Al-Ahram
Hebdo : Comment avez-vous été choisi pour diriger l’orchestre
symphonique de l’Opéra du Caire ?
Christoph
Mueller : En Europe, lorsque je dirigeais l’Orchestre
de la Radio de Francfort, un des membres de cet orchestre
qui avait des liens avec l’Egypte m’a proposé de diriger
l’Orchestre symphonique du Caire. Ce qui m’a intéressé.
Par la suite, l’Opéra du Caire m’a demandé de lui envoyer
mon Curriculum Vitae. Le Dr Samir Farag (Ndlr : ancien
directeur de l’Opéra du Caire) m’a ensuite chargé de diriger
un des concerts de l’Orchestre symphonique du Caire. Et
il m’a retenu.
—
Etiez-vous informé des activités de l’Orchestre symphonique
du Caire avant d’arriver en Egypte ?
—
J’étais curieux de diriger cet orchestre. Mais je n’avais
aucune idée de sa qualité, car il n’est pas très connu
en Europe ses CD n’y étant pas distribués. Une ouverture
sur le monde de cet orchestre est nécessaire, il doit
effectuer des tournées en Europe pour toucher un public
divers.
—
Quel jugement porteriez-vous sur l’Orchestre symphonique
du Caire ?
—
Je dirais qu’il est doté d’un fort potentiel. En concert,
les musiciens sont formidables. Cependant, il leur faudrait
davantage concilier l’équilibre du travail en groupe avec
l’harmonie et la sonorité des cordes. Mais c’est un travail
qui incombe à tout type d’orchestre. Il exige une concertation
régulière et continuelle impliquant un travail assidu
de la part du chef d’orchestre. Ce dont à quoi je compte
m’atteler.
De
plus, dans l’Orchestre symphonique du Caire, comme c’est
le cas pour tout autre orchestre, les musiciens doivent
savoir mieux s’écouter. De sorte que si j’arrête de les
diriger, ils soient en mesure de continuer à jouer en
harmonie. Même s’ils ont parfois besoin d’un chef pour
mieux les orienter aux passages musicaux difficiles, la
sonorité change dès que les musiciens savent s’écouter.
Pour cela, ils doivent prendre en considération les solos
: hautbois, clarinette, violon ou autres. Dans ces cas-là,
l’accompagnement doit se faire sourdine. Cela est très
délicat.
—
S’agit-il d’improvisation ?
—
Pas du tout. Cela n’a rien à voir avec l’improvisation.
Les partitions sont sacrées et doivent absolument être
respectées. En interprétant une partition, mon rôle est
de signaler l’émotion qu’elle contient et ensuite de donner
une idée sur la manière de la jouer. Cependant, chaque
musicien doit savoir jouer seul la partition qu’il a devant
les yeux, sans mon intervention. Le travail d’interprétation
étant un travail collectif, chaque musicien doit avoir
sa propre idée sur le passage joué.
—
Quels changements avez-vous effectué au sein de l’orchestre
depuis votre arrivée ?
—
Il fallait à l’Orchestre symphonique du Caire un cor.
J’ai réussi à faire venir une musicienne finlandaise.
Cela n’a pas été facile de placer quelqu’un à ce poste
pendant une année. Les Européens n’ont aucune notion de
la culture égyptienne, qui leur est tout à fait différente.
Moi non plus je ne la connaissais pas. Par contre, j’étais
heureux de venir en Egypte. J’apprends tous les jours,
je jubile.
De
plus, j’ai invité des chefs d’orchestres d’Europe ainsi
que des solistes tout au long du mois de novembre afin
de favoriser les échanges culturels. Ce genre de démarche
est très fructueux pour un orchestre. Je suis également
en rapport avec des solistes égyptiens de piano très talentueux
comme Waël Farouk et Mohamad Chamseddine qui m’a accompagné,
avec grand succès, lors du concert du 23 octobre dernier.
—
Qu’avez-vous prévu pour la saison 2004-2005 ?
—
D’ici au mois de juin 2005, toutes les symphonies de Brahms
seront jouées. Les deux premières l’ont été en octobre
dernier. La troisième est programmée pour avril et la
quatrième pour juin prochain. J’ai choisi Brahms comme
étant le point de concordance du petit Festival de la
saison (204-2005) et l’orchestre jouera ensuite les grandes
symphonies de Tchaïkovski (4e, 5e et 6e symphonies).
Je
veux faire en sorte qu’une musique de bonne qualité soit
au programme de l’Orchestre symphonique du Caire. Une
musique dépourvue de fausses notes. Et comme je suis suisse
d’origine, j’aimerai faire connaître aux auditeurs égyptiens
des compositeurs de mon pays, comme Frank Martin et Arthur
Honegger, les plus grands compositeurs suisses du XXe
siècle.
L’Orchestre
se prépare par ailleurs pour le Festival de la musique
arabe qui aura lieu en janvier et février prochains. Je
suis heureux de pouvoir participer au concert final de
ce festival. C’est une manière de lier les œuvres des
compositeurs égyptiens aux performances de l’orchestre
symphonique. L’Orchestre se prépare enfin énergiquement
à la soirée du 31 décembre : musique de Venise et valse
sont au programme. En seconde partie de soirée, l’orchestre
jouera des bandes originales de films comme Ben Hur et
Harry Potter.