Les réductions des tarifs douaniers et d’impôts
vont certainement affecter les recettes de l’Etat et augmenter
ainsi le déficit du budget. Le gouvernement semble avoir tourné
le dos à l’équilibre budgétaire qui a été l’objectif principal
de la politique économique durant les années 1990. Dans ce domaine,
le gouvernement a réussi, ce qui lui a valu les félicitations
des institutions financières internationales, Banque mondiale
en tête. En 1996, l’Egypte a été classée par cette institution
comme le pays ayant l’équilibre budgétaire le plus fort, derrière
l’Algérie, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Mais à partir
de la fin des années 1990, le problème du déficit est revenu
en force. Ce déficit est passé de 5,6 % du PIB en 2000-2001
à 5,9 % en 2001-2002, puis à 6,1 % en 2002-2003. Les chiffres
définitifs de l’année 2003-2004 ne sont pas disponibles. Mais
il n’y a aucun signe que ce taux est en baisse. Cela suscite
l’inquiétude des donateurs et des institutions internationales.
Le dernier rapport économique de l’ambassade américaine au Caire
(automne 2004) exprime cette inquiétude et mentionne que plusieurs
institutions de rating ont affirmé que l’Egypte risquait de
voir son classement baisser si le déficit budgétaire n’était
pas réduit. Rappelons que deux institutions internationales
de rating, Standard and Poors et Fitch IBCA, ont baissé, l’année
dernière, le classement de l’Egypte dans le domaine du risque
pour le business, en raison de l’augmentation du déficit budgétaire
égyptien. Les rapports de ces institutions sont consultés par
les investisseurs globaux pour évaluer le climat d’investissement
dans un pays.
Avec des dépenses publiques rampantes le gouvernement
semble tourner également le dos à l’équilibre budgétaire. Le
taux de ces dépenses en pourcentage du PIB a augmenté de 26
% en 2000-2001 à 27 % en 2002-2003. Ici le gouvernement n’a
pas une grande marge de manœuvre. Il s’agit de relancer une
économie en récession. Mais il s’agit peut-être aussi de créer
une sorte de prospérité provisoire qui doit précéder le référendum
présidentiel en novembre prochain. Un grand classique : des
études sur divers pays montrent une corrélation forte entre
les élections et l’augmentation du déficit budgétaire.
Le gouvernement mise bien entendu sur le miracle
d’une relance économique qui doit augmenter les revenus, et
par conséquent alimenter les recettes des impôts et ainsi réduire
le déficit budgétaire. Il mise aussi sur le fait que la société,
et particulièrement les hommes d’affaires, vont se soumettre
à l’impôt. Mais comme l’explique un officiel du ministère des
Finances : « Il s’agit d’un jeu de roulette. Soit on gagne tout,
soit on perd tout ». Parce que si la réduction des impôts ne
débouche ni sur une relance économique, ni sur une soumission
à l’impôt, le gouvernement serait contraint de recourir à la
dette publique qui est passée de 147 milliards de L.E. en 1998-1999
à 252 milliards de L.E. en 2002-2003. D’ailleurs, le rapport
économique de l’ambassade américaine a indiqué que l’Etat a
pompé l’année dernière la moitié des crédits du système bancaire.
Cela prive le secteur privé de fonds potentiels.
Les responsables ont déclaré que la réduction
des taxes douanières et des impôts doit prendre quelque temps
pour déboucher sur une relance de l’économie. Mais le retard
d’une éventuelle prospérité économique pèse sur le système politique
en pleine crise et en attente de plusieurs échéances importantes,
dont le référendum présidentiel. L’homme fort du gouvernement,
le ministre de l’Investissement, Mahmoud Mohieddine, a mis l’accent
sur les réformes économiques avant de commencer une réforme
globale du système politique. C’est toujours la théorie de l’économie
en premier qu’a adoptée et pratiquée le régime de Moubarak durant
plus que deux décennies. Les tentatives du gouvernement Nazif
sont probablement la dernière chance de démontrer la validité
de cette théorie .