En
chemise ou t-shirt, il fait son apparition sur
une scène sobre. Modestement, il s’adresse à son
public, le salue comme s’il le connaissait déjà.
Puis, il s’installe sur sa chaise. A l’aise, Sayed
Ragab introduit ses divers contes au public. Seul
sur scène, sans éclairage ni musique ou décor,
il commence à raconter ses histoires dans une
ambiance conviviale.
On
entend d’abord le conte de Hassan et Naïma. Sayed
Ragab est tour à tour narrateur puis héros de
l’histoire, tantôt il est l’adjuvant du couple
amoureux, tantôt il en est l’adversaire. Toute
l’histoire prend corps par sa voix et sa propre
interprétation. Quand il est narrateur de la Sira
al-hilaliya, il devient un personnage de la Haute-Egypte.
Les mots se déchaînent alors dans le dialecte
particulier à cette région.
Dans
les maqamats (histoires) de Beiram Al-Tounsi,
il s’agit plutôt d’un arabe classique et soutenu
respectant alors le texte de ce grand poète. «
Tout dépend de la nature de l’histoire. Le narrateur
change de caractère et d’identité selon ce qu’il
raconte », souligne Ragab. Ainsi, le conteur est
parfois un narrateur folklorique qui rappelle
les traditions de la narration populaire, parfois
un homme ordinaire qui ressemble beaucoup à son
public, ou encore un intellectuel.
Comédien
et ancien membre de l’Atelier de Hassan Al-Gretli,
Sayed Ragab a beaucoup travaillé sur la narration
depuis les années 1990. Il est devenu le narrateur
de la troupe dans plusieurs spectacles. « Dans
la narration, tous les éléments qui constituent
le spectacle théâtral se résument dans la voix
et l’interprétation. La narration fait partie
intégrante de la formation de tout acteur », explique
Ragab. Pour lui, narrateur et acteur sont indissociables.
En
dehors de l’interprétation, Ragab écrit. « J’ai
remarqué que mes écrits étaient proches du style
des histoires narrées et qu’ils ne constituaient
pas des pièces de théâtre dans le vrai sens du
terme ». C’est alors qu’à partir de 2000, après
avoir quitté l’atelier, il lance ses soirées de
narration dans le but de renouveler cet art ancestral
et traditionnel limité aux contes folkloriques
et aux œuvres du passé. Pour ce faire, Ragab puise
encore dans le patrimoine égyptien mais choisit
d’aborder également le présent. Les scènes de
la vie quotidienne sont ainsi racontées à travers
des historiettes plaisantes écrites par Ragab
lui-même en arabe dialectal. « L’arabe dialectal
est mon langage préféré, celui dans lequel je
peux facilement m’exprimer. Et puis les scènes
de la vie quotidienne racontées sont plus authentiques
en arabe dialectal. Le public est plus touché,
ce qui permet d’installer plus facilement une
ambiance d’intimité », affirme le conteur. « Quand
on essaye de revivifier la narration, on puise
encore dans le passé. Pourquoi donc ne pas se
servir de notre présent ? On peut ajouter au folklore
et au patrimoine égyptiens les histoires d’aujourd’hui.
Ainsi, d’une génération à l’autre, les scènes
de la vie quotidienne se transmettent par la narration
», poursuit-il.
Ainsi
dans une de ses histoires, La Souris, Sayed Ragab
décrit la situation de l’homme dans la société
actuelle. Pour lui, il existe un rapport entre
la souris et l’homme d’aujourd’hui. « On est très
proche de la souris. Parfois on se cache, parfois
on joue au plus fort ou à l’intéressant ». Avec
cependant une nuance : « La souris ne crie qu’une
fois avant de mourir, mais moi le cri peut me
permettre de survivre », précise Ragab. Le cri
ne suggère-t-il pas un refus ou une condamnation
? Ne s’agit-il pas d’un certain message dans l’histoire
racontée ?
Le
Journal d’Al-Faramawi, une série d’histoires écrites
et racontées par Sayed Ragab, forme en fait l’autobiographie
constant développement d’Al-Faramawi, personnage
venant faire part au public de ses problèmes quotidiens
: incertitudes, histoire d’amour avortée, etc.
Ragab
tente de plonger son public aussi bien dans l’ambiance
du « Il était une fois » que dans l’air de l’actualité
et du présent sur un ton fantaisiste et comique.
Une
rencontre passionnée entre les contes du passé
et les histoires du temps présent.