Bagdad, Falloujah,
Samarra, Mossoul ; l’Iraq tout entier est mis à feu et à sang.
Nul répit pour les Iraqiens qui subissent d’un côté les bombardements
de l’armée d’occupation et de l’autre les attaques de la guérilla.
La journée de lundi a été particulièrement meurtrière avec
l’explosion d’une voiture piégée à Mossoul faisant au moins
trois morts et une dizaine de blessés. Mais c’est dans la
capitale que la journée a été la plus sanglante. Deux véhicules
piégés ont en effet explosé. La première voiture a explosé
à Bagdad lundi matin, faisant au moins 10 morts et près de
80 blessés. L’attentat s’est produit devant un centre de recrutement
de l’armée iraqienne dans le quartier Mansour, près de la
Zone verte, un secteur ultra-sécurisé où se trouvent l’ambassade
des Etats-Unis et le siège du gouvernement iraqien. Un porte-parole
militaire américain a affirmé que l’explosion « n’a pas fait
de victimes américaines ». Une deuxième voiture a secoué le
centre de la capitale un peu plus d’une heure après la première
explosion, selon un porte-parole du ministère de l’Intérieur.
Elle a fait 2 morts et 17 blessés.
Entre-temps, c’était un directeur général
et une fonctionnaire du ministère des Sciences et de la Technologie
qui ont été abattus par des inconnus à Bagdad. Il s’agit du
dernier d’une série d’attentats souvent mortels visant les
hauts fonctionnaires du gouvernement iraqien d’Iyad Allaoui,
formé en juin dernier.
A Falloujah, à 50 km à l’ouest de Bagdad,
la situation est non moins préoccupante. L’armée américaine
poursuivait lundi ses raids contre la ville qu’elle considère
rebelle et où elle affirme attaquer des repaires de combattants
liés au réseau d’Abou-Moussab Al-Zarqaoui, qui a revendiqué
de nombreux attentats et enlèvements d’étrangers. Selon l’hôpital
local, onze personnes ont été tuées dans deux raids menés
lundi à l’aube par l’armée américaine à Falloujah. L’armée
américaine a intensifié ces derniers temps les raids sur Falloujah
au rythme de plus d’un par jour, avec toujours le même prétexte
: attaquer des repaires présumés du réseau de Zarqaoui.
La multiplication des raids sur Falloujah
intervient alors que le gouvernement iraqien a annoncé sa
volonté de récupérer les villes rebelles avant les élections
de janvier 2005. Les troupes américaines et iraqiennes avaient
ainsi lancé une offensive d’envergure vendredi sur la ville
sunnite de Samarra, à 125 km au nord de Bagdad, dont il ont
repris le contrôle. Mais le Comité des oulémas iraqien, l’organisation
la plus représentative des sunnites d’Iraq, a qualifié de
« massacres » les attaques de l’armée américaine à Samarra
et à Falloujah. Sur le plan diplomatique, la conférence internationale
sur l’Iraq voulue par les Etats-Unis est « prévue pour la
dernière semaine de novembre » en Egypte, a annoncé samedi
Le Caire. « Des consultations sont en cours entre les parties
qui doivent participer à cette conférence — les pays voisins
de l’Iraq, le G8, la Ligue arabe, l’Organisation de la conférence
islamique — pour préparer l’ordre du jour et la déclaration
qui pourrait en sortir », a déclaré le ministre égyptien des
Affaires étrangères, Ahmad Aboul-Gheit.
Pour Washington, il s’agit de conforter le
processus de transition politique en Iraq, dans la perspective
des élections prévues en janvier, mises à mal par la violence.
Washington et le gouvernement intérimaire iraqien espèrent
ainsi que cette réunion permettra d’associer les voisins de
l’Iraq à la stabilisation du pays.