Où va l’Egypte ? Pour esquisser
une réponse, il faut regarder de près plusieurs indices. Prenons
à titre d’exemple le nouveau cabinet, il a fait de la technologie
de l’information la base de son action et de sa perception du
monde. Autre indice significatif, la détermination de l’Egypte
à faire réussir la Foire internationale du livre de Francfort,
où le monde arabe est « l’invité d’honneur ».
L’idée principale
dont on fait la promotion en ce moment en Egypte est de se
débarrasser de la bureaucratie à la fois dans les services
étatiques et les mentalités à travers l’introduction des techniques
de la révolution de l’information.
L’ordinateur
est l’une des inventions les plus importantes de notre époque.
Il a remodelé la vie moderne et a ouvert de nouvelles perspectives
au développement humain. Mais cet ordinateur reste plutôt
un outil pour la classification des informations que pour
leur fabrication. Il n’est pas en lui-même une source de création
et d’invention, comme c’est le cas du livre. D’où l’importance
— spécialement cette année — de la Foire du livre de Francfort,
la plus importante au monde.
Avec le progrès
scientifique et technologique et l’apparition de machines
et d’appareils dépendant de la technologie de l’information,
il devient nécessaire que chaque citoyen apprenne à manipuler
l’ordinateur. Ce n’est pas la même démarche pour lire un livre.
Car tout dépend de la volonté de la personne. C’est un acte
plutôt individuel que collectif.
La production
littéraire et artistique de qualité et les grandes réalisations
technologiques ne vont nécessairement pas de pair. Une société
sous-développée peut donner naissance à des écrivains et des
artistes de génie. La technologie peut s’épanouir dans une
société où la production littéraire est pauvre. Le livre puise
sa qualité des expériences subjectives d’un écrivain doué.
A titre d’exemple, le grand philosophe français Jean-Paul
Sartre a découvert Jean Genet et l’a qualifié d’écrivain de
génie alors qu’il était un voleur ... Mais ses capacités créatrices
sont une chose et sa conduite dans la vie en est une autre.
La Foire de Francfort
est une foire du livre. Elle reflète donc la production littéraire
et artistique d’une société et non pas d’un Etat. Il se peut
que la situation dans un pays soit au beau fixe, mais que
sa production littéraire ne le soit pas. Des régimes politiques
peuvent souffrir de crises étouffantes, mais la production
littéraire dans leur pays peut être florissante. Même si cette
littérature n’est qu’une simple critique de l’Etat.
La Foire de Francfort
peut être positive pour le monde arabe malgré la détérioration
de la situation dans ses pays. Cette foire peut également
contribuer à dévoiler des aspects négatifs et stériles dans
les sociétés arabes et islamiques contemporaines.
D’aucuns peuvent
dire que la révolution de l’information affectera l’avenir
de la production littéraire et artistique et que le livre
est en train de perdre du terrain, car dans la vie moderne
le temps manque aux longues lectures et que pour des fins
lucratives les romans s’orientent de plus en plus vers le
sensationnel, les aventures, la violence et tout ce qui sort
de l’ordinaire.
Mais il ne faut
pas confondre entre la fonction du livre et celle de l’ordinateur.
Les deux ont trait à la culture, mais d’une manière différente.
Le livre traite le contenu de la culture et s’attaque aux
questions de la « qualité ». L’ordinateur, lui, traite la
« forme » de la culture et la question de « quantité ». L’Internet
offre l’information à des usagers dont le nombre augmente
de plus en plus (question de quantité), mais le livre est
indispensable pour approfondir les sens et les significations
de ces informations (question de qualité).
L’Internet est
en fin de compte un réservoir d’informations. Il réunit une
quantité astronomique d’informations. Ces informations attendent
celui qui en a besoin. Lorsque celui-ci se présente, l’information
sort de l’état de stagnation et s’active pour répondre aux
besoins de celui qui la recherche. L’information stockée dans
l’ordinateur est une « quantité » au service de la « qualité
». Le livre est la « qualité » qui compte sur l’ordinateur
pour qu’il accélère sa diffusion dans le lieu et dans le temps.
Le risque de
la disparition du livre est dû au fait que l’ordinateur a
développé et développe encore la forme de la matière lue.
Alors que le contenu de cette matière, renfermée dans le livre,
n’a pas connu autant de changement et de développement. C’est
ce qui fait croire que le rôle de l’ordinateur est devenu
plus important que celui du livre.