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Le livre et l’ordinateur
Par Mohamed Sid-Ahmed
Où va l’Egypte ? Pour esquisser une réponse, il faut regarder de près plusieurs indices. Prenons à titre d’exemple le nouveau cabinet, il a fait de la technologie de l’information la base de son action et de sa perception du monde. Autre indice significatif, la détermination de l’Egypte à faire réussir la Foire internationale du livre de Francfort, où le monde arabe est « l’invité d’honneur ».

L’idée principale dont on fait la promotion en ce moment en Egypte est de se débarrasser de la bureaucratie à la fois dans les services étatiques et les mentalités à travers l’introduction des techniques de la révolution de l’information.

L’ordinateur est l’une des inventions les plus importantes de notre époque. Il a remodelé la vie moderne et a ouvert de nouvelles perspectives au développement humain. Mais cet ordinateur reste plutôt un outil pour la classification des informations que pour leur fabrication. Il n’est pas en lui-même une source de création et d’invention, comme c’est le cas du livre. D’où l’importance — spécialement cette année — de la Foire du livre de Francfort, la plus importante au monde.

Avec le progrès scientifique et technologique et l’apparition de machines et d’appareils dépendant de la technologie de l’information, il devient nécessaire que chaque citoyen apprenne à manipuler l’ordinateur. Ce n’est pas la même démarche pour lire un livre. Car tout dépend de la volonté de la personne. C’est un acte plutôt individuel que collectif.

La production littéraire et artistique de qualité et les grandes réalisations technologiques ne vont nécessairement pas de pair. Une société sous-développée peut donner naissance à des écrivains et des artistes de génie. La technologie peut s’épanouir dans une société où la production littéraire est pauvre. Le livre puise sa qualité des expériences subjectives d’un écrivain doué. A titre d’exemple, le grand philosophe français Jean-Paul Sartre a découvert Jean Genet et l’a qualifié d’écrivain de génie alors qu’il était un voleur ... Mais ses capacités créatrices sont une chose et sa conduite dans la vie en est une autre.

La Foire de Francfort est une foire du livre. Elle reflète donc la production littéraire et artistique d’une société et non pas d’un Etat. Il se peut que la situation dans un pays soit au beau fixe, mais que sa production littéraire ne le soit pas. Des régimes politiques peuvent souffrir de crises étouffantes, mais la production littéraire dans leur pays peut être florissante. Même si cette littérature n’est qu’une simple critique de l’Etat.

La Foire de Francfort peut être positive pour le monde arabe malgré la détérioration de la situation dans ses pays. Cette foire peut également contribuer à dévoiler des aspects négatifs et stériles dans les sociétés arabes et islamiques contemporaines.

D’aucuns peuvent dire que la révolution de l’information affectera l’avenir de la production littéraire et artistique et que le livre est en train de perdre du terrain, car dans la vie moderne le temps manque aux longues lectures et que pour des fins lucratives les romans s’orientent de plus en plus vers le sensationnel, les aventures, la violence et tout ce qui sort de l’ordinaire.

Mais il ne faut pas confondre entre la fonction du livre et celle de l’ordinateur. Les deux ont trait à la culture, mais d’une manière différente. Le livre traite le contenu de la culture et s’attaque aux questions de la « qualité ». L’ordinateur, lui, traite la « forme » de la culture et la question de « quantité ». L’Internet offre l’information à des usagers dont le nombre augmente de plus en plus (question de quantité), mais le livre est indispensable pour approfondir les sens et les significations de ces informations (question de qualité).

L’Internet est en fin de compte un réservoir d’informations. Il réunit une quantité astronomique d’informations. Ces informations attendent celui qui en a besoin. Lorsque celui-ci se présente, l’information sort de l’état de stagnation et s’active pour répondre aux besoins de celui qui la recherche. L’information stockée dans l’ordinateur est une « quantité » au service de la « qualité ». Le livre est la « qualité » qui compte sur l’ordinateur pour qu’il accélère sa diffusion dans le lieu et dans le temps.

Le risque de la disparition du livre est dû au fait que l’ordinateur a développé et développe encore la forme de la matière lue. Alors que le contenu de cette matière, renfermée dans le livre, n’a pas connu autant de changement et de développement. C’est ce qui fait croire que le rôle de l’ordinateur est devenu plus important que celui du livre.


Qu’en est-il du monde arabe ?

Le livre a toujours une grande importance. L’ordinateur en lui-même ne peut pas s’y substituer. La Foire internationale du livre à Francfort a une grande importance, qu’elle soit symbolique ou réelle, sur les divers plans culturel, politique et économique. C’est donc une occasion à saisir par le monde arabe.

En Egypte, l’intérêt accordé à l’ordinateur et à l’informatique ne signifie pas que l’état du livre ne laisse pas beaucoup à désirer. Il est nécessaire d’accorder de l’importance aux questions relatives à la culture, à la lecture et à la capacité des citoyens de traiter avec le livre. Il n’est pas question seulement de mettre un terme à l’analphabétisme, mais il s’agit avant tout de fournir le livre à des prix accessibles.

Une autre réalité à ne pas négliger. Depuis l’écroulement de l’ordre bipolaire, la confrontation mondiale la plus féroce n’oppose plus Orient et Occident, mais plutôt un Occident judéo-chrétien et un Orient arabe et musulman. Cette confrontation a certes une dimension culturelle incontestable. A cet égard, la Foire de Francfort joue un rôle important. C’est l’une des arènes de confrontation. L’Occident est actuellement désireux d’en savoir plus sur l’islam. On ne pardonnera pas aux intellectuels arabes de ne pas avoir mené le combat dans ce domaine. Il ne faut pas prétendre que les régimes arabes ne sont pas au niveau de ce qu’exige cette confrontation. Car c’est la confrontation du citoyen arabe en général. Celle de l’intellectuel et du militant arabe à titre spécial. Elle concerne toute personne se souciant du sort de l’arabité .

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La semaine de la réforme
Par Salama A. Salama
La semaine de la réforme s’est achevée et le PND et son gouvernement ont entamé l’application des décisions économiques et techniques qui auraient dû être exécutées il y a une dizaine d’années ! Il en est de même pour les partis d’opposition, qui sont revenus à leurs anciennes querelles après avoir exigé dans une position commune les mêmes demandes formulées en 1987, 94, 97, 99 et 2003 !

La réforme a été, et pour longtemps, la principale préoccupation des forces politiques en Egypte. Et comme celles-ci ne sont jamais parvenues à un consensus sur le sujet, le moins que l’on puisse dire est que notre scène politique souffre d’une véritable stérilité qui l’empêche de réaliser des progrès concrets.

Dix-sept ans se sont en effet écoulés sans que l’opposition ne change de méthode ! Ce qui ne la rend guère plus populaire que le parti au pouvoir. Les deux entraînent le peuple vers un vrai désespoir et une véritable passivité.

Tout au long des dernières années, les partis d’opposition n’ont réussi qu’à préparer des communiqués enflammés. Ils ont tout misé sur les erreurs du gouvernement. Et à l’exception du Wafd et du Rassemblement, les autres partis d’opposition n’ont pas réussi à attirer une véritable base populaire.

Ayant recours aux pratiques frauduleuses, le PND a réussi à barrer la route à l’opposition au Parlement. Ce qui est vraiment étrange, c’est que dans tous les régimes politiques, les partis d’opposition s’entraident en vue de remporter la bataille électorale, sauf en Egypte où les querelles partisanes dominent la scène politique.

L’incapacité des partis d’opposition à unir leurs rangs dans les batailles électorales n’est pas leur unique échec. Ils n’ont pas non plus réussi à trancher la question de traiter avec les Frères musulmans. Personnellement, je suis contre la constitution des Frères musulmans en tant que parti politique. Cependant, il est important que le courant islamique soit représenté légalement à condition de lui imposer des limites claires et bien définies.

Le véritable défi auquel fait face l’opposition à court terme est que l’aile dirigée par Gamal Moubarak au sein du PND parvienne à renverser l’ancienne garde. Les observateurs disent que Moubarak fils a pu former une équipe réformatrice qui a contrôlé le congrès du PND et pris les décisions de réforme économique. En garantissant un nouveau mandat au président Moubarak et en évitant, pour l’instant, toute réforme politique, cette équipe s’est donné ainsi le temps pour bâtir un nouveau PND.

Dans ces conditions, tout porte à croire que Gamal Moubarak, en suivant les méthodes démocratiques, accédera au sommet de la vie politique. Alors que les leaders de l’opposition demeurent incapables d’agir !

 

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