Elle rentra
chez elle ...
Une masure en
tôle sur un terrain abandonné.
Elle rentrait
avec son nourrisson nouveau-né.
Elle le retrouva.
Le lit avait
changé.
C’était devenu
un lit pour deux personnes.
Il avait ramené
une savonnette.
Il avait également
apporté de l’eau ; c’est que l’eau est rare dans les parages.
L’eau venait avec la pluie et les puits se trouvent loin de
là où ils sont. Il avait apporté une grande quantité d’eau.
Comment avait-il fait ?
C’était elle
qui, d’habitude, ramenait l’eau. Elle s’acquittait de cette
corvée même quand elle était enceinte. Jusqu’au dernier mois
de sa grossesse, elle partait avec, sur la tête, le récipient
vide qu’elle ramenait plein du précieux liquide.
Elle ne s’était
jamais plainte.
Elle savait qu’il
était vieux et avancé en âge.
Mais elle l’aimait.
Quand elle regarda
le lit, elle comprit qu’il avait souffert pour le transporter.
Il partait jusqu’à
la forêt pour couper du bois et gagner un peu d’argent.
Un argent qui
couvrait à peine le minimum de leurs besoins.
Ils utilisaient
un peu du bois qu’il coupait, pour faire du feu afin de faire
la cuisine.
Du riz avec un
peu de sauce ou bien une pâte avec de la farine de maïs.
Peu de nourriture.
Tout semblait
en petite quantité dans cette masure.
Peu d’argent,
peu de nourriture, peu d’eau.
La savonnette
interrompit le cours de ses pensées.
Elle en était
contente. Elle allait pouvoir laver les vêtements du bébé
et même ses propres vêtements. Elle se rendit à la petite
cabine qu’il avait construite avec quelques pierres empilées,
afin de protéger le bain des regards indiscrets. Bien que
pauvre, il tenait à la propreté. Elle trouva une autre quantité
d’eau dans la cabine. Elle y trouva également une surprise,
une autre savonnette. De ces savonnettes qu’utilisent les
gens riches pour leur toilette.
Elle sourit.
De l’eau, du
savon et un grand lit.
Il lui dit :
— C’est moi qui
ferai la lessive ; je laverai tes habits et ceux du bébé.
Occupe-toi seulement de ton bain et dors dans le lit.
Une année était
passée depuis qu’elle parcourait les rues à la recherche d’un
travail comme domestique.
Elle avait quitté
son village pour fuir la faim et s’était réfugiée dans la
ville. Elle s’était dit qu’elle allait trouver du travail,
d’autant plus qu’elle avait une certaine maîtrise de la langue
française.
Elle ne savait
ni lire ni écrire, mais sa mère était domestique dans une
maison où l’on parlait français, alors que son père y avait
la fonction de gardien. Elle avait cru que le français allait
lui faciliter l’accès au travail dans les maisons.
Seulement, tous
les gens de la ville connaissaient le français.
Et puis les gens
ne recrutaient pas leurs domestiques dans la rue.
Elle lui avait
demandé de la laisser se reposer.
Il lui avait
offert l’hospitalité.
— Ma femme m’a
quitté pour un autre homme et m’a laissé seul, lui avait-il
dit.
Elle lui avait
demandé :
— Acceptes-tu
que je vive avec toi en tant qu’épouse ? Je suis fatiguée
de la vie dans la forêt et je ne supporte plus la pauvreté
ni la faim. Je travaillerai comme domestique et te rapporterai
un peu d’argent.
Il l’avait acceptée
comme épouse.
Elle prit un
bain.
Elle sortit du
bain, vêtue de vêtements propres.
Elle le trouva
assis en train de lui laver ses vêtements maculés de sang.
Elle s’endormit.
C’est qu’elle était exténuée. Elle rêva qu’elle vivait dans
un de ces palais où elle voulait travailler comme domestique.
Elle rêva que
lui était le maître de la demeure et qu’ils mangeaient de
la viande.
Elle se frotta
le nez et se réveilla.
Elle le trouva
à côté d’elle, caressant les mains du bébé.
L’amour irradiait
de ses yeux.
Le bébé avait
les yeux fermés. Il les ouvrait rarement.
Il avait à peine
trois jours.
Elle le regarda.
Puis elle referma
les yeux et l’image de son homme regardant le bébé en souriant
effaça petit à petit l’image du palais.
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