|
Archives
diplomatiques . Les
Pharaons, notamment ceux du Nouvel Empire,
avaient des intérêts qui semblent très proches
de ceux de l’Egypte d’aujourd’hui.
|
| L’Egypte
orchestre
le Proche-Orient |
| «
Moi roi de X, ton frère, je me porte bien.
Puisse-t-il en être pareil pour toi, tes parents,
tes serviteurs, tes enfants, tes épouses,
tes chevaux, tes chars et tout ton peuple
». C’est ainsi qu’étaient libellées certaines
des lettres de la correspondance diplomatique
« échangées entre les rois du Proche-Orient
et Pharaon ». Celui-ci répondait d’une manière
à peu près identique ; « Moi, Nimmouria, le
grand roi, le roi d’Egypte, ton frère, il
se porte bien. Puisse-t-il en être de même,
pour toi, ta maison, tes femmes, tes enfants,
tes vassaux, tes chevaux, tes chars et toute
la terre ». Nimmouria est la forme babylonienne
d’Aménophis III, utilisée dans la correspondance
diplomatique, telle que nous les révèlent
les tablettes d’argile découvertes à Amarna
qui représentent les archives diplomatiques
d’Aménophis III et surtout d’Akhenaton. La
langue de ces lettres est le babylonien, qui
était alors la langue internationale des chancelleries.
Ces archives diplomatiques seraient les plus
anciennes du monde et nous révèlent d’importantes
relations établies par l’Egypte avec ses voisins.
L’Egypte était-elle une puissance
impériale régionale ? Défendait-elle simplement
ses frontières ? Tout compte fait selon la
plupart des historiens, c’était l’un et l’autre.
Il paraît que rien n’a changé dans la politique
égyptienne à l’égard des pays voisins depuis
le Nouvel Empire jusqu’à nos jours. Pacifier
les frontières orientales était le principal.
D’ailleurs, c’est même dès l’Ancien Empire
qu’on a des ébauches de cette politique. Ainsi,
le roi Khéops a construit une des plus grandes
barques dans le but d’assurer le commerce
avec les pays voisins.
Une tactique encore plus
intelligente était adoptée par les rois égyptiens,
celle d’envoyer des Egyptiens aux pays voisins
pour s’assurer la loyauté de leurs populations.
Ces Egyptiens se mariaient avec des habitantes,
répandaient la culture, les traditions et
la langue égyptiennes et encore plus construisaient
des temples et des statues des dieux égyptiens.
De plus, l’Egypte formait chez elle, les enfants
des princes et des gouverneurs voisins, et
les dirigeants des mini-Etats, de quoi avoir
dans ces sortes de protectorats, des personnes
imbues de sa culture. Une politique que pratiquent
aujourd’hui les grandes puissances. « On trouve
au Liban des temples de Hathor, des statues
du roi Snefrou et d’autres. Les rois égyptiens
ont fait de sorte à répandre la religion égyptienne
aussi dans les autres pays », explique Gaballah
Ali Gaballah, égyptologue et ancien secrétaire
général du Conseil Suprême des Antiquité (CSA).
C’était une façon de diffuser la culture égyptienne.
Mais, c’est sous le Nouvel
Empire que les Pharaons ont mené une véritable
politique soit de conquête, soit d’expansion
ou de création de zones d’influence. Le Moyen-Orient
était formé de principautés ou mini-Etats
avec chacun son gouverneur. « C’est pour cette
raison que l’Egypte ne pouvait pas envahir
et recourir à une occupation permanente dans
un de ces pays de l’Est », remarque l’égyptologue
Ahmad Saleh. Chaque Etat possédait ses troupes
militaires qui le protégeaient lors d’une
invasion et très souvent ces gouverneurs s’alliaient
entre eux, ce qui formait parfois une vraie
armée.
Mouwattali, roi des Hittites,
avait formé contre l’Egypte la plus formidable
coalition jamais constituée. « La bataille
de Qadech par exemple avait opposé 330 princes
sous la direction des Hittites et qui se sont
alliés contre Ramsès II », reprend Ahmad Saleh.
En fait, ce puissant pharaon concentrait toute
la politique extérieure à maintenir l’Empire
égyptien contre les Hittites. La carte géostratégique
comprenait le Mitani, sur le Haut Tigre, au
sud des montagnes du Caucase, les Assyriens
étaient installés sur le cours du Haut Tigre,
au nord de la Mésopotamie. Quant aux Hittites,
ce peuple était maître de l’Anatolie, plateau
central de l’actuelle Turquie, c’étaient à
peu près les principaux rivaux de l’Egypte.
Heureusement qu’il y avait
à cette époque une manière commode de résoudre
les différends : les mariages. Ainsi, le conflit
entre Ramsès II et les Hittites se termina
par un traité de paix, sans doute le premier
de l’histoire, cimenté par un mariage avec
une princesse hittite ; un acte célébré sur
une stèle à Abou-Simbel. Pour certains, ce
traité ressemble un peu au traité de paix
égypto-israélien après la guerre d’Octobre
1973, à l’exception du mariage évidemment.
De toute façon, au Nouvel
Empire, l’Egypte parvint à l’apogée de sa
puissance, elle constituait une superpuissance
au Moyen-Orient, elle avait le rôle que d’aucuns
rapprochent de celui des Etats-Unis. « De
la XVIIIe à la XXe dynasties, aucun pays ne
pouvait faire la guerre à l’Egypte. On peut
dire qu’elle était un Etat un peu hégémonique
et guerrier. A cette époque, la Nubie est
une riche colonie gouvernée par un vice-roi,
Canaan, la Phénicie et la Syrie sont des protectorats
dont les princes se trouvent sous la surveillance
de hauts fonctionnaires égyptiens. L’Egypte
orchestre le concert des nations du Proche-Orient,
les rois asiatiques cherchent l’alliance et
l’amitié du pharaon.
Et que dire finalement d’Israël
? Si toute une littérature très abondante
subsiste dans la tradition biblique évoquant
l’Egypte, en hébreu Misraïm, le nom d’Israël
n’est mentionné qu’une fois dans une stèle
dite Stèle d’Israël. Or en fait, on aurait
dû l’appeler stèle des Libyens, puisqu’elle
célèbre en 25 lignes sur 28 la victoire triomphale
que Merenptah remporta sur les Libyens en
l’an 5 de son règne. Cette stèle fut découverte
par F. Petrie en 1896 dans la première cour
du temple que Merenptah, treizième fils et
successeur de Ramsès II, avait construit pour
son culte funéraire. Ce n’est qu’à l’avant-dernière
ligne qu’apparaît le nom d’Israël dans une
évocation des peuples soumis de la Palestine
: « Israël est dévasté, sa semence n’existe
plus ! » .
|
| Hala
Fares
Ahmed
Loutfi |
|
|
Le
créateur du modèle impérial |
|
Thoutmosis III
était non seulement le plus grand conquérant
pharaonique, mais il a aussi instauré
des règles que suivirent après
lui Alexandre et Bonaparte. |
|
(1505
à 1450 av. J.-C.) est sans doute l’un des
plus grands conquérants de l’histoire de l’Egypte
ancienne, voire de toute l’histoire égyptienne.
Sous son règne, les frontières de l’Egypte
s’étendaient à leurs plus grandes envergures.
Un pharaon était considéré d’origine divine,
donc représentant dieu sur terre. On peut
alors s’imaginer le puissant effet que pouvait
avoir cet être divin lors d’une bataille sous
sa direction. En tant que chef et commandant
de l’armée il devait posséder de grandes capacités
d’adresse et de prévoyance dans ses manœuvres.
Thoutmosis était monté sur
le trône en bas âge, mais fut éloigné du pouvoir
par la reine Hatchepsout, sa future belle-mère,
qui avait manigancé son mariage avec sa fille
Néfroura. Par ce mariage avec une princesse
royale, il avait acquis la légitimité au trône
d’Egypte. Hatchepsout régna en tant que cogérante
avec lui pour une courte durée. Ensuite, elle
s’arrangea pour l’éloigner et saisit le pouvoir,
régnant ainsi pendant 22 ans en toute indépendance.
Pendant les années d’éloignement de son pouvoir,
Thoutmosis devint un jeune homme fort, viril,
énergique mais plein de haine pour Hatchepsout,
qui avait pris sa place sur le trône. Ceci
était probablement la conséquence directe
qui le mena à s’engager dans une série de
17 batailles qui se terminèrent toutes par
des victoires. Pendant sa période d’éloignement,
Thoutmosis était entouré de savants et de
personnes de grande connaissance dont il a
su se munir de leurs sages. Il est connu d’avoir
innové dans la tactique de ses batailles,
mais aussi dans la politique qu’il entame
pour assurer le calme et la stabilité aux
peuples et aux pays qu’il occupait. Ayant
pris possession d’un pays, il laissa les gouverneurs
locaux des régions à leur poste et envoya
leurs fils en Egypte où on leur donna une
parfaite éducation militaire et les qualités
de bons patriotes égyptiens. Plus tard, ils
devaient remplacer leurs pères dans leurs
postes, devenant de parfaits éléments, et
le calme régnerait. Cette philosophie prévoyante
de Thoutmosis devait créer une harmonie entre
les Egyptiens et les citoyens des pays occupés.
Cette conception fut par la suite adoptée
par Alexandre le Grand qui épousa une princesse
persane après sa victoire sur les Perses,
conseillant à ses soldats de trouver des épouses
parmi le peuple des pays occupés, un effort
qui devait mener au même but : l’entente.
Avant son départ pour une campagne militaire,
Thoutmosis III avait soin d’emmener des personnes
dotées de vastes connaissances dans des domaines
variés : ainsi des historiens pour enregistrer
ses faits historiques, d’autres pour donner
des informations sur les peuples, leurs traditions
et leur comportement. Ils ramenèrent des informations
sur la faune et la flore de ces contrées lointaines.
En fait, la politique de Thoutmosis fut plus
tard adoptée par les plus grands dirigeants
de guerre. Lorsque Bonaparte vint avec l’Expédition
d’Egypte, il adopta ce même procédé en amenant
des personnes aux vastes connaissances qui
entreprirent d’ailleurs des recherches et
des travaux admirables, dont la création de
l’égyptologie. Finalement, une innovation
militaire qui consiste à déraciner des arbres
tirés par des chevaux sur le sable du désert,
la poussière s’élevant dans l’air donnait
à l’adversaire l’impression qu’une armée nombreuse
suivait encore. Ceci était accompagné d’un
cri collectif qui remplissait de frayeur l’adversaire.
Lorsque le général Rommel
fit usage de cette ruse, les Allemands l’ont
appelé « Blitz Krieg ». Enfin, à la guerre
du 6 Octobre, c’est encore ce cri collectif
« Dieu est grand » qui contribua à la victoire
de l’Egypte.
|
| Akila
Chérine |
|