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Monde arabe . Le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, parle de la participation des pays membres à la Foire du livre de Francfort, du conflit israélo-arabe et de la crise en Iraq.

« L’application de la feuille de route se résume
à de simples slogans »

Al-Ahram Hebdo : Tous les pays arabes n’ont pas versé leurs contributions pour participer à la Foire du livre de Francfort. Qu’avez-vous fait pour remédier à cette situation ? La participation arabe sera-t-elle affectée par ce manque de contributions financières ?

Amr Moussa : Nous avons eu recours au secteur arabe privé qui a apporté une contribution honorable dans une tentative de combler la lacune résultant du manque des contributions financières. En tout cas, ce sujet ne nous préoccupe plus. Tout ce qui nous importe à l’heure actuelle, c’est que le programme de participation arabe soit présenté sous son meilleur jour et sous la forme qui serait en harmonie avec la réalité, l’histoire et la culture arabes.

— Comment la contribution arabe à Francfort pourrait-elle corriger l’image négative des Arabes en Occident ?

— La participation arabe à cette Foire est une bonne occasion qui s’offre à nous et nous devons en profiter au maximum. Surtout que les Arabes et leurs cultures se trouvent

sous des pressions énormes et sont la cible d’accusations dangereuses en provenance de l’Occident. En conséquence, la présence du monde arabe, en invité d’honneur, dans l’une des plus importantes foires du livre au monde pourrait sans doute contribuer concrètement à transmettre à l’Occident la réalité des faits arabes et de placer les éléments de la pensée arabe contemporaine dans leur juste contexte. Une manière qui permettrait de créer des horizons d’entente inexistants peut-être dans le passé ou qui n’existent plus aujourd’hui sous leur forme adéquate.

— Comment les Arabes pourraient — indépendamment de leur participation à la Foire de Francfort — transformer leur image défigurée dans la mentalité occidentale ?

— Ce qui est requis à l’heure, c’est une action ordonnée et harmonisée dans tous les domaines et sur l’étendue du monde. La ligue arabe déploie tous les efforts nécessaires en ce sens et j’espère que la conférence de Detroit tenue en septembre 2003, sous le signe de la coopération arabo-américaine, en était l’un des exemples les plus illustrateurs. Sans oublier nos participations continuelles à d’autres forums de discussions politiques, culturelles et autres.

— Des accusations portées contre la Ligue soutenaient que les hommes de lettres, les écrivains et les intellectuels dont les noms ont été retenus pour participer à la Foire de Francfort sont les favoris des gouvernements arabes et ne représentent pas les différentes tendances au sein de l’ensemble des intellectuels. Qu’en dites-vous ?

— Non. C’est une accusation sans fondement. D’ailleurs, le choix n’a pas été celui du secrétariat de la Ligue arabe mais a été du ressort d’une commission scientifique, spécialisée et indépendante. Je crois que la participation arabe mettra en lumière la présence et l’émergence d’éléments éminents et positifs dans la culture arabe contemporaine.

— La Ligue arabe se trouve exposée à plusieurs défis politiques menaçant de marginaliser son rôle. C’est le cas dans le conflit du Darfour au Soudan. Que fait la Ligue arabe pour relever ces défis ?

— La Ligue arabe a de tout temps été sujette à des défis. Elle a réussi d’une manière ou d’une autre à surmonter les épreuves et a réussi à sauvegarder son existence en tant que « Maison » des Arabes, même si son image et sa crédibilité ont été affectées, surtout auprès du citoyen arabe. Sans doute le rôle limité de la Ligue au niveau médiatique a été un facteur négatif ayant abouti au manque de sensibilisation quant à son rôle et son activité. N’oublions pas dans ce contexte le rôle joué par une multitude de médias hostiles à La ligue qui a détérioré son image de marque.

Les défis à relever sont nombreux, dont par exemple la situation au Darfour qui nécessite une ferme volonté, un effort et des ressources pour que la Ligue soit à la hauteur de l’événement et pour qu’elle puisse contribuer à un règlement à cette crise. La Ligue a intensifié ses efforts depuis l’envoi d’une mission du secrétariat général au Darfour pour connaître de près la situation. Elle a également envoyé une aide humanitaire fournie par des donateurs privés ou des Etats. Nous participons aussi aux négociations d’Abuja aux côtés de l’Union africaine et des Nations-Unies ainsi qu’aux travaux de la commission chargée de superviser l’application du traité conclu entre les Nations-Unies et le gouvernement de Khartoum. Nous avons mené des contacts ayant eu pour résultat la réunion extraordinaire des ministres arabes des Affaires étrangères qui a abouti à une position politique commune face à cette crise.

— Le conflit israélo-palestinien se trouve dans l’impasse à cause des politiques agressives du premier ministre israélien, Ariel Sharon, et les fortes pressions exercées par les Etats-Unis sur l’Autorité palestinienne. Croyez-vous en la possibilité de relancer le processus de paix ? Y a-t-il encore une possibilité d’appliquer la feuille de route ?

— Les tentatives d’application de la feuille de route et de relance du processus de paix se sont résumées jusqu’aujourd’hui à de simples slogans creux auxquels personne ne croit. Le gouvernement israélien cherche à tirer profit de la conjoncture régionale et internationale pour renforcer son occupation des territoires occupés. Tel-Aviv tourne le dos complètement à toutes les résolutions de la légitimité internationale et se soucie peu des conseils de ses amis. En réalité, rien ne changera sauf si l’immunité qui lui est accordée par les Etats-Unis est levée et qu’elle se trouve confrontée de manière décisive à deux seules options : soit de se plier aux engagements de la légitimité internationales, soit de subir des sanctions de la part du Conseil de sécurité. On ne s’engage dans la voie de la paix qu’à travers l’établissement d’un dialogue politique avec la direction palestinienne et la restitution des droits spoliés des Palestiniens. Sinon, le tout se réduirait à une sorte de duperie.

— Comment les pays arabes pourraient-ils exploiter l’avis de la Cour Internationale de Justice (CIJ) contre le mur de séparation en faveur de la question palestinienne ? Y a-t-il une action arabe en ce sens, que ce soit à l’Assemblée générale de l’Onu ou au Conseil de sécurité ?

— Le jugement de la CIJ est historique selon tous les critères. Après les tentatives répétées d’Israël de manipuler les fondements juridiques du conflit palestino-israélien, la cour a rectifié le tir et a remis tout à sa place en démontrant juridiquement parlant et d’une manière indubitable l’illégalité des politiques et des démarches israéliennes. Non seulement en ce qui concerne le mur mais également au niveau des colonies, de la démolition des maisons, des assassinats et des punitions collectives. L’Assemblée générale de l’Onu a appuyé cet avis juridique à une majorité écrasante, prouvant que la communauté internationale, y compris l’Union européenne, continue à s’aligner sur le droit international. Nous verrons prochainement quels sont les moyens utiles pour tirer parti de ce jugement, en prenant en considération que les non-alignés se sont mis d’accord dans leur dernière réunion sur la nécessité d’entreprendre des mesures contre Israël, qui ne respecte pas le droit international, ni les résolutions des Nations-Unies. Nous verrons comment ceci pourrait être activé au sein des organisations internationales.

— La Ligue et les pays arabes ont brillé par leur absence en Iraq, laissant le champ libre aux Etats-Unis. Qu’en dites-vous ?

— Ces accusations sont totalement injustifiées. Celui qui suit les événements en Iraq se rendra compte que le rôle arabe n’est pas absent. A titre d’exemple, une délégation de la Ligue s’est rendue en Iraq en décembre 2003 et a rencontré plus de 600 personnalités. La rapport élaboré à l’issue de cette visite était d’ailleurs d’une grande importance pour les délibérations des ministres arabes des Affaires étrangères lorsqu’ils ont discuté l’affaire iraqienne. Je suen contact permanent avec les responsables du gouvernement iraqLa présence du monde arabe, en tant qu’invité d’honneur, à l’une des plus importantes foires du Livre au monde pourrait sans doute

contribuer concrètement à transmettre à l’Occident la réalité des faits arabes et placer les éléments de la pensée arabe contemporaine dans leur juste contexte.provisoire ainsi qu’avec les hommes politiques iraqiens qui revendiquent tous un rôle de la Ligue dans le processus politique iraqien. A mon avis, nous allons assister à un développement de l’action de la Ligue en Iraq. Envers et contre tout, la Ligue pourrait déployer davantage d’efforts si on lui accorde le soutien politique nécessaire.

— La Ligue arabe passe par une grave crise financière depuis plusieurs années. A quel point a-t-on apporté un remède à ce problème ?

— La crise financière a de multiples raisons dont le non versement des contributions de certains pays, dans les délais fixés. Il y a aussi les réserves émises par certains membres sur leur quotes-parts dans le budget de la Ligue. Je voudrais dire que depuis le sommet de Tunis, en été dernier, maintes évolutions ont eu lieu qui sont susceptibles d’améliorer la situation et de porter un remède durable à la crise. Mais l’important c’est l’engagement des pays à verser leurs quotas.

— Comment percevez-vous les relations entre le monde arabe, la Ligue arabe et les puissances régionales voisines comme la Turquie, l’Iran ou l’Ethiopie ?

— La Ligue arabe doit avoir des relations équilibrées avec tous les pays et plus précisément avec les pays limitrophes à la nation arabe, étant donné qu’il existe des relations entre le monde arabe et ces pays qui influent sur la sécurité arabe. Il est vrai que la charte de la ligue n’a rien prévu de particulier pour ces pays, mais il n’en demeure pas moins qu’il existe des alternatives permettant la concertation et la coordination avec ces pays en vue de réaliser l’intérêt arabe général et pour répondre aux besoins de bon voisinage. D’ailleurs, la signature récente d’un accord de concertation avec le ministère turc des Affaires étrangères a été un point de départ important sur cette voie.

— Comment voyez-vous le rôle de la Ligue dans l’activation de la coopération entre les pays arabes dans le domaine économique ?

— La Ligue peut sans doute jouer un rôle important et influent dans l’affermissement des relations économiques panarabes. C’était d’ailleurs l’une des neuf propositions que j’avais soumises au sommet de Tunis. J’estime que la question ne requiert pas uniquement des mécanismes efficaces d’exécution pour relancer la coopération économique, qui est notre ultime objectif, mais qu’elle nécessite également une prise de conscience arabe de l’indispensable intérêt d’un renforcement de la coopération économique panarabe. Car une telle coopération si elle se réalise aura des effets bénéfiques sur l’ensemble des activités arabes communes .

Nous allons assister à un développement de l’action de la Ligue en Iraq. Envers et contre tout, la Ligue pourrait déployer davantage d’efforts si on lui accorde le soutien politique nécessaire.Nous allons assister à un développement de l’action de la Ligue en Iraq. Envers et contre tout, la Ligue pourrait déployer davantage d’efforts si on lui accorde le soutien politique nécessaire.

Propos recueillis par
Magda Barsoum

 

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