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Interdiction
de la prière du vendredi dans les zawiyas, ces petites mosquées
installées au rez-de-chaussée des immeubles, fermeture des
mosquées hors des heures de prières et limitation de la durée
du prêche du vendredi à vingt minutes uniquement. Ce sont
là les toutes dernières décisions du ministère des Waqfs (Biens
religieux). Selon les responsables du ministère, ces mesures
s’inscrivent dans le cadre d’un plan visant à organiser le
culte dans les mosquées. « Nous avons reçu de nombreuses plaintes
de la part de personnes malades ou d’étudiants en raison de
la cacophonie dans les mosquées, notamment lors du prêche
du vendredi dont la durée dans certaines mosquées est extrêmement
longue », explique un responsable au ministère des Waqfs.
Il ajoute que le ministère en tant qu’instance responsable
du culte est « en droit de prendre de telles mesures ». Mesures
qui ne sont pas du goût de tout le monde. Elles ont suscité
une véritable levée de boucliers dans les milieux islamistes
et conservateurs. « Le ministère des Waqfs est en train de
confisquer la liberté religieuse. Il empêche les Egyptiens
de pratiquer leur religion », s’insurge Abdel-Moeti Bayoumi,
député et professeur de théologie musulmane à l’Université
d’Al-Azhar. Selon lui, il est insensé de limiter à vingt minutes
la durée du prêche du vendredi et totalement injustifié de
fermer les mosquées hors des heures de prière. « Les lieux
de culte doivent être tout le temps ouverts pour accueillir
les fidèles. Chez la communauté chrétienne, les lieux de culte
sont toujours ouverts. Comment peut-on concevoir que les mosquées
soient fermées », ajoute Abdel-Moeti Bayoumi pour qui le gouvernement
cherche par tous les moyens à limiter le poids de la religion
au sein de la société dans le contexte international actuel.
Soucieux de raffermir son contrôle sur les
lieux de culte et de lutter contre l’extrémisme religieux,
le ministère des Waqfs mène depuis quelques années une politique
visant à étatiser les mosquées. C’est dans ce contexte que
80 % des mosquées ont déjà été placées sous le contrôle de
l’Etat. C’est également dans ce contexte que le ministère
a exigé que le sujet du prêche du vendredi soit fixé d’avance
par l’imam de la mosquée avant d’être approuvé par le ministère.
Ce dernier avait lancé le débat sur les mosquées il y a deux
semaines en annonçant son intention d’unifier l’appel à la
prière pour éviter la cacophonie. « Les récentes décisions
sont conformes à l’esprit modéré de l’islam. Le prophète Mohamad,
que la paix et le salut soient sur lui, accélérait la prière
lorsqu’il entendait parmi les fidèles le bruit d’un enfant
qui pleurait. De même, le prophète ne prolongeait pas la durée
du prêche pour que celui-ci ne représente pas un fardeau pour
les fidèles », assure le responsable au ministère des Waqfs
tout en niant toute pression étrangère. Concernant la décision
d’ouvrir les mosquées seulement pour les heures de prière,
il explique qu’il est inacceptable que les lieux de culte
soient utilisés par certains comme des endroits pour dormir.
Outre la limitation de la durée du prêche
et la fermeture des mosquées hors des heures de prière, le
ministère des Waqfs a annoncé son intention de consacrer 51
mosquées dans le Grand-Caire pour la prière des tarawih durant
le Ramadan. En fait, cette prière est une des plus importantes
pendant le mois sacré. Les fidèles y récitent chaque jour
une partie du Coran. Elle peut durer entre 2 et 3 heures.
Cette décision a été très critiquée par les islamistes et
les oulémas conservateurs. « Le ministère sous-entend-il que
les musulmans n’ont pas le droit d’accomplir les tarawih dans
les autres mosquées ? », estime Abdel-Moeti Bayoumi. Les responsables
du ministère rétorquent : « Il s’agit d’une mesure visant
à organiser le culte. Elle concerne les mosquées officielles,
mais nous ne pouvons pas empêcher les autres mosquées de tenir
la prière des tarawih », déclare le responsable au ministère.
Certains imams affirment qu’ils ne respecteront
pas une telle décision si le ministère essaye de la leur imposer.
« Je ne vais pas arrêter une tradition du prophète, je suis
habitué chaque année à accomplir la prière des tarawih avec
les habitants du quartier où se trouve la mosquée. Cette prière
revêt une importance particulière pour les musulmans », explique
le cheikh Abdel-Aal, prédicateur dans une mosquée de la région
de Haram, à Guiza .
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