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La mosaïque arabe à Francfort !
Par Mohamed Salmawy

La plus grande foire du livre au monde a été inaugurée mardi soir à Francfort, où le monde arabe est pour la première fois l’invité d’honneur. Il devra présenter son art et sa littérature une année durant jusqu’à la prochaine édition en octobre 2005. Les contributions des autres pays participants se limitent à la présentation de livres, à l’exclusion de toute forme d’arts, de colloques ou de lectures littéraires.

Le véritable invité de la Foire cette année est « la culture arabe et la civilisation musulmane ». Si nous disons à titre exceptionnel que l’invité est le monde arabe, c’est pour désigner la dimension culturelle et civilisationnelle. Le côté arabe a choisi comme emblème à sa participation celui de « Visions d’avenir ». Un thème qui reflète une prise de conscience du véritable défi qu’affronte le monde arabe actuellement. La question est de savoir si le monde arabe — à l’ombre des changements mondiaux successifs et du progrès technologique et scientifique — est capable de traiter avec le présent et l’avenir, et de ne pas rester recroquevillé sur son passé glorieux.

Le chancelier allemand Gerhard Shroeder a inauguré lui-même la Foire en réservant un accueil chaleureux au monde arabe. Les allocutions du Prix Nobel de littérature Naguib Mahfouz et du secrétaire général de la Ligue arabe ont reflété la continuité entre le passé glorieux de la civilisation arabe et l’avenir dans lequel nous nous engageons.

Les centaines d’hommes de lettres, d’intellectuels et d’artistes arabes qui ont participé à l’inauguration majestueuse ont ensuite assisté au spectacle dansant Schéhérazade présenté par l’Opéra du Caire, et qui tourne autour de la fameuse narratrice, l’une des personnalités les plus célèbres de la littérature arabe. Le spectacle, conçu par Walid Aouni, a reflété cette orientation arabe vers l’avenir.

Le début réel des activités de la Foire commence ce mercredi 6 octobre par un colloque très attendu sur « l’islam et les défis de l’époque ». Un autre symposium important aura lieu sur les « tendances contemporaines de la pensée arabe » présidé par Nassif Nassar du Liban et auquel participera une panoplie d’intellectuels arabes dont Dr Abdel-Wahab Al-Messeiri et Tayeb Tayzini de Syrie. Jeudi, un colloque se tiendra sur « l’avenir de la société arabe dans une époque en mutation », présidé par Mohamad Ahmad Al-Chérif de Libye. Y participent Mohamad Abdallah Al-Motawie des Emirats arabes unis, Al-Sayed Yassine et Dr Moustapha Al-Fiqi d’Egypte, Fahima Charafeddine du Liban et autres.

Boutros Boutros-Ghali, président du Conseil national des droits de l’homme en Egypte, prononcera un discours sur « la réforme et les droits de l’homme dans le monde arabe ». Un autre sur le thème « le monde arabe appuie-t-il le terrorisme ? » sera débattu par Abdullah bin Saleh Al-Obeid d’Arabie saoudite, en prenant son pays comme exemple.

Sur les aspects spécifiques de la littérature arabe, l’accent sera également mis sur le présent et l’avenir. Ainsi, deux colloques seront consacrés aux « tendances contemporaines dans le poème arabe » et au « théâtre arabe et les courants mondiaux contemporains ». D’autres symposiums se pencheront sur la rectification de concepts erronés : « Le malentendu mutuel entre le monde arabe et l’Europe » et « La tolérance dans la culture arabe ».

Le programme de la Foire regroupe aussi des lectures littéraires de poètes, romanciers, dramaturges, qui sont de grands noms dans le monde arabe comme Mahmoud Darwich, Ahmad Abdel-Moeti Hégazi, Hanna Mina, Gamal Al-Ghitani, Assia Gabbar, Edward Al-Kharrat, Hanane Al-Cheikh, Mohamad Barrada, Sahar Khalifa, Mourid Al-Barghouthi, Khaïri Chalabi et autres.

Pour ce qui est des arts, il y a une énorme exposition d’arts plastiques avec la participation de plus de 100 artistes. Une deuxième pour les dessins d’enfants, une troisième dédiée aux métiers traditionnels et à l’artisanat et une quatrième sur l’art de la caricature politique et la calligraphie. Sans oublier des expositions historiques sur des thèmes variés : « Anciens manuscrits » présentée par la Bibliothèque d’Alexandrie, « Les Arabes et les sciences » sur les différentes découvertes scientifiques arabes.

Outre le spectacle dansant de l’inauguration, des spectacles musicaux sont au programme, comme ceux des troupes libanaises Caracala et Charbel Rohana et jordanienne Ram. Un récital de piano sera donné par le duo « Horus » composé de Noura Ramoudi de Hongrie et Ahmad Abou-Zahra d’Egypte. Un autre de luth présenté par Nassir Chamma d’Iraq.

Un grand festival cinématographique sera organisé où seront projetés des films parmi les plus importants produits par le cinéma arabe, notamment Alexandrie ... New York de Youssef Chahine. En marge du festival seront tenus des colloques et des rencontres avec Chahine, Moufida Tlatli et autres.

Peu avant l’inauguration de la foire, j’ai rencontré son vice-président pour les relations extérieures, à la cafétéria de la foire qui présente une gastronomie orientale de la cuisine égyptienne, libanaise et marocaine. Il m’a dit que ce qui a attiré le plus son attention dans le programme de participation arabe est cette riche diversité d’activités artistiques et culturelles. Il a ajouté que le monde doit comprendre que la culture arabe a de multiples dimensions. Le monde arabe se présente à la foire dans toute sa diversité. Ce qui prouve que la pensée arabe est loin d’être rigide comme certains le croient. Elle ressemble plutôt à une grande mosaïque aux multiples couleurs, mais qui forme finalement un seul tableau.

La véritable réussite de la participation arabe à la foire sera le nombre de livres dont les droits de traduction et de publication seront vendus aux éditeurs étrangers, au nombre de 7 000. Si toutes ces activités culturelles et artistiques ne parviennent pas à attirer l’attention des maisons d’édition sur l’importance de notre culture et par conséquent à acheter les droits de nos livres, nous aurons juste réussi à organiser un grand spectacle dont l’effet se terminera à la fin de la foire. Alors que la signature de contrats de traduction et de publication de livres arabes garantit la continuité de l’effet produit par notre participation à la foire. C’est peut-être ce que le président de la foire, F. Neuman, a voulu dire en me confiant que « le défi réel que nous devons relever c’est de faire de la Foire de Francfort le point de départ d’un dialogue entre vous et nous. Francfort doit être le début et non la fin », a-t-il dit.

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