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Budget . La nouvelle loi fiscale qui sera examinée par le Parlement la semaine prochaine aura pour effet secondaire la réduction des recettes étatiques. Le gouvernement va une fois de plus tourner le dos à l’équilibre budgétaire.
Le gouvernement parie sur la croissance

Les vacances de l’Aïd al-fitr seront suivies d’un projet de loi qui prévoit des réductions massives de l’impôt sur les revenus. Et la nouvelle session parlementaire doit s’ouvrir la semaine prochaine par le débat de ce projet de loi. Notons que le président Moubarak avait demandé au gouvernement d’achever la loi au début du mois de novembre. Notons aussi que le gouvernement Nazif a commencé son mandat l’été dernier par une réduction des taxes douanières. Il n’y a pas de doute que les autorités focalisent leurs efforts sur la politique fiscale qui inclut deux éléments, les impôts et les taxes douanières. Comme l’attestent les déclarations du ministre des Finances, Youssef Boutros-Ghali, l’objectif de la politique fiscale est de relancer l’économie frappée depuis 4 années par une récession.

Les réductions des tarifs douaniers et d’impôts vont certainement affecter les recettes de l’Etat et augmenter ainsi le déficit du budget. Le gouvernement semble avoir tourné le dos à l’équilibre budgétaire qui a été l’objectif principal de la politique économique durant les années 1990. Dans ce domaine, le gouvernement a réussi, ce qui lui a valu les félicitations des institutions financières internationales, Banque mondiale en tête. En 1996, l’Egypte a été classée par cette institution comme le pays ayant l’équilibre budgétaire le plus fort, derrière l’Algérie, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Mais à partir de la fin des années 1990, le problème du déficit est revenu en force. Ce déficit est passé de 5,6 % du PIB en 2000-2001 à 5,9 % en 2001-2002, puis à 6,1 % en 2002-2003. Les chiffres définitifs de l’année 2003-2004 ne sont pas disponibles. Mais il n’y a aucun signe que ce taux est en baisse. Cela suscite l’inquiétude des donateurs et des institutions internationales. Le dernier rapport économique de l’ambassade américaine au Caire (automne 2004) exprime cette inquiétude et mentionne que plusieurs institutions de rating ont affirmé que l’Egypte risquait de voir son classement baisser si le déficit budgétaire n’était pas réduit. Rappelons que deux institutions internationales de rating, Standard and Poors et Fitch IBCA, ont baissé, l’année dernière, le classement de l’Egypte dans le domaine du risque pour le business, en raison de l’augmentation du déficit budgétaire égyptien. Les rapports de ces institutions sont consultés par les investisseurs globaux pour évaluer le climat d’investissement dans un pays.

Avec des dépenses publiques rampantes le gouvernement semble tourner également le dos à l’équilibre budgétaire. Le taux de ces dépenses en pourcentage du PIB a augmenté de 26 % en 2000-2001 à 27 % en 2002-2003. Ici le gouvernement n’a pas une grande marge de manœuvre. Il s’agit de relancer une économie en récession. Mais il s’agit peut-être aussi de créer une sorte de prospérité provisoire qui doit précéder le référendum présidentiel en novembre prochain. Un grand classique : des études sur divers pays montrent une corrélation forte entre les élections et l’augmentation du déficit budgétaire.

Le gouvernement mise bien entendu sur le miracle d’une relance économique qui doit augmenter les revenus, et par conséquent alimenter les recettes des impôts et ainsi réduire le déficit budgétaire. Il mise aussi sur le fait que la société, et particulièrement les hommes d’affaires, vont se soumettre à l’impôt. Mais comme l’explique un officiel du ministère des Finances : « Il s’agit d’un jeu de roulette. Soit on gagne tout, soit on perd tout ». Parce que si la réduction des impôts ne débouche ni sur une relance économique, ni sur une soumission à l’impôt, le gouvernement serait contraint de recourir à la dette publique qui est passée de 147 milliards de L.E. en 1998-1999 à 252 milliards de L.E. en 2002-2003. D’ailleurs, le rapport économique de l’ambassade américaine a indiqué que l’Etat a pompé l’année dernière la moitié des crédits du système bancaire. Cela prive le secteur privé de fonds potentiels.

Les responsables ont déclaré que la réduction des taxes douanières et des impôts doit prendre quelque temps pour déboucher sur une relance de l’économie. Mais le retard d’une éventuelle prospérité économique pèse sur le système politique en pleine crise et en attente de plusieurs échéances importantes, dont le référendum présidentiel. L’homme fort du gouvernement, le ministre de l’Investissement, Mahmoud Mohieddine, a mis l’accent sur les réformes économiques avant de commencer une réforme globale du système politique. C’est toujours la théorie de l’économie en premier qu’a adoptée et pratiquée le régime de Moubarak durant plus que deux décennies. Les tentatives du gouvernement Nazif sont probablement la dernière chance de démontrer la validité de cette théorie .

Samer Soliman

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