecteur de l’accueil à l’hôtel Sofitel Taba, affirme que ces jours-ci marquent la saison morte du tourisme israélien en général. Pourtant, en comparaison avec les précédentes saisons mortes, Taba souffre d’une chute de 25 % du nombre des touristes israéliens. « Depuis le jour de l’attentat, nous n’avons accueilli aucun Israélien », affirme Onsi qui s’étonne également de l’absence des touristes slovaques et italiens depuis les incidents. « Le tourisme n’a pas été uniquement touché à Taba, mais dans toute la région. Notre hôtel à Charm Al-Cheikh connaît la même baisse de fréquentation israélienne ». Le seul signe de vie à Taba est manifesté par les tracteurs de la compagnie des Entrepreneurs arabes qui ont commencé la semaine dernière à enlever les débris de l’hôtel attaqué, le Hilton Taba. L’entrée du chantier est interdite sauf aux ouvriers et employés de la société. Et même ceux-ci doivent présenter à chaque entrée leurs cartes grises qu’ils reprennent à la sortie. Une procédure qui les ennuie beaucoup. Tous les habitants de Taba attendent avec impatience la fin des travaux dont la date est toujours imprévisible. Les habitants ont effectivement un grand espoir que lorsque toutes les traces de l’attentat seront éliminées, la vie reprendra son cours normal dans la ville .

Héba Nasreddine

 

 

 

 

 

 

Trois questions à
Mohamad Salem, chef de la municipalité de Taba.
Al-Ahram Hebdo : Depuis les attentats de Taba, la ville souffre d’une chute remarquable du tourisme. Quelles mesures avez-vous pris pour remédier à cette situation ?

Mohamad Salem : Il est vrai que l’attentat perpétré à Taba le 7 octobre dernier a eu une influence très négative sur le tourisme, notamment israélien. Ce dernier représentait presque les deux tiers de l’ensemble du tourisme de la ville de Taba. Aujourd’hui, les Israéliens sont quasiment absents de tous les hôtels de Taba. Pour les encourager à venir y passer leurs vacances, nous avons reçu des instructions selon lesquelles les frais de départ de 30 L.E. doivent être supprimés. Depuis cette décision, près de 180 Israéliens traversent quotidiennement le terminal de Taba. Toutefois, conformément aux ordres du ministère du Tourisme, nous n’avons aucune intention de réduire les prix des hôtels. Car ceci va avoir un effet contraire. Nous avons déjà essayé cette stratégie à la suite des attentats de Louqsor de novembre 1997. Mais cette réduction des prix a été un coup dur porté au tourisme égyptien. En fait, les prix bas attirent les touristes qui ont des moyens limités et qui cherchent des séjours à 100 ou 200 dollars seulement. Ce genre de touristes ne sort normalement pas beaucoup de l’hôtel et ne fait pas beaucoup d’achats, ce qui risque de diminuer le flux de devises étrangères. Nous cherchons maintenant donc la qualité et non pas la quantité.

— Qu’en est-il du Hilton Taba, où a eu lieu l’un des attentats ?

— La commission technique qui a examiné l’état de l’hôtel a décidé de ne pas le démolir, mais de le restaurer. Les travaux ont déjà commencé mercredi 10 novembre, mais la date de leur fin ne peut encore être précisée.

— Les employés du Hilton Taba sont-ils aujourd’hui au chômage ?

— Les employés ont été répartis dans les autres hôtels jusqu’à ce que le travail reprenne au Hilton. Mais il s’agit uniquement de ceux qui travaillaient dans la partie effondrée l

Propos recueillis par H. N.
 

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