L’histoire a débuté avec l’invitation
adressée par un centre caritatif pour les affaires islamiques
dans l’un des pays « frères » de l’Amérique Latine au ministère
des Waqfs (Biens religieux).
Ce centre demandait deux émissaires
d’Al-Azhar pour enseigner les préceptes de l’islam dans ce
pays durant 4 ans. Il demandait aussi des récitateurs du Coran
pour animer les soirées du Ramadan.
L’ambassade de ce pays au
Caire avait reçu deux lettres officielles des ministères égyptiens
des Affaires étrangères et des Waqfs prouvant qu’il avait
été convenu d’envoyer quatre personnes suite à la demande
du centre caritatif de culture islamique de cet Etat. L’ambassade,
quant à elle, a fait suivre ces lettres officielles aux autorités
compétentes de son pays pour avis. Ces autorités ont sans
doute informé par la suite leur ambassade de leur décision
de ne pas délivrer à ces émissaires les visas et de ne pas
porter d’intérêt à leurs correspondances.
L’ambassade
du pays en question a refusé de dévoiler les motifs de ce
comportement alors qu’elle a agi de manière différente en
délivrant des visas à d’autres citoyens égyptiens n’ayant
pas de lien avec Al-Azhar. Dans un tel contexte, la seule
interprétation valable de ce comportement est que cette manière
d’agir ne relève pas d’une politique officielle adoptée par
ce pays à l’égard des Egyptiens en général, mais plutôt vis-à-vis
de la religion musulmane. Cette politique, qui n’a pas pour
cible tous les Egyptiens, vise selon toute évidence les citoyens
musulmans. Est-ce acceptable venant d’un pays du tiers-monde
pour lequel on n’éprouve pas de sentiments hostiles ? Ceci
est-il acceptable venant d’un pays dont la majorité est chrétienne
catholique, religion pour laquelle nous n’avons que du respect
?
Le dossier relatif à l’invitation
officielle envoyée par le centre est en ma possession. En
effet, le centre désirait accueillir le cheikh Mohamad Khalil
Ali Azab Hégazi d’Al-Azhar pour enseigner la religion musulmane
durant 4 ans et ce, à partir du 31 octobre dernier. Conformément
à cette invitation, le ministère égyptien des Affaires étrangères
a envoyé une lettre à ce même centre demandant de délivrer
un visa à cette personne dont le numéro de passeport est le
1296528. Le ministère a ajouté en terminant sa demande qu’il
vouait reconnaissance et respect à ce pays.
J’ai également en ma possession
cette autre lettre express envoyée par Al-Azhar au ministre
plénipotentiaire Ahmad Taha, directeur du département des
citoyens étrangers et des attestations au ministère égyptien,
dans laquelle on peut lire : « Al-Azhar s’engage à envoyer
Mohamad Khalil Ali Azab en mission pour enseigner et diffuser
la culture musulmane et ceci aux frais d’Al-Azhar. Conformément
à la décision 1119 du 31 août 2004. Veuillez lui faciliter
les procédures d’entrée ». Cette lettre express du 12 octobre
2004 a été signée par Tewfiq Chafiq Rawach, avocat à la Cour
de cassation et directeur général de l’administration générale
des missions islamiques.
Une lettre semblable du ministère
égyptien des Affaires étrangères demande que M. Abdel-Samie
Mahmoud Ibrahim Moussa, passeport n° 651772, puisse rejoindre
ce pays pour la même mission aux frais d’Al-Azhar. S’ajoutent
à cela des demandes de visas pour son épouse et ses enfants.
Une fois de plus, le ministère égyptien des Affaires étrangères
a saisi l’occasion pour exprimer à l’ambassade ses respects
et sa reconnaissance. Cette lettre date du 5 septembre 2004.
Ceci sans oublier les deux
lettres des récitateurs Abdel-Moneim Mohamad Ibrahim Al-Ratl,
dont le n° de passeport est le 1003551, et Fathi Mohamad Ali
Saleh, dont le passeport porte le n° 496529.
Nous voila à la fin du Ramadan,
et nous n’avons reçu aucune réponse du pays en question.
Ce pays a certes le droit
de refuser l’entrée des musulmans, des Egyptiens et même de
tous les Arabes, qu’ils soient musulmans ou coptes. Il a le
droit de refuser que ces citoyens foulent son territoire puisqu’ils
sont selon ce pays des terroristes. Ce pays a le droit certes
de refuser toutes les décisions ministérielles du gouvernement
égyptien et de ne pas se soucier des lettres successives envoyées
par le ministère égyptien des Affaires étrangères. Mais qu’en
est-il de nous ? Devons-nous rester les bras croisés, sans
réaction ? N’existe-t-il pas de traditions diplomatiques qu’on
nomme politique de réciprocité, qui met en place les fondements
des relations entre les divers pays du monde ? Il semble que
cette situation ne s’applique pas à nous, car la question
ne touche qu’une poignée de citoyens égyptiens sans grande
valeur. Nous ne sommes pas en Israël. Pays qui ne cesse de
revendiquer non seulement les droits de ses citoyens, mais
aussi les dépouilles de ses morts 10 ans ou 15 ans après leur
décès, comme cela a été le cas pour certaines victimes des
nazis en Europe.
On n’est pas en Israël, il
est vrai. Mais cela signifie-t-il qu’un tout petit pays sur
la carte du monde, tellement petit qu’il peut passer inaperçu,
a le droit de faire fi des correspondances des ministères
des Affaires étrangères et des Waqfs sans qu’on ne lui demande
de comptes.
Je ne connais pas ces candidats
d’Al-Azhar, mais j’écris poussé par mon sens professionnel
qui m’autorise à défendre les droits des citoyens. Surtout
quand le gouvernement égyptien ne se soucie pas des droits
des gens simples pour qui ce genre de mission réaliserait
un grand rêve.
Je présente mes excuses aux
personnes concernées pour avoir cité leurs noms sans leur
autorisation. Mais en réalité, ce problème dépasse l’aspect
personnel des choses, et revêt un aspect public beaucoup plus
important car il ne peut être dissocié de la dignité du citoyen
égyptien.
Quant aux excuses que l’on
doit adresser à ces personnes pour le temps perdu dans ces
sempiternels aller-retour en quête de réponse à leur demande,
il faut les chercher à l’institution officielle qui veille
sur les intérêts du peuple égyptien, à savoir le ministère
des Affaires étrangères. D’autant plus que son ministre, Ahmad
Aboul-Gheit, est une personnalité de grande envergure qui
jouit du respect d’un grand nombre de personnes et dont le
sens patriotique est indéniable. Il ne fait pas de doute qu’il
ne pourrait admettre qu’une telle façon d’agir soit le lot
de ses concitoyens alors qu’il est à la tête du ministère
des Affaires étrangères .