La succession du chef de l’Autorité
palestinienne, Yasser Arafat, qui s’est jouée en quelques
heures, apparemment sans trop de problèmes, a étonné
le monde entier. C’est la rapidité des nominations aux
trois postes-clés qu’occupait Arafat qui a suscité des
interrogations. Abou-Mazen à la tête de l’OLP, Farouq
Qaddoumi Abou-Lotf à la direction du Fatah, principal
mouvement de l’OLP, et le président en titre du Conseil
législatif palestinien, Raouhi Fattouh, a également
été nommé président par intérim pendant 60 jours.
La rapidité des nominations a démontré
une grande maturité de la direction palestinienne. Nombreux
sont ceux qui s’attendaient à l’émergence de divergences
palestiniennes aiguës après la mort d’Arafat, surtout
après le refus de Farouq Qaddoumi d’organiser la réunion
du comité exécutif de l’OLP dans les territoires occupés,
appelant à sa tenue à l’étranger. Et ce, afin que la
réunion « soit libérée de la domination israélienne
», avait-il argumenté.
Il n’a fallu que 24 heures après cette
déclaration pour que les Palestiniens puissent se ressaisir
et dépasser leurs divergences qui auraient pu provoquer
une aggravation de la situation.
Cependant, il est difficile de définir
la scène palestinienne comme stable, compte tenu des
divergences et des conflits au sein du mouvement Fatah
et dont les prémices s’étaient fait sentir ces derniers
mois.
Chacun sait qu’il existe un désaccord
opposant les différentes factions palestiniennes sur
la manière de gérer le conflit israélo-palestinien.
L’Egypte a, de son côté, déployé des efforts continus
afin de rassembler ces factions pour débattre du dialogue
national.
A la lumière de telles données, il
est donc tout à fait normal que la scène palestinienne
soit agitée par des conflits qui ne représentent pas
un danger en tant que tel. Mais, la menace réelle réside
plutôt dans l’absence de règles pouvant régir les relations
palestiniennes que ce soit au sein du Fatah entre les
différentes factions, ou entre ces factions et l’Autorité.
Même si le règlement des comptes et
des relations inter-factionnelles s’avère d’une grande
nécessité, il n’en demeure pas moins que la priorité
doit être accordée aux problèmes au sein du mouvement
Fatah. La scène palestinienne a certainement changé
et n’est plus ce qu’elle était depuis la mise en place
de l’OLP dans les années 1960. Mais les règles du jeu
palestinien restent régies par une constante représentée
dans le rôle primordial assumé par Fatah. Ce dernier
n’est plus un mouvement à teinte politique uniquement,
mais il lui a été conféré d’autres prérogatives dans
les domaines sécuritaire et administratif. Au cours
des dernières années, les divergences se sont accrues
au sein du Fatah, et ont atteint un degré jamais connu
à travers son histoire. On se souvient alors que le
gouvernement d’Abou-Mazen qui a représenté une tendance
fondamentale au sein du mouvement n’a survécu que six
mois au pouvoir en raison d’une discorde interne. Ce
n’était pas les jeunes du Hamas ou des brigades d’Al-Qassam
qui ont appelé à la chute d’Abou-Mazen, quand il a fait
son entrée au siège du Conseil législatif à Ramallah
en septembre 2003, mais ceux du Fatah, mouvement considéré
comme facteur déterminant dans la situation d’après-Arafat.
Ceci ne signifie pas nécessairement
que les autres factions ou le comité exécutif de l’OLP
seront tenus à l’écart de ces nouveaux réaménagements.
Il était nécessaire que l’aile la plus forte prenne
des décisions pour trancher les questions de leadership
au sein de l’OLP. Une mission facile pour l’aile dirigée
par Abou-Mazen et le premier ministre, Abou-Alaa, qui
n’ont pas eu beaucoup de mal à convaincre les factions
de gauche représentées dans le comité exécutif de faire
d’Abou-Mazen le n°1 de l’OLP. Ces factions ont grande
confiance en Abou-Mazen, bien que les différends qui
les opposent ne soient pas minimes.
Il était donc nécessaire que l’aile
d’Abou-Mazen tente « d’amadouer » rapidement Abou-Lotf
et ses adeptes afin d’éviter ou de reporter le plus
possible les différends les opposant. Il a été alors
convenu de voir Abou-Lotf à la tête du Fatah et en contrepartie
Abou-Mazen à la tête de l’OLP.
Un dialogue sérieux et objectif s’impose
actuellement sur l’agenda palestinien entre les différentes
factions, afin de discuter le programme politique palestinien
dans un premier temps, et ce pour éviter le chaos. Sinon,
la stabilité de la situation sera hors de portée, et
en conséquence le processus d’élection d’un nouveau
président de l’Autorité dans un délai de 60 jours ne
sera pas facile.
Si ce scénario prévaut, la question
nécessitera un remaniement de la loi fondamentale, qui
permettrait au président par intérim de l’OLP de rester
à la tête de l’Autorité pour une période plus longue
; une durée d’un an ou deux jusqu’à ce que le terrain
soit propice à la tenue d’élections.
Un scénario qui pourrait cependant
faire éclater les divergences à cause d’un éventuel
refus de l’aile opposée à Abou-Mazen, qui cherchera
probablement à s’attirer l’appui de certaines factions
de l’aile militaire et à les mobiliser contre Abou-Mazen.
L’aile de Marwan Al-Barghouti, détenu
dans les prisons israéliennes, peut à son tour jouer
un rôle fondamental pour l’équilibre au sein du mouvement.
Bien que l’aile de Barghouti soit composée de groupuscules
incohérents et dispersés à Gaza et en Cisjordanie, il
n’en demeure pas moins qu’elle est capable d’instaurer
un équilibre dans la nouvelle configuration de la direction
palestinienne.
Enfin, il est indispensable de mettre
l’accent sur le rôle que doit jouer l’Egypte pour encourager
le dialogue non seulement au sein du Fatah, mais également
entre les différentes autres factions .