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Pourquoi a-t-on si peu d’égard envers les Egyptiens ?
Par Mohamed Salmawy
Je ne peux imaginer à quel point on fait peu de cas du citoyen égyptien. Je ne peux imaginer qu’un pays dont le nombre d’habitants ne dépasse pas celui d’un quartier du Caire puisse refuser l’entrée d’Egyptiens sur son territoire. Et ce, sans avancer les raisons de cette décision et sans que nos appareils d’Etat n’opposent de réaction diplomatique pour préserver la dignité du citoyen égyptien. Comme si cette attitude était tout à fait normale, voire acceptable.

L’histoire a débuté avec l’invitation adressée par un centre caritatif pour les affaires islamiques dans l’un des pays « frères » de l’Amérique Latine au ministère des Waqfs (Biens religieux).

Ce centre demandait deux émissaires d’Al-Azhar pour enseigner les préceptes de l’islam dans ce pays durant 4 ans. Il demandait aussi des récitateurs du Coran pour animer les soirées du Ramadan.

L’ambassade de ce pays au Caire avait reçu deux lettres officielles des ministères égyptiens des Affaires étrangères et des Waqfs prouvant qu’il avait été convenu d’envoyer quatre personnes suite à la demande du centre caritatif de culture islamique de cet Etat. L’ambassade, quant à elle, a fait suivre ces lettres officielles aux autorités compétentes de son pays pour avis. Ces autorités ont sans doute informé par la suite leur ambassade de leur décision de ne pas délivrer à ces émissaires les visas et de ne pas porter d’intérêt à leurs correspondances.

L’ambassade du pays en question a refusé de dévoiler les motifs de ce comportement alors qu’elle a agi de manière différente en délivrant des visas à d’autres citoyens égyptiens n’ayant pas de lien avec Al-Azhar. Dans un tel contexte, la seule interprétation valable de ce comportement est que cette manière d’agir ne relève pas d’une politique officielle adoptée par ce pays à l’égard des Egyptiens en général, mais plutôt vis-à-vis de la religion musulmane. Cette politique, qui n’a pas pour cible tous les Egyptiens, vise selon toute évidence les citoyens musulmans. Est-ce acceptable venant d’un pays du tiers-monde pour lequel on n’éprouve pas de sentiments hostiles ? Ceci est-il acceptable venant d’un pays dont la majorité est chrétienne catholique, religion pour laquelle nous n’avons que du respect ?

Le dossier relatif à l’invitation officielle envoyée par le centre est en ma possession. En effet, le centre désirait accueillir le cheikh Mohamad Khalil Ali Azab Hégazi d’Al-Azhar pour enseigner la religion musulmane durant 4 ans et ce, à partir du 31 octobre dernier. Conformément à cette invitation, le ministère égyptien des Affaires étrangères a envoyé une lettre à ce même centre demandant de délivrer un visa à cette personne dont le numéro de passeport est le 1296528. Le ministère a ajouté en terminant sa demande qu’il vouait reconnaissance et respect à ce pays.

J’ai également en ma possession cette autre lettre express envoyée par Al-Azhar au ministre plénipotentiaire Ahmad Taha, directeur du département des citoyens étrangers et des attestations au ministère égyptien, dans laquelle on peut lire : « Al-Azhar s’engage à envoyer Mohamad Khalil Ali Azab en mission pour enseigner et diffuser la culture musulmane et ceci aux frais d’Al-Azhar. Conformément à la décision 1119 du 31 août 2004. Veuillez lui faciliter les procédures d’entrée ». Cette lettre express du 12 octobre 2004 a été signée par Tewfiq Chafiq Rawach, avocat à la Cour de cassation et directeur général de l’administration générale des missions islamiques.

Une lettre semblable du ministère égyptien des Affaires étrangères demande que M. Abdel-Samie Mahmoud Ibrahim Moussa, passeport n° 651772, puisse rejoindre ce pays pour la même mission aux frais d’Al-Azhar. S’ajoutent à cela des demandes de visas pour son épouse et ses enfants. Une fois de plus, le ministère égyptien des Affaires étrangères a saisi l’occasion pour exprimer à l’ambassade ses respects et sa reconnaissance. Cette lettre date du 5 septembre 2004.

Ceci sans oublier les deux lettres des récitateurs Abdel-Moneim Mohamad Ibrahim Al-Ratl, dont le n° de passeport est le 1003551, et Fathi Mohamad Ali Saleh, dont le passeport porte le n° 496529.

Nous voila à la fin du Ramadan, et nous n’avons reçu aucune réponse du pays en question.

Ce pays a certes le droit de refuser l’entrée des musulmans, des Egyptiens et même de tous les Arabes, qu’ils soient musulmans ou coptes. Il a le droit de refuser que ces citoyens foulent son territoire puisqu’ils sont selon ce pays des terroristes. Ce pays a le droit certes de refuser toutes les décisions ministérielles du gouvernement égyptien et de ne pas se soucier des lettres successives envoyées par le ministère égyptien des Affaires étrangères. Mais qu’en est-il de nous ? Devons-nous rester les bras croisés, sans réaction ? N’existe-t-il pas de traditions diplomatiques qu’on nomme politique de réciprocité, qui met en place les fondements des relations entre les divers pays du monde ? Il semble que cette situation ne s’applique pas à nous, car la question ne touche qu’une poignée de citoyens égyptiens sans grande valeur. Nous ne sommes pas en Israël. Pays qui ne cesse de revendiquer non seulement les droits de ses citoyens, mais aussi les dépouilles de ses morts 10 ans ou 15 ans après leur décès, comme cela a été le cas pour certaines victimes des nazis en Europe.

On n’est pas en Israël, il est vrai. Mais cela signifie-t-il qu’un tout petit pays sur la carte du monde, tellement petit qu’il peut passer inaperçu, a le droit de faire fi des correspondances des ministères des Affaires étrangères et des Waqfs sans qu’on ne lui demande de comptes.

Je ne connais pas ces candidats d’Al-Azhar, mais j’écris poussé par mon sens professionnel qui m’autorise à défendre les droits des citoyens. Surtout quand le gouvernement égyptien ne se soucie pas des droits des gens simples pour qui ce genre de mission réaliserait un grand rêve.

Je présente mes excuses aux personnes concernées pour avoir cité leurs noms sans leur autorisation. Mais en réalité, ce problème dépasse l’aspect personnel des choses, et revêt un aspect public beaucoup plus important car il ne peut être dissocié de la dignité du citoyen égyptien.

Quant aux excuses que l’on doit adresser à ces personnes pour le temps perdu dans ces sempiternels aller-retour en quête de réponse à leur demande, il faut les chercher à l’institution officielle qui veille sur les intérêts du peuple égyptien, à savoir le ministère des Affaires étrangères. D’autant plus que son ministre, Ahmad Aboul-Gheit, est une personnalité de grande envergure qui jouit du respect d’un grand nombre de personnes et dont le sens patriotique est indéniable. Il ne fait pas de doute qu’il ne pourrait admettre qu’une telle façon d’agir soit le lot de ses concitoyens alors qu’il est à la tête du ministère des Affaires étrangères .

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