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Iraq . Le
bilan de l’offensive contre Falloujah reste flou, notamment
en termes de victimes. Des combats se sont engagés dans plusieurs
autres villes. |
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L’autre guerre
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| Alors que les
regards étaient tournés vers les territoires et les esprits
préoccupés par la question palestinienne après la mort du président
de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat, l’armée américaine
menait son offensive contre Falloujah, un bastion sunnite rebelle
abritant, selon les forces américaines, des combattants du terroriste
Abou-Moussab Zarqaoui. Il s’agit de l’offensive la plus importante
menée depuis l’invasion du pays en mars 2003. Un assaut qui
a pris les allures de véritable guerre, les combattants iraqiens
tenant tête autant que possible, les forces américaines employant
tous les moyens pour mettre fin aux dernières poches de résistance.
Les combats ont ainsi été féroces et l’armée américaine a fait
état de 38 soldats et d’au moins 1 200 insurgés tués depuis
le 8 novembre à Falloujah. Des chiffres difficiles à vérifier,
l’armée américaine étant la seule source les fournissant.
Autre
inconnue : le nombre de pertes civiles. L’armée américaine,
par la voie du général Natonski, a certes nié qu’il y ait une
crise humanitaire dans la ville, le risque n’en demeure pas
moins véritable et la situation désastreuse pour les habitants
de Falloujah. Devant les craintes d’une crise humanitaire à
Falloujah, les militaires américains insistent sur le fait que
tout a été mis en place pour soigner les blessés civils. L’armée
a « tenté de minimiser autant que possible les dégâts, en utilisant
des munitions très précises », a déclaré le général Natonski.
Des propos qui ne calment guère. Le Croissant-Rouge iraqien
négociait toujours lundi avec les troupes américaines pour obtenir
l’acheminement vers le centre de Falloujah d’une aide humanitaire
bloquée depuis samedi à l’hôpital général, situé à sa lisière
ouest. Alors que les blessés civils sont dirigés vers l’hôpital
général qui a été approvisionné en eau et en fioul et vers un
deuxième hôpital, situé à l’est de la ville.
Seule certitude,
même si la majeure partie de Falloujah est sous le contrôle
des militaires, les opérations ne sont pas terminées et se concentrent
désormais dans le sud et le sud-ouest de la ville, où les combats
semblent plus féroces. A ce sujet également, les déclarations
ont été contradictoires. Après que le secrétaire d’Etat iraqien
à la Sécurité nationale, Kassem Daoud, eut affirmé, dans un
premier temps, que « les opérations (...) étaient achevées et
qu’il ne restait que des poches cancéreuses », le secrétaire
américain à la Défense, Donald Rumsfeld, a déclaré le contraire
et la situation sur le terrain l’a prouvé. |
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Les autres batailles
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Parallèlement
aux opérations de Falloujah, des combats avec la résistance
iraqienne se sont déroulés dans plusieurs autres villes iraqiennes.
L’armée américaine a mené lundi des attaques aériennes et
terrestres dans la ville de Baaqouba, au nord-est de Bagdad,
après des affrontements entre rebelles et forces de sécurité
iraqiennes, des violences qui ont fait au moins 20 morts parmi
les insurgés, selon un officier américain. De même, à 200
km au nord de Bagdad, dans la région de Baïji, 13 Iraqiens
ont été tués et 26 blessés dimanche dans des heurts et deux
raids américains, selon une source hospitalière. La situation
est non moins instable à Samarra, au nord de la capitale,
où le recours à la police iraqienne pour rétablir le calme
n’a pas porté ses fruits, au point que certains responsables
militaires américains craignent que la ville ne retourne à
l’anarchie. « Samarra prospérera ou plongera dans le chaos,
tout dépend de la police », a ainsi affirmé le capitaine Andy
Rockefeller, dont les troupes ont combattu plusieurs fois
les rebelles dans la ville, reprise début octobre aux insurgés
à la faveur d’une offensive d’envergure de l’armée américaine.
A l’issue de cette dernière bataille, quelque 2 000 nouveaux
policiers devaient être engagés pour rétablir le calme et
l’ordre à Samarra. Mais l’officier américain a indiqué samedi
que la peur et l’apathie ont poussé la plupart des 500 à 600
policiers qui ont fait acte de candidature à démissionner
ensuite.
Mais la situation
s’est surtout dégradée à Mossoul à 370 km au nord de Bagdad,
où la situation s’est tendue depuis le début de l’offensive
contre Falloujah. Sept policiers et 30 rebelles ont été tués
dimanche dans des affrontements à Mossoul, a affirmé lundi
à Bagdad le ministre de l’Intérieur, Falah Al-Nakib. La Garde
nationale iraqienne a commencé dimanche à reprendre cette
ville, tombée vendredi aux mains de la guérilla.
Des accrochages
sporadiques ont eu lieu avec les rebelles. Certains rebelles
qui, ayant fui Falloujah, seraient actuellement réfugiés à
Mossoul. Les soldats américains promettent une série d’opérations
dans les prochains jours dans le but d’écraser la rébellion.
Le premier ministre iraqien Iyad Allaoui avait, lui aussi,
affirmé que les forces de sécurité iraqiennes se rassemblaient
à Mossoul et allaient intervenir « dans les prochains jours
» pour rétablir l’ordre dans la ville
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Abir
Taleb |
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Zarqaoui, le
Bin Laden de l’Iraq |
Lancée initialement
pour neutraliser Zarqaoui et son groupe, l’attaque contre Falloujah
n’a pas permis de capturer le terroriste jordanien.
En donnant l’assaut
sur Falloujah, l’armée américaine espérait neutraliser Abou-Moussab
Al-Zarqaoui, l’allié du chef d’Al-Qaëda, accusé d’être à l’origine
de nombreux attentats anti-américains commis en Iraq depuis
le début de l’occupation. Mais Zarqaoui ainsi que le chef des
insurgés de Falloujah, Abdallah Al-Janabi, se sont échappés
de la ville sunnite, qui est tombée entre les mains des forces
américaines.
Pire encore, pour
narguer les Américains, Zarqaoui est réapparu vendredi, alors
que les combats faisaient rage à Falloujah, sur Internet, dans
un enregistrement sonore qui lui est attribué pour appeler à
la résistance. « Ô héros de l’islam à Falloujah, béni soit
votre djihad (...). Vous êtes à l’avant-garde de la nation,
ne soyez pas avares (de) vos vies au service de votre religion
», dit une voix dans un enregistrement sonore attribué à Zarqaoui,
ennemi numéro un des Etats-Unis en Iraq. L’enregistrement dénonce
l’assaut donné à Falloujah par des forces américaines et iraqiennes
qui « se sont unies face à un ennemi : un vrai islam sous la
bannière du vrai djihad ». De quoi nous rappeler le discours
de Bin Laden, recherché depuis la guerre menée par les Américains
contre l’Afghanistan à la suite des attentats du 11 septembre
2001, jamais retrouvé depuis et qui sert depuis de prétexte
dans la guerre que les Etats-Unis mènent contre le terrorisme.
En effet, un haut
responsable de l’armée américaine à Washington et le conseiller
iraqien à la sécurité nationale, Kassem Daoud, ont indiqué que
des chefs rebelles, dont Zarqaoui, avaient probablement fui
Falloujah. Plus encore, les combattants de Zarqaoui sont peut-être
en train de se regrouper pour créer d’autres Falloujah. Les
commandants iraqiens et américains ont tous exprimé leur étonnement
devant le faible niveau de résistance rencontré à Falloujah
depuis le début de l’offensive, la semaine dernière. Cela pourrait
signifier que beaucoup de combattants arabes ont quitté la ville
en laissant sa défense à des insurgés locaux. Bien que les responsables
américains et iraqiens soient réticents à avancer des chiffres
sur le nombre de combattants étrangers à Falloujah, ils affirment
avec assurance que Zarqaoui et son groupe ont utilisé la ville
comme quartier général.
La question la
plus brûlante est donc de savoir si Zarqaoui et les combattants
arabes sont partis et s’ils sont en mesure de créer d’autres
bastions rebelles. Les forces américaines ont affirmé avoir
porté un coup significatif à Zarqaoui à Falloujah, avec des
frappes aériennes de précision dans les mois qui ont précédé
l’offensive actuelle. Mais les analystes notent que les insurgés
sont très actifs dans d’autres villes sunnites comme Samarra
et Mossoul (nord), ou des régions comme Latifiya au sud de Bagdad,
et même dans la capitale. « Les combattants étrangers ont une
stratégie de combat à long terme contre les Américains », affirme
Joost Hiltermann, un expert de l’International Crisis Group
à Amman. « Ils veulent réitérer en Iraq ce que leurs prédécesseurs
ont réussi en Afghanistan contre les Soviétiques », souligne-t-il.
Lors de son dernier message télévisé, le 29 octobre, Bin Laden
a effectué une telle analogie en promettant une « guerre d’usure
» aux Américains. Selon M. Hiltermann, même si Falloujah est
vaincue, le combat continuera ailleurs et les insurgés pourraient
même revenir à Falloujah en raison de la faiblesse des forces
de sécurité iraqiennes et de l’incapacité de l’armée américaine
à contrôler tout le pays.
Rien n’est donc
encore joué et tout porte à croire que Zarqaoui, dont la tête
a été mise à prix par les Etats-Unis pour 25 millions de dollars,
continuera à harceler les Américains, et que ces derniers continueront
eux aussi à l’exploiter pour mener à terme leurs ambitions.
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A.T. |
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