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Exposition
. Au Parc de la Villette,
à Paris, se déroule jusqu’au 14 novembre l’exposition
Musulmanes, Musulmans, au Caire, à Téhéran, Istanbul,
Paris, Dakar. Elle se tient dans le cadre de la série
« Un monde fait de tous les mondes », qui vise à explorer
les transformations sociales et culturelles induites par
la mondialisation. |
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L’islam
dépassionné
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Paris,
De notre correspondante |
Pour visiter
l’exposition Musulmanes, Musulmans, on pénètre dans
un labyrinthe urbain, conçu par les scénographes Patrick
Bouchain et Katia Samari et qui va du Caire jusqu’à
Dakar. Dans ce labyrinthe, des photos, des œuvres plastiques
et des salons de projection pour chaque ville. Le support
audiovisuel tient, ici, un
rôle majeur dans la présentation des différents univers
urbains et de leurs habitants : « Par leur voix, leur
image, Cairotes, Istanbuliotes, Téhéranais, Parisiens
et Dakarois expriment comment leur rapport à Dieu est
une dimension plus ou moins essentielle, de leur existence
et, ainsi, les multiples manières d’être et de se vivre
musulman ». Un bref passage dans l’espace introductif
de l’expo donne à voir ce qui réunit tous les musulmans,
à savoir un Coran et les 5 piliers de l’islam évoqués
par une création graphique de Marjane Satrapi, artiste
illustratrice iranienne, auteure de Persépolis. On entre
ensuite de plain-pied dans un dédale d’une richesse
extraordinaire fait de tous ces mondes où l’on découvre
les œuvres d’une cinquantaine d’artistes issus des cinq
pays en question : photographes, artistes-peintres,
vidéastes nous livrent ainsi leur vision personnelle
de l’islam et de la vie quotidienne dans ces 5 métropoles.
Quatre grandes métropoles ont été retenues pour leur
spécificité historique, géographique, politique et confessionnelle,
puis, Paris pour la diversité de sa communauté musulmane
et les questions particulières que soulève la pratique
de l’islam dans un espace laïque et républicain de tradition
judéo-chrétienne. La subjectivité de ce choix est assumée
et légitimée par la volonté affichée de montrer que
la vie urbaine révèle, ici ou ailleurs, des comportements,
des pratiques, qui aménagent, récupèrent, travestissent,
réinventent des traditions et celle de saisir — comme
en instantané — ce rapport entre le croyant et les modernités
dans sa plasticité et son ambivalence. La recherche
effectuée en amont de cette exposition est époustouflante
de profondeur et de nuances. Le commissariat général
d’Olivier Roy et Valérie Amiraux a fait appel à des
conseillers scientifiques : Valérie Amiraux pour Paris,
Fariba Adelkhah pour Téhéran, Patrick Haenni pour Le
Caire, Jean-François Pérouse et Benoît Fliche pour Istanbul,
Abdourahmane Seck pour Dakar et enfin Silvia Naef pour
l’art contemporain en pays musulmans, pour effectuer
cette recherche d’une ampleur rare.
La partie dédiée au Caire et qui inaugure
le parcours labyrinthique, rassemble les œuvres de Ahmad
Askalani, plasticien soufi, Ahmad Moustapha, artiste
et chercheur, ainsi qu’entre autres le documentaire
de Yousri Nasrallah : A propos des garçons, des filles
et du voile. Ahmad Askalani expose ses statues de prieurs
« Al-Musalin » aux côtés des photos de Nabil Boutros
et Denis Dailleux. Un texte de Haenni, docteur en sociologie,
explique la transformation actuelle de la société égyptienne
et son désenchantement sur fond de crise économique
et sociale : « Toujours plus globalisée, de moins en
moins cosmopolite, la ville vit à l’heure de la confusion
des systèmes de référence et non des métissages. Et
si les flux économiques, le tourisme, les antennes paraboliques
lui offrent le monde, les imaginaires se rétractent
dans une obsession identitaire rivée sur l’idéal d’authenticité.
Eternel fantasme des consciences craintives, désormais
privé de substance tant il est vrai que l’islam, son
dernier support, est en pleine phase de globalisation
et d’extraversion. Il se fait recomposer par la société
de consommation et une culture des loisirs centrée sur
les affects de l’individu, il reprend pour valeur le
bien-être et se veut ludique. (…) Partout la modernité
avance, dans la ville comme dans le religieux, mais
portée moins par l’espoir que par le hasard ».
Le militantisme téhéranais, l’effervescence
et le pluriculturalisme d’Istanbul, l’islam en prise
avec la laïcité et l’espace public de Paris, ainsi que
l’islam populaire et confrérique teinté de traditions
ancestrales de Dakar sont ensuite abordés avec beaucoup
de discernement. La diversité de l’islam et sa capacité
d’adaptation à des sociétés diamétralement différentes
sont ici particulièrement flagrantes. Les effets de
la mondialisation sur les sociétés musulmanes sont aussi
clairement démontrés sans parti pris ni jugement d’aucune
sorte. L’exposition va si loin dans sa présentation
de ces espaces urbains et de la vie quotidienne des
habitants et dans le traitement des problématiques propres
à ces métropoles, que chaque partie vaudrait, à elle
seule un article. Ce n’est pas une exposition de circonstance
ou dictée par l’actualité, elle a été conçue bien avant
le 11 septembre. C’est une vision claire, simplifiée
mais non simpliste, et scientifique des mutations actuelles
du monde musulman : « Ouvrant dans un contexte de radicalisation
des discours, de crispations identitaires et idéologiques
de tous ordres, Musulmanes Musulmans … propose une rencontre
dépassionnée et respectueuse avec des hommes et des
femmes, proches de nous ou plus lointains, pour apprendre
à les connaître et à les comprendre » .
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