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Installation . Pascale Favre et Mahmoud Khaled présentent leur travail Two Single Rooms dans des chambres d’hôtel. Un lieu privé permettant au public de partager leur perception du Caire, ville dont ils sont étrangers.
Chambres avec vues

Au commencement de la rue Ramsès, un bâtiment neuf paraît désert, délaissé. Au 6e étage, on se retrouve au milieu de nulle part. L’ambiance est morne, étrange. C’est pourtant bien là, dans les chambres 611 et 613, que Pascale Favre et Khaled Mahmoud ont placé leur installation Two Single Rooms (Deux chambres simples).

La vue du Caire, ville énorme, moderne, engloutissante, est panoramique. Les deux chambres-installations n’en reflètent que mieux la solitude, le dépaysement et la quête inlassable d’un espace privé dans le tumulte de la capitale.

Soutenus par la galerie Noubar2, Nomad Urbain Breaking Art, et Pro Helvetia (Centre culturel suisse) qui stimule la collaboration et l’échange de nouvelles pistes artistiques, Pascale Favre, originaire de Genève, et Mahmoud Khaled, d’Alexandrie, nous invitent à partager leur espace, à interrompre leur « solitude chère ». Dans une ville qui n’est pas la leur, on visite un chez-soi qui ne l’est pas véritablement. Conscients que « les traces que nous laissons derrière nous peuvent raconter plus longuement que nous le ferions nous-mêmes », les deux artistes questionnent incessamment le rapport au privé et au public. Parvient-on à véritablement avoir une chambre à soi dans un hôtel ?

Pascale Favre le fait en plongeant dans l’intime, dans les menus détails sur sa personne, son cercle d’amis, ses lieux de fréquentation, pour se situer dans un contexte plus large. Les deux niveaux s’enchevêtrent, et l’on contemple les traces de mémoires, des bribes d’histoires racontées par dessins sur les murs de la chambre (des intérieurs de maisons à Genève ou au Caire accompagnés de dédicaces d’amis suisses ou égyptiens, des intérieurs publics de cafés de ville ou sur la plage). Ces souvenirs accrochés au mur dialoguent avec une maquette de bâtiments posée à même le sol, renvoyant à la neutralité de la ville.


Double jeu de mots et de codes

Tandis que dans la salle de bain, le côté protecteur de la cité prend corps. L’artiste suisse travaille sur un double jeu de mots et de codes : posé dans un coin, le paquet de sparadrap revêt une croix rouge, signe d’urgence (également référence au drapeau suisse ?) et l’expression Take Caire, souvent entendue par l’artiste dans les rues cairotes ou entre amis. Une manière d’exprimer cette relation ambiguë avec la ville qui, en dépit de sa dureté, ne cesse de nous attirer à elle.

Inversement et probablement pour soulever la même question, Mahmoud Khaled part du neutre, du regard qui lui est imposé, pour retrouver sa réalité dans une ville qui devient de plus en plus mécanisée. Il recourt à la photographie qui permet de suivre les traces de sa présence dans la chambre, à travers trois photos de son quotidien prises dans le même espace. Mais on ne tarde pas à être frappé par les mots inscrits sur la baie vitrée : « étudiant, masculin, célibataire, musulman » à côté d’une reproduction de sa carte d’identité, et non loin d’une autre série de photos toujours de lui-même qui ne laisse paraître que son corps sans tête.

Ainsi le rapport à la ville, représenté par des photos du paysage cairote, au bord du Nil, accumulées au-dessus du lit, sur la commode et la coiffeuse, deviennent à la fois le salut et le fantôme. La capitale impose son rythme irréversible, elle nous métamorphose en des mots-codes sur une carte d’identité. Inversement, une perte d’identité qui exige d’être à chaque moment retravaillée et approuvée.

Dina Kabil

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Tous les jours jusqu’au 14 octobre au Nile Cairo Hotel.

11, Rue Ramsès, Le Caire, de 11h à 19h.

Demandez les clés des chambres à la réception.

 

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