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Palestine . L’Autorité palestinienne doit assurer la sécurité et organiser les élections présidentielles. Une mission qui s’annonce difficile.
Le défi sécuritaire

Une fusillade qui a éclaté dimanche à Gaza en présence du nouveau chef de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), Mahmoud Abbass, et qui a coûté la vie à deux policiers palestiniens met l’accent sur le principal défi qu’affronte la nouvelle direction palestinienne : la situation sécuritaire. « Certains aspects de la situation sécuritaire dans les territoires palestiniens sont chaotiques », a déclaré M. Abbass pressenti comme successeur de Yasser Arafat à la tête de l’Autorité palestinienne. Bien qu’aucune décision formelle n’ait été annoncée dimanche, des responsables du mouvement Fatah ont indiqué que sa direction avait d’ores et déjà choisi M. Abbass, 69 ans, comme son candidat à la présidentielle de janvier prochain.

M. Abbass aurait l’appui du Comité central du Fatah, la principale composante de l’OLP fondée par Yasser Arafat, ce qui devrait écarter une candidature de Marwan Barghouthi, le populaire chef du Fatah en Cisjordanie, détenu par les Israéliens et condamné début juin à la prison à vie pour implication dans des attentats anti-israéliens.

Tout en écartant l’hypothèse d’un attentat dirigé contre lui, M. Abbass s’est dit convaincu que les responsables civils et policiers feront leur devoir pour contrôler la situation sur le terrain. M. Abbass multiplie ces jours-ci ses rencontres avec les responsables des services de sécurité et ceux des factions palestiniennes.

Le premier ministre palestinien, Ahmad Qorei, suite à sa nomination dimanche à la tête du Conseil de sécurité nationale palestinien en remplacement d’Arafat, concentre désormais entre ses mains les pouvoirs sécuritaires, ce qu’il avait vainement réclamé du vivant de Yasser Arafat.

La fusillade de dimanche a également souligné la nécessité de la tenue des élections afin d’éviter la violence et l’anarchie.

« Nous devons entamer un processus qui permette de restaurer la loi et l’ordre public », a déclaré lundi le ministre palestinien chargé des Négociations, Saëb Eraqat. Celui-ci a demandé, à cette occasion, au président américain George W. Bush qu’il soutienne les Palestiniens afin que puisse se tenir l’élection présidentielle prévue le 9 janvier qui conduirait, estime-t-il, le Proche-Orient vers la démocratie.

« Il doit obtenir que l’armée d’Israël se retire (de la bande de Gaza et de la Cisjordanie) et envoyer des observateurs civils afin que des élections authentiques et justes aient lieu », a-t-il ajouté.

« J’espère que les Israéliens comprendront vraiment l’importance d’organiser ces élections palestiniennes parce que si l’on ne réussit pas à organiser ces élections, ce sera la porte ouverte à toujours plus de chaos, d’anarchie, de milices, de violence et de surenchère à la violence », a-t-il ajouté.

Outre le retrait de l’armée israélienne des villes de Cisjordanie, l’Autorité palestinienne réclame pour la bonne tenue de l’élection présidentielle, le droit de vote pour près d’un quart de million de Palestiniens de Jérusalem-Est, occupée et annexée.

L’élection présidentielle palestinienne forme un « tout indivisible » auquel doivent participer les Palestiniens de Jérusalem-Est, a affirmé dimanche l’ancien ministre palestinien délégué à la Sécurité intérieure, Mohamad Dahlane.

« Les élections sont un tout indivisible : soit l’ensemble du peuple palestinien y participe, y compris les habitants de Jérusalem-Est comme en 1996, soit Israël et la communauté internationale endossent la responsabilité de leur annulation », a-t-il déclaré.

« La balle est maintenant dans le camp de la communauté internationale, notamment des Etats-Unis, qui prétendent vouloir instaurer la démocratie dans le monde arabe. Son devoir lui dicte d’obliger Israël à nous permettre de tenir des élections démocratiques », a-t-il ajouté.

Les propos du responsable palestinien sont intervenus en réaction à la déclaration du ministre israélien des Affaires étrangères Sylvan Shalom, qui a affirmé être opposé à la participation au scrutin des Palestiniens de Jérusalem-Est. Toutefois, le chef du gouvernement, Ariel Sharon, a souligné devant son cabinet que les déclarations de M. Shalom ne reflétaient que son opinion personnelle.


Concertations internationales

Appuyant les revendications palestiniennes, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Ahmad Aboul-Gheit, a demandé au secrétaire d’Etat américain Colin Powell de prendre contact avec les parties concernées par la question palestinienne pour tenter de les convaincre de la nécessité de faire tous les efforts nécessaires pour faciliter la tenue des élections palestiniennes dans les délais prévus.

« M. Powell devrait notamment demander à Israël de lever des barrages (empêchant le déplacement des Palestiniens entre les différentes zones des territoires occupés), restituer ses fonds gelés à l’Autorité palestinienne, arrêter les assassinats ciblés des dirigeants palestiniens, afin de parvenir à un cessez-le-feu », a ajouté le ministre égyptien.

Le secrétaire d’Etat américain Colin Powell, attendu la semaine prochaine en Cisjordanie et probablement à Gaza, a de même exprimé dimanche l’espoir que les élections palestiniennes se déroulent « sans encombre ». Selon le New York Times, le premier ministre Ariel Sharon a accepté une demande américaine d’étudier l’éventualité d’un retrait des forces de sécurité israéliennes pour faciliter les élections palestiniennes.

« Israël a de sérieuses réserves à l’égard de cette recommandation mais s’est montré prêt à l’examiner sous certaines conditions, parmi lesquelles une mobilisation des forces de sécurité palestiniennes à la place de ses propres forces », a indiqué une source proche du dossier au journal.

Rania Adel
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« Les Palestiniens doivent redéfinir leur stratégie »

Présidente du Sénat belge, Anne-Marie Lizin fait le point sur la question palestinienne et le terrorisme international.

Propos recueillis par Aïcha Abdel-Ghaffar

Al-Ahram Hebdo : Vous portez un intérêt particulier à la question palestinienne. Comment peut-on parvenir à une solution pacifique ?

Anne-Marie Lizin : Je travaille sur cette question depuis environ 30 ans, depuis 1979, quand j’ai commencé au Parlement européen. C’est une question qui est souvent laissée de côté par les Européens officiels, mais qui est très importante pour le monde arabe, pour le monde musulman, mais aussi pour l’Europe et la Méditerranée. Pour l’instant, on est dans une phase particulièrement négative. Les Palestiniens doivent se demander ce qu’ils peuvent réellement obtenir sur la scène internationale et savoir quelle est leur marge de manœuvre. Je pense que pour l’instant, la tactique n’était pas sans doute la bonne, parce qu’elle a rendu la situation plus négative qu’avant. Donc, on se trouve maintenant avec une Autorité palestinienne qui est presque détruite, et donc il faut recréer tous les acquis des résolutions des Nations-Unies. Le travail maintenant n’est même pas simplement de réussir la mise en œuvre ; c’est vraiment de montrer que les Palestiniens ne sont pas tous des terroristes. Donc, il y a un travail gigantesque à faire.

— Ce qui se passe aujourd’hui dans les territoires occupés, croyez-vous que c’est du terrorisme ou de la résistance ?

— C’est de la résistance, mais c’est classé terrorisme. Ils sont sur la liste des terroristes internationaux sur laquelle se fonde la coopération internationale. En ce qui concerne la position européenne, elle est très claire, il y a des actes terroristes qui doivent être poursuivis. Le fait de détruire les maisons de civils dans lesquelles ne se trouve pas un danger particulier, c’est un acte qui n’est pas nécessairement fondé. Mais dans le cas d’Israël, ils ont des arguments pour dire que la bande de Rafah était une bande qui servait au transit des armes pour Israël. C’est ce que je vous explique, c’est le droit antiterroriste et qui est maintenant déjà adopté et non plus les résolutions 242 ou 338 des Palestiniens. Le pilier antiterroriste dans le droit international est devenu un pilier très important qui dévalorise complètement les résolutions des Nations-Unies. Si on classe comme « terroristes » tous les Palestiniens dans les territoires occupés sans distinction, qu’est-ce qui reste qui ne soit pas terroriste ? C’est cela le véritable danger de l’évolution actuelle du droit.

Mais le droit international leur donnera raison si on ne fait pas très vite autre chose. Donc tant que les actions de type suicide continuent, tous les Palestiniens seront mis systématiquement dans le même camp. Il faut donc une réflexion entre les Palestiniens. Il faut redéfinir une stratégie compte tenu de la situation.

— Quelle est votre position vis-à-vis de la nécessité de combattre le terrorisme international ?

— Nous avons fait deux jours de colloque là-dessus. Il y avait d’ailleurs une délégation égyptienne qui est venue, une énorme délégation russe, des délégations pratiquement de tous les pays de l’Organisation de la Sécurité et de la Coopération en Europe (OSCE). Nous pouvons essayer d’avoir une législation harmonisée, des échanges d’information et une compréhension du phénomène parce que l’Egypte comprend bien d’où vient le problème. Je me réfère aux thèses extrémistes de Sayed Qotb, ce genre de philosophie à l’intérieur des Frères musulmans. L’Egypte a beaucoup à nous apprendre comme l’Algérie a beaucoup à nous apprendre. On ne connaissait pas le détail des philosophies. Là se trouve un des points très importants de l’évolution de la coopération sur le terrorisme. Nous soutenons d’ailleurs la proposition du président Moubarak concernant la tenue d’une conférence internationale afin de combattre le terrorisme. C’est clair que l’Egypte est un pays qui est tout à fait apte à fournir énormément de données aux autres pays.

 

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