Toutefois, on note une reprise de la hausse,
et ce depuis la première semaine d’octobre, à la veille du début
du mois de Ramadan, où le marché de l’or s’épanouit : après
ce mois de jeûne, de nombreux Egyptiens célèbrent leurs fiançailles
et noces et achètent à ces occasions des parures en or. Le prix
de l’or est aujourd’hui de 64,25 L.E. le gramme de 18 carats.
Cependant,
les grands joailliers assurent qu’ils ne sont pas derrière cette
récente hausse. Selon Moez Barakat, directeur régional du Conseil
mondial de l’or pour le Proche-Orient, la hausse des cours en
Egypte vient de l’extérieur. Notamment en raison de la conjoncture
économique internationale : précarité de l’économie américaine
avec la baisse du cours du dollar face aux autres devises, principalement
l’euro. Abdel-Aziz Al-Mawardi, l’un des grands importateurs
et vendeurs d’or en Egypte, a la même opinion. Il ajoute : «
La hausse sans précédent des cours du pétrole a engendré l’augmentation
des revenus du pétrole dans les pays exportateurs, et donc de
leur pouvoir d’achat. Ces pays du Golfe sont par nature de grands
acheteurs d’or ».
L’augmentation du prix de l’or s’explique donc
aussi par une forte hausse de la demande. Et pour cause. « Il
ne faut pas oublier le climat d’instabilité et d’insécurité
qui règne actuellement dans de nombreux pays. Conséquence :
une forte augmentation du taux d’achat des métaux précieux avec
en tête l’or considéré comme un moyen sûr d’épargne », souligne
Barakat. En effet, 7 % d’augmentation en termes de demande pour
l’année 2004 ont été enregistrés au niveau mondial. Par ailleurs,
il faut dire que l’extraction de l’or, elle, ne s’est pas accrue
depuis 2001. Ce déséquilibre constitue également un autre facteur
favorable à la hausse des prix.
Sur le plan local, la situation est identique.
Malgré la hausse des cours de l’or en Egypte, Barakat estime
que le mouvement de vente et d’achat n’a pas été influencé puisque
l’or est considéré comme un moyen d’épargne. Face à la baisse
de la valeur de la L.E., de nombreuses familles égyptiennes
considèrent que la présence d’une quantité considérable d’or
à la maison est indispensable pour parer aux éventuelles futures
crises économiques. De son côté, Al-Mawardi assure que la hausse
actuelle des prix de l’or n’a pas influencé le marché puisqu’on
vit une période de fêtes où de nombreux cadeaux en or sont achetés.
M. Rafiq Abbass, un des plus importants orfèvres d’Egypte, craint,
lui, une chute de la demande. Il estime qu’il est possible d’atténuer
la hausse mondiale des prix si l’Etat réduit les taxes élevées
sur l’or.
Pour le moment, il semble que les décideurs
fassent la sourde oreille sur cette question. « Les décideurs
veulent en fait que les gens renoncent à épargner en or, ce
qui les empêche d’avoir recours aux institutions financières
modernes, comme les banques ou encore la Bourse », justifie
Barakat qui rêve de suivre l’exemple de la Turquie où le secteur
des bijoux est l’un des plus importants du pays. Effectivement,
un demi-million de personnes y travaillent. Et bien sûr, ce
secteur représente une des plus importantes sources de devises
étrangères puisque la Turquie exporte des bijoux vers les Etats-Unis
et l’Allemagne en plus de nombreux autres pays. « La Turquie,
en tant que destination touristique, vend 70 tonnes d’or par
an. Tandis que l’Egypte qui attire aussi de nombreux touristes
n’en vend que 2 tonnes ». Un écart qui ne sera pas comblé de
sitôt.