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Afghanistan . Soutenu par les Etats-Unis, le président par intérim Hamid Karzaï devrait remporter les présidentielles du 9 octobre. Mais il aura fort à faire pour surmonter les clivages ethniques.
Karzaï grand favori

Trois ans après les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis et la fin du régime des Talibans, l’Afghanistan se prépare à sa première élection présidentielle démocratique, le 9 octobre, depuis son indépendance en 1919. Alors que près de 30 000 soldats étrangers sont déployés sur le terrain, que des « seigneurs de la guerre » continuent de régner avec une poigne de fer sur leurs fiefs et que l’ombre d’Ossama bin Laden plane en coulisses, quelque dix millions d’électeurs se sont inscrits pour participer à un scrutin dont les répercussions sont mondiales.

Soutenu par les Etats-Unis, le président afghan par intérim, Hamid Karzaï, 46 ans, élu par un grand conseil tribal (Loya jirga) en juin 2002, apparaît comme le grand favori de cette élection dans laquelle dix-huit candidats sont en compétition. Son principal adversaire est son ancien ministre de l’Education, Yunus Qanooni, 47 ans, ex-combattant anti-taliban au sein de l’Alliance du Nord du commandant Ahmad Shah Massoud.

Parmi les autres candidats figurent notamment deux anciens communistes, un poète francophone, cinq ex-moudjahidines (combattants antisoviétiques) et une femme. Pas de grands débats de société pour cette élection, dont les participants attendent surtout la paix et la sécurité après vingt-cinq années de crises, de conflits et de guerre civile.

Les divisions ethniques joueront le rôle de clivages politiques. Karzaï appartient à l’ethnie dominante des Pachtounes, tandis que son principal rival Qanooni est issu du deuxième groupe ethnique d’Afghanistan, les Tadjiks. Les Hazaras du centre du pays pencheront pour l’ancien moudjahid Mohammed Mohaqiq, tandis que les Ouzbeks du nord rallieront de préférence Abdul-Rashid Dostam, un des plus puissants et des plus craints chefs de guerre d’Afghanistan. En parallèle aux divisions ethniques, les affiliations aux « seigneurs de la guerre » qui continuent de régir une grande partie du pays feront, en effet, la différence.

Au-delà de l’élection du président d’un pays soutenu par l’argent de l’aide internationale et gangrené par celui de la drogue, l’avenir de la lutte contre le terrorisme mondial, qui divise l’Occident depuis trois ans, se joue en partie dans les urnes d’Afghanistan.

Illettrés à près de 80 %, les Afghans, qui se rendront la semaine prochaine dans les 5 000 bureaux de vote disséminés jusque dans les montagnes les plus reculées, pèseront sur l’élection présidentielle le 2 novembre aux Etats-Unis. Une élection sans heurt et non contestable, deux éléments qui sont encore loin d’être acquis, permettrait au président américain George W. Bush de revendiquer une victoire de sa politique étrangère et de justifier un objectif similaire pour l’Iraq.

Quelque 18 500 soldats, dont 16 000 Américains, poursuivent depuis trois ans en Afghanistan l’opération Enduring Freedom (Liberté immuable) dont le but initial était de détruire le sanctuaire d’Al-Qaëda dont le chef Ossama bin Laden est toujours introuvable. Parallèlement, 9 000 soldats venus d’une trentaine de pays composent la Force internationale d’assistance à la sécurité (Isaf), commandée depuis un an par l’Otan et dont le mandat, la sécurité à Kaboul et ses environs, a été récemment étendu aux provinces les plus calmes du nord du pays. La capitale afghane Kaboul fait l’objet de mesures de sécurité renforcées depuis plusieurs semaines, dans la crainte d’attentats à l’approche du scrutin.

Le vainqueur du scrutin présidentiel aura fort à faire pour sortir l’Afghanistan d’un quart de siècle de crises et de guerres et pour surmonter un problème de légitimité. Mosaïque ethnique, l’Afghanistan tente pour la première fois un exercice démocratique totalement étranger aux coutumes locales, régies depuis des siècles par les lois tribales.

Substituer le verdict des urnes au pouvoir traditionnel des « jirgas » (assemblées tribales) dans un des pays les plus conservateurs au monde est une révolution pour la majorité des Afghans, et pour la presque totalité des Afghanes. L’organisation du scrutin laisse la porte ouverte à de multiples contestations : enregistrements multiples des électeurs, manque de contrôle international, pressions sociales, militaires et religieuses sur des électeurs à la culture politique inexistante.

Sorti vainqueur d’un scrutin à la légitimité contestable, au moins pour ses adversaires, le futur président afghan devra d’abord s’atteler à l’établissement d’une majorité politique, qui passera par des coalitions ethniques. Hamid Karzaï est le mieux placé pour cela, notamment parce qu’il est le seul pouvant bénéficier d’un soutien inconditionnel de la Maison Blanche qui ne cache pas sa préférence pour l’homme. Karzaï jouit également de l’appui global de la communauté pachtoune dont il est issu. S’il est élu, Karzaï devra ressouder les rangs de la coalition ethnique informelle représentée au sein du gouvernement intérimaire qu’il préside depuis la chute du régime fondamentaliste des Talibans à la fin 2001.

Pour marquer sa différence avec les chefs de guerre, Karzaï est parti dans la course à la présidentielle sans son tout-puissant ministre de la Défense, le Tadjik Mohammed Qasim Fahim, et se retrouve désormais confronté à une coalition tadjike menée par son ancien ministre de l’Education Yunus Qanooni. Mais la fracture électorale n’est pas irrémédiable entre Afghans, maîtres dans l’art des négociations et des accords subtils .

Maha Salem
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