Si
le départ d’Arafat est une perte considérable en ce moment
crucial, il est toutefois certain que le peuple palestinien
qui a connu — dans des circonstances analogues — la perte
de plusieurs leaders historiques, est en mesure de désigner
le nouveau commandement. C’est un moment où les changements
régionaux et internationaux survenus dernièrement peuvent
présenter de nouvelles chances de règlement. Le point de départ
sur cette voie dépend des comportements des dirigeants palestiniens
et des chefs responsables des diverses factions. Faut-il rappeler
que les regards internationaux et régionaux sont actuellement
orientés en direction des territoires palestiniens, et suivent
de près ce qui s’y passe afin d’observer le comportement de
l’élite palestinienne. C’est précisément en fonction de ces
comportements que seront déterminées les positions et les
politiques des Etats arabes, les efforts internationaux durant
la prochaine étape. La capacité de l’élite palestinienne à
garantir la stabilité ouvrira certes la voie à un appui arabe,
politique et économique. C’est aussi un facteur de pression
sur les forces internationales — les Etats-Unis en tête —
en vue d’arrêter l’agression et de commencer les négociations
autour de l’application de la Feuille de route. L’élite palestinienne
est appelée dans ce contexte à faire preuve de sa capacité
à maîtriser les positions dans les territoires palestiniens,
à témoigner d’une maturité politique et nationale lui permettant
d’entrer dans un véritable dialogue national. L’objectif consiste
à formuler un agenda national palestinien déterminant les
motifs et les objectifs de la lutte nationale conformément
aux résolutions de la légitimité internationale. Un agenda
national qui serait adopté par les Arabes et présenté aux
forces et aux organisations internationales réclamant son
application — à la place des slogans idéologiques qui donnent
à Israël l’occasion de refuser le règlement politique. L’agenda
auquel peuvent parvenir les factions palestinienne représente
la pierre angulaire de toute démarche véritable sur la voie
de l’Etat palestinien indépendant avec Jérusalem pour capitale,
comme le souhaitait Arafat. Il est temps pour les diverses
factions de mettre en veilleuse les intérêts particuliers
pour adopter une vision nationale apte à être cristallisée
dans le cadre des circonstances régionales et internationales
actuelles. Les Palestiniens ont besoin de l’appui et du soutien
des Etats arabes. Ces derniers doivent en l’occurrence prendre
l’initiative pour soutenir le peuple palestinien sur les deux
plans économique et politique.
La
responsabilité des Etats arabes consiste à donner la priorité
aux intérêts nationaux, procéder à l’unification des rangs
et surtout faire appel à la communauté internationale pour
remplir ses engagements à l’égard de la cause palestinienne.
Les
Arabes peuvent agir dans ce contexte à plus d’un niveau. Ils
peuvent d’abord exploiter l’argument de Sharon selon lequel
il n’a pas de partenaire palestinien de paix. Ils peuvent
aussi agir en direction des superpuissances et des organisations
internationales pour mettre en lumière la réalité des positions
israéliennes, principal obstacle à l’accord sur un règlement
politique.
A
un autre niveau, les Etats arabes peuvent agir en direction
du Quartette qui a préparé à l’origine la Feuille de route
pour lui réclamer l’application de ce plan, approuvé et reconnu
par l’Autorité palestinienne. Le mouvement le plus urgent,
dans ce contexte, doit s’adresser aux Etats-Unis pour réclamer
au président Bush l’exécution pratique de ses promesses au
sujet de l’Etat palestinien indépendant à coté d’Israël. Bien
que l’absence d’Arafat représente une perte pour le peuple
palestinien, les évolutions régionales et internationales
qui ont eu lieu dernièrement favorisent une activation du
processus de règlement politique et l’établissement de l’Etat
palestinien indépendant ...