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Relations internationales . Dans son livre La Phobie du péril vert, Ibrahim Nafie explique les objectifs pernicieux de la campagne des Etats-Unis visant à faire de l’islam le nouvel ennemi à abattre après le communisme.
Un ennemi fabriqué de toutes pièces
Le vert couleur de l’islam. Un vert qui vient remplacer le rouge qui a constitué l’ennemi farouche des Etats-Unis et du capitalisme occidental pendant près d’un demi-siècle, au lendemain de la deuxième guerre mondiale. Aujourd’hui, il est certain, comme le relève Ibrahim Nafie, rédacteur en chef d’Al-Ahram, dans son nouvel ouvrage La Phobie du péril vert, la campagne de déformation de l’islam, la religion musulmane est devenue l’emblème de l’ennemi à abattre. Pourtant, ce même vert a constitué bien une parade pour Washington. Faut-il oublier cette ceinture verte visant à faire barrière à l’expansion communiste, notamment en Asie et même en Europe ? Pourquoi tout d’un coup les choses ont-elles changé ? Dans son livre, Nafie tente, d’une certaine manière, d’apporter une réponse, cela dans un contexte qui se veut tant historique que politique et contemporain.

Si les attentats du 11 septembre 2001 ont constitué le déclic qui par la suite a mené à cette guerre planétaire menée par Washington contre un islam assimilé au terrorisme, il est notoire que le concept de conflit des civilisations affûté en Occident a été bien antérieur à cette date. Celle-ci a cependant marqué un double tournant. Le premier a été la mobilisation de la machine de guerre américaine contre l’Afghanistan et ensuite l’Iraq. Le second a été, en revanche, cette manifestation de haine sinon d’hostilité à l’égard de Washington qui a éclaté en dépit du rejet général de ce qui s’est passé le 11 septembre. L’invasion de l’Iraq est venue ôter toute crédibilité à la lutte des Etats-Unis contre le terrorisme. « Ce qui s’est passé en Iraq a augmenté et l’hostilité envers l’Amérique et le recours au terrorisme », écrit l’auteur. Il relève que cela n’a fait que décupler le ressentiment arabe à l’égard des Etats-Unis déjà présent suite au soutien accordé par Washington à Israël dans son « plan de génocide des Palestiniens et son objectif de contrôler la région. En commettant des crimes sanguinaires en Iraq, les Etats-Unis ont provoqué les peuples du monde en général et les musulmans en particulier », relève Nafie.


Une guerre qui prend l’allure d’une croisade.

Le facteur israélien est bien mis en évidence dans cette vue qu’ont les peuples arabo-musulmans de Washington. A ceci s’ajoute ce sentiment que l’Iraq ne serait qu’une étape dans tout un processus mené par Washington pour « soumettre le monde musulman, lui imposer un modèle politique, économique et social en particulier, des programmes scolaires, unemodification des croyances religieuses, voire du missionarisme » ? Nafie va jusqu’à parler de « croisade » qui a commencé par l’invasion de l’Afghanistan, l’occupation de l’Iraq, la destruction de son armée et de son infrastructure. La troisième victime a été la Libye qui a été obligée de modifier totalement sa politique et de renoncer à ses programmes d’armement qui lui avaient coûté des milliards de dollars. Tout ce qui concerne ce programme a été transféré gratuitement aux Etats-Unis. Quant au Pakistan, « ses savants nucléaires qui ont aidé l’Iran et la Corée du nord, dont Abdel-Qader Khan, père de la bombe atomique pakistanaise, ont reçu une véritable correction ». La future ou plutôt « l’actuelle » victime serait la Syrie qui sera « obligée finalement à se soumettre aux pressions américaines ».

Citant un chercheur égyptien, Anouar Al-Hawari, Nafie relève l’existence de trois principaux dossiers dans cette politique et approche américaines du monde arabo-musulman. Le premier est celui de la sécurité d’Israël, du pétrole et des régimes qui ont une relation privilégiée avec les Etats-Unis. Le deuxième est celui de la sécurité nationale arabe absente. Depuis la deuxième guerre mondiale et la création de l’Etat d’Israël, les Arabes n’ont aucun système collectif de défense susceptible d’être appliqué alors qu’ils ont un ennemi commun, Israël ... Le troisième dossier est celui de la religion. Celui-ci est mis en exergue de manière intense : « Croisade » pour les Américains et « Djihad » du point de vue de l’opinion arabo-musulmane.


Contradictions américaines

L’objectif de cette guerre de civilisation est « d’empêcher avant tout l’émergence de toute puissance mondiale qui fasse concurrence aux Etats-Unis au XXIe siècle ». Cette vision d’un islam considéré comme un ennemi est antinomique à un monde pluriel, souligne Nafie ; un monde « où coexisteraient les civilisations, les cultures et les ethnies. C’est faire échec à l’avenir. C’est une guerre contre l’avenir » ... Dans ce contexte, l’objectif principal est de marginaliser le monde arabe, voire « le sortir de l’Histoire et même de la géographie ». Nafie est cependant conscient de la complexité de la situation. Si l’intégrisme islamique constitue un danger réel, il a plus servi d’alibi pour justifier la campagne anti-islamique et mettre en exergue cette phobie du péril islamique. Ainsi, comme il est expliqué dans le livre, le terrorisme est une idéologie et un instrument nés de doctrines différentes essentiellement occidentales. En plus, il y a aussi « mélange des coordonnées » où lutte nationale est assimilée à terrorisme.

De toute façon, il faut bien rappeler comment les Etats-Unis ont été les premiers à manipuler les groupes de l’islam politique au moment de leur guerre contre l’Union soviétique. Nafie relève aussi comment Washington a utilisé ces mêmes mouvements pour combattre des régimes arabes qui lui sont hostiles, comme le Nassérisme en Egypte. Ces mêmes mouvements ont été mis à contribution contre le régime de Saddam Hussein. C’est bien la légende de l’apprenti sorcier.

Quoi qu’il en soit, nous sommes face à un état de choses où il ne faut guère donner raison à Washington. Il faut bien lui rappeler son rôle dans l’état actuel des choses tout en veillant à ne pas tomber dans la même erreur. S’il y a une fausse image de l’islam véhiculée par l’Occident faite de violence, il est certain qu’il ne faut guère se reconnaître dans cette image et ne pas agir, à titre de défense, en fonction d’elle.

Bien documenté, le livre de Nafie explique les tenants et les aboutissants d’une campagne politique et économique qui se sert de la religion comme alibi

Ahmed Loutfi

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« Les Musulmans doivent tenter d’être respectés dans le monde, sans mendier »
Fahmi Howeidi,
écrivain islamiste

Al-Ahram Hebdo : Les accusations de l’Occident vis-à-vis du monde musulman sont-elles abusives ou bien les musulmans sont-ils en quelque sorte responsables de cette déformation de leur image ?

Fahmi Howeidi : Les deux parties se partagent la responsabilité. Sans aucun doute, les intentions de l’Occident envers le monde musulman n’ont jamais été bonnes à cent pour cent. Ce n’est pas du tout nouveau, l’histoire le démontre : des Croisades à la colonisation, en passant par l’Histoire moderne et la domination à l’heure actuelle. Dans ce contexte, je pense par contre que le monde musulman ne déploie pas suffisamment d’efforts. Les musulmans aident d’ailleurs l’Occident à continuer à manifester son hostilité, surtout à travers le mauvais exemple qu’ils ont jusqu’à présent fourni. Ils ont été incapables de livrer un modèle respectueux de l’islam.

Ceci justifie en soi les campagnes menées contre cette religion.

— Comment peuvent-ils donc fournir un tel exemple ?

— Il s’agit de tenter de présenter des pays islamiques qui pourraient être respectés dans ce monde sans toutefois mendier le respect. Je pense notamment à la Malaisie et à l’Indonésie. Ce sont de très bons modèles d’Etats islamiques modernes. Des pays musulmans mais qui jouissent d’une démocratie et d’une transparence. Je rappelle que cette démarche a été menée non par les citoyens eux-mêmes mais par leurs gouvernements. Le développement économique et les contributions culturelles de ces deux pays permettent de refléter une meilleure image de l’islam. Leur écho en Occident est tout à fait différent.

— Les musulmans devront-ils donc penser à améliorer leur image en Occident ?

— Changer notre image en Occident ou encore l’impressionner n’a jamais été une de mes préoccupations. En Occident, on émet les jugements en fonction de la réussite de telle ou telle théorie politique. C’est-à-dire à travers une réalisation politique. C’est pourquoi les analystes estiment que la chute de l’Union soviétique et de la théorie communiste a été due à l’incapacité du communisme de présenter un modèle qui respecte la liberté de l’individu et lui garantisse sa sérénité. Aujourd’hui, on utilise les mêmes critères pour juger les islamistes. Malheureusement dans le monde arabo-musulman, il n’y a aucune véritable volonté pour mener des réformes quelconques. Nous ne pouvons donc pas blâmer l’Occident.

Propos recueillis par
Inès Eissa
 

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