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Iran . La République islamique a accepté une suspension quasi totale de l’enrichissement de l’uranium. Une décision prise in extremis afin d’éviter les sanctions internationales.

Téhéran infléchit sa position

Au prix d’âpres tractations avec les trois grands Européens (Allemagne, France, Grande-Bretagne), l’Iran a enfin accepté, dimanche dernier, une suspension complète de l’enrichissement d’uranium contre une offre de coopération européenne. Cet accord est intervenu lors d’ultimes négociations engagées, dimanche, entre Iraniens et Européens pour tenter de finaliser — avant qu’il ne soit trop tard — un accord qui éviterait que la querelle nucléaire iranienne ne soit portée devant le Conseil de sécurité de l’Onu, à la suite de la réunion de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) prévue le 25 novembre.

Cette suspension, censée entrée en application à partir du 22 novembre, doit éloigner la menace pour l’Iran d’être traîné devant le Conseil de sécurité de l’Onu, selon le responsable du nucléaire iranien Hassan Rohani. La République islamique, accusée par les Etats-Unis et Israël de mettre au point la bombe atomique sous le couvert d’activités nucléaires civiles, a ainsi accédé aux demandes pressantes de la communauté internationale, et en particulier de l’Union européenne, qui réclamait une suspension complète. Pour les Européens en effet, la suspension totale est la seule garantie probante que la technologie produisant le combustible pour les futures centrales civiles iraniennes ne sera pas détournée à des fins militaires. « Nous avons accepté de suspendre quasiment toutes les activités liées à l’enrichissement », a déclaré Hassan Rohani devant la presse après avoir reçu les ambassadeurs allemand, britannique et français à Téhéran. « Ce que nous avons accepté correspond quasiment à ce qui était demandé dans la résolution de l’Agence internationale de l’énergie atomique, qui avait appelé l’Iran à une telle suspension dans une résolution adoptée en septembre », a ajouté M. Rohani.

Selon l’un des proches de Rohani, Hossein Moussavian, l’Iran a consenti à suspendre non seulement l’enrichissement à proprement parler, mais aussi les opérations préalables : la conversion d’uranium et la production des pièces de centrifugeuses, les appareils qui servent à l’enrichissement. Il s’agissait là d’une exigence européenne qui a paru un temps compromettre tout accord.

En contrepartie d’une suspension, les Européens, qui négociaient avec les Iraniens depuis fin octobre, leur ont offert une coopération nucléaire, comprenant l’aide à l’acquisition d’un réacteur de recherche à eau légère et des assurances quant à l’approvisionnement en combustible des centrales iraniennes. L’offre comporte aussi un volet commercial et un autre politique.


Soulagement mesuré

La décision iranienne a été accueillie avec satisfaction parmi les Européens. « Il s’agit d’une très bonne nouvelle », a déclaré dimanche un diplomate européen proche des négociations, tout en ajoutant : « Il reste des questions de détail à régler, mais ce sont des questions mineures. Nous sommes arrivés à un accord total sur tout ce qui était à la négociation ces dernières semaines, et pas seulement l’enrichissement ».

Compromettant légèrement la joie européenne, le porte-parole des Affaires étrangères, Hamid Reza Assefi, a affirmé, lundi, qu’une suspension « volontaire » ne signifie pas « arrêt total » de l’enrichissement. « Si l’Iran a accepté de suspendre l’enrichissement d’uranium, cela ne signifie pas l’arrêter définitivement. C’est une décision volontaire et politique qui n’est nullement une obligation légale », a insisté M. Assefi. « L’accord reconnaît le droit de l’Iran à la maîtrise de la technologie nucléaire », a-t-il poursuivi. A présent, « nous attendons une sérieuse évolution à la réunion de l’AIEA, le 25 novembre », a déclaré M. Assefi. Reste à savoir quelle sera désormais la réaction des Etats-Unis vis-à-vis de Téhéran. Les Iraniens attendent en effet un changement d’attitude de Washington à son égard après sa décision : « Pour négocier avec les Américains, il faudrait qu’on soit certain qu’ils ont changé d’attitude vis-à-vis de l’Iran, on saura cela dans les prochains jours, mais cela ne sert à rien de négocier (avec eux) pour qu’ils nous répètent dans la négociation ce qu’ils disent publiquement », a ajouté M. Assefi. Un changement d’attitude qui risque de ne pas avoir lieu. Car si l’Iran est toujours dans le collimateur américain, les Etats-Unis trouveront sans doute un nouveau prétexte pour s’attaquer à la République islamique, à laquelle ils reprochent bien plus que la question nucléaire.

Maha Al-Cherbini
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