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Patrimoine . Le Centre Français de Culture et de Coopération (CFCC) du Caire organise cette semaine, à l’occasion de la Journée du patrimoine, une exposition illustrant l’influence de l’art islamique sur l’art français.

Traces arabes en France

« Traces, mémoires musulmanes en cœur de France » est la première exposition qui se tient au CFCC dans le cadre des célébrations organisées à l’occasion de la Journée du patrimoine. Cette exposition n’est pas la seule, puisque la célébration comprend plusieurs manifestations consacrées conjointement aux patrimoines français et égyptien. Il s’agit d’une exposition réalisée par le photographe Georges Bertrand, qui est responsable pédagogique du Centre d’études de langue française d’Assiout. A travers des photographies d’œuvres et d’objets d’arts du Moyen-Age et de la Renaissance, cette exposition, privilégiant les traces artistiques, met en lumière les motifs architecturaux et décoratifs qui témoignent des contacts qui se sont noués au fil des siècles entre la France et le monde arabo-musulman.

En 500 ans de relation entre le monde musulman et le monde chrétien s’est produit lentement tout un mouvement artistique qui a inscrit dans la pierre, le bois, le métal ou sur le papier, les traces du contact entre deux civilisations : transmission de quelques symboles fondamentaux de l’histoire humaine, de l’art chrétien de Byzance à l’art omeyade, de l’art musulman d’Espagne à l’art chrétien d’Occident. « Il est très difficile de résumer plus de 500 ans d’histoire de la relation entre les deux mondes musulman et chrétien. Pour de nombreux Français, les rapports entre l’islam et leur pays se résument pour le Moyen-Age à deux faits : la victoire de Charles Martel à Poitiers, en 732, contre les Arabes et les croisades pour reprendre le tombeau du Christ en Palestine, une autre victoire », dit Bertrand lors du vernissage de son exposition. La réalité fut bien plus complexe, et tout au long du Moyen-Age, les confrontations, mais aussi les relations économiques, culturelles et diplomatiques, furent continues. L’apport des musulmans à la civilisation médiévale européenne a été très important. Et l’art, reflet et révélation de l’histoire des peuples, en a, dans la pierre, apporté certaines preuves. « Les traces esthétiques de cette histoire éclatante peuvent se lire aujourd’hui encore sur les façades, les chapiteaux, les vitraux de multiples constructions chrétiennes surtout au centre et au sud de la France, puisque au cœur de l’art roman et même l’art gothique, l’art islamique a imprimé sa marque, son mot à dire, puisque l’écriture arabe a décoré maintes œuvres d’art surtout au XIIe siècle chrétien », souligne Bertrand.


Des noms qui remontent à loin

Il reste encore peu de traces de la civilisation islamique comme les fondations d’une mosquée à Narbonne, qu’on a mis à jour il y a quelques années seulement. On trouve de même de la poterie, des monnaies, quelques mots dans le vocabulaire local.

Les traces musulmanes agiront également de villes ou de villages au nom arabe, citons « Ramatuelle » qui vient de Ramatullah et « Betharam » à Lascaris, ce sont à l’origine des mots arabes.

Le monde arabe a influencé l’architecture occidentale. « En 1063, est prêchée la première croisade d’Espagne menée par Guillaume de Poitiers ; et en 1087, la seconde a été emmenée par Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse et Etudes Ier, duc de Bourgogne. Et ce sont eux et leurs suites qui ont introduit en France les arcs festonnés et polylobés, les modillons à copeaux, les caractères coufiques utilisés non pour leur sens religieux, mais pour leur beauté, leur finesse et l’originalité de leurs lignes », raconte Georges Bertrand. Moins connus, les Français ramèneront à cette époque des artisans arabes qui continueront d’exercer leur art dans les châteaux et les églises d’Occitanie, du Berry ou de Bourgogne. Les archives indiquent la présence de ces artisans en Avignon pour effectuer des pavements, à poitiers ou bordures méridionales du domaine de l’art chrétien, offraient aux regards de multiples tentations. Les tissus précieux prendront le chemin de l’Europe après avoir vêtu les souverains francs, Damas et Mossoul seront à la mode avec leurs étoffes damassées et leurs mousselines de soie d’or, ainsi que le fin coton appelé « Gaz », produit à Gaza. « En France, on trouve les statues de l’époque romane vêtues pauvrement côtoient les élégantes et élancées statues-colonnes plus tardives, vêtues de djellabas toutes orientales » souligne-t-il .

Amira Samir
 

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