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Turquie
. Bruxelles salue, dans un rapport
présenté ce mercredi, les réformes d’Erdogan, mais épingle des carences
multiples en matière d’éradication de la torture et de respect des
droits de l’homme.
L’Europe
dresse un rapport mitigé |
La Commission
européenne présente ce mercredi 6 octobre un rapport très
attendu sur la candidature de la Turquie à l’Union Européenne
(UE), dans la perspective de la décision finale sur l’ouverture
de négociations d’adhésion. Ce rapport devrait saluer les
réformes effectuées par la Turquie pour s’arrimer à l’UE,
tout en pointant de multiples carences et l’ampleur du chemin
encore à parcourir en matière de droits de l’homme et d’éradication
de la torture. Le rapport que soumettra à ses collègues le
commissaire à l’Elargissement, Guenter Verheugen, souligne
les progrès démocratiques « substantiels » d’Ankara depuis
l’arrivée au pouvoir de Recep Tayyip Erdogan en 2002. « Le
processus de réforme a clairement mis en lumière un consensus
grandissant en faveur de la démocratie libérale », se félicite
le document. Mais « des carences subsistent », ajoute-t-il,
évoquant notamment « de nombreux cas de tortures ».
Ce
rapport fait partie d’un triptyque très attendu dans la perspective
de la décision finale sur l’ouverture de négociations d’adhésion
avec la Turquie, que les dirigeants de l’UE devront prendre
lors du sommet du 17 décembre.
Outre ce rapport,
M. Verheugen, chaud partisan de la candidature d’Ankara, mettra,
ce mercredi, sur la table de l’exécutif communautaire une
analyse de l’« impact » d’une adhésion turque et une recommandation
sur l’entame des pourparlers. « L’étude d’impact énumère les
nombreuses opportunités et bénéfices politiques ou économiques
qu’une intégration de la Turquie à l’UE apporterait aux deux
parties », a affirmé M. Verheugen.
Parallèlement,
d’anciens dirigeants européens regroupés vendredi à Paris
dans une commission indépendante sur la Turquie ont réaffirmé
que l’adhésion de la Turquie à l’UE représentait une « chance
inouïe » pour l’Europe et est une nécessité pour la paix dans
l’après-11 septembre.
Dans ce même
cadre, le chancelier allemand Gerhard Schroeder a assuré,
dimanche soir à Berlin, la Turquie d’un soutien « sans ambiguïté
» pour les négociations d’adhésion de ce pays à l’UE et qualifié
le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, de « grand
réformateur » qui a mis en œuvre une dynamique de réformes
« sans précédent dans l’histoire de son pays ». L’Allemagne,
qui abrite la plus grande communauté turque d’Europe, est
le fer de lance des partisans d’une entrée de la Turquie dans
l’UE, qu’elle voit comme une opportunité à ne pas manquer
pour réconcilier l’islam et l’Occident.
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Des lacunes à combler
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Malgré tous les
progrès démocratiques d’Ankara que le rapport a mis en relief,
il a dressé un bilan mi-figue mi-raisin, susceptible de nuancer
la recommandation. « De nombreux cas de torture et en particulier
de mauvais traitements continuent d’exister et des efforts
supplémentaires vont être nécessaires pour éradiquer de telles
pratiques », reconnaissent les services de M. Verheugen en
prônant un contrôle indépendant des centres de détention.
« La torture existe toujours en Turquie et le pays ne remplit
absolument pas les critères de Copenhague sur les droits de
l’homme pour prétendre adhérer à l’UE », a affirmé, samedi,
Dr Inge Genefke, l’ambassadrice du Conseil international de
réhabilitation pour les victimes de la torture (IRCT). Rejetant
ces accusations, le premier ministre turc a affirmé samedi
qu’il n’y a pas de torture systématique dans son pays, accusant
les organisations de défense des droits de l’homme d’être
« idéologiquement aveugles ». Selon le premier ministre, les
organisations de défense des droits de l’homme ne signalent
que des cas isolés. « Celui qui lance une accusation doit
la prouver », défend-il. Malgré les défenses acharnées d’Erdogan,
le Dr Inge Genefke, figure de proue de la lutte internationale
contre la torture, a affirmé que « la réalité est tout autre.
On est bien loin de la tolérance zéro contre la torture défendue
par Erdogan », a déclaré Mme Genefke. Selon la Fondation des
droits de l’homme de Turquie (IHV), 924 personnes, dont 225
femmes et 33 enfants, ont été soignées dans ses centres en
2003, contre 965 en 2002. « Ces chiffres montrent que la torture
ne concerne pas des cas isolés comme le dit Erdogan, mais
demeure un grave problème en Turquie », affirme Dr Inge.
Se trouvant encore
en butte à un déluge d’attaques européennes malgré tous les
efforts qu’il a déployés pour s’arrimer à l’UE, M. Erdogan
avait estimé que les négociations d’adhésion de son pays à
l’UE pourraient durer jusqu’en 2019. « On ne peut pas prévoir
maintenant si la Turquie adhérera à l’UE dans dix ans ou dans
15 ans », avait-il dit. M. Erdogan a aussi vigoureusement
critiqué les dirigeants politiques qui s’opposent à l’adhésion
de la Turquie en affirmant que ce pays n’appartient pas à
la civilisation européenne. Sur ce point, bien des dirigeants
politiques en Europe auraient besoin de « changer de mentalité
», a souligné M. Erdogan. La Turquie se considère comme faisant
partie des « communautés de valeurs » européennes, a-t-il
ajouté.
Après avoir étonné
ses futurs alliés européens par la rapidité et l’ampleur de
ses réformes démocratiques, la Turquie s’attelle à la rude
tâche de les faire appliquer, tout en sachant que le plus
difficile reste encore à faire. Les analystes estiment que
le pays est loin d’être prêt pour le processus long et ardu
des négociations d’adhésion qui s’ouvrira si les dirigeants
de l’UE accordent à Ankara, lors de leur sommet du 17 décembre,
une date pour entamer les pourparlers.
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Maha
Al-Cherbini |
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