Le salon musical
est de retour. L’image des membres d’une famille réunis autour
d’un grand piano écoutant, admiratifs, les œuvres de Beethoven,
Chopin, ou Bach vient en effet de renaître. Mais cette fois
étendue à l’ensemble des pianophiles et non plus à la seule
aristocratie.
Les
œuvres de compositeurs égyptiens tels Adel Afifi et Hani Chénouda,
sont ainsi jouées avec celles des grands compositeurs occidentaux.
Où ? Au Piano Corner, situé dans le quartier des Pyramides.
Hani Chénouda et Amr Al-Chawarbi ont aménagé ce lieu afin de
permettre aux amateurs d’écouter gratuitement des récitals.
Ingénieur, Amr
Al-Chawarbi est fasciné par le piano depuis sa plus tendre enfance.
D’ailleurs, il l’a étudié jusqu’à l’âge de 12 ans grâce à Mme
Mokhtar Ibrahim, diplômée du Royal Academy et élève du pianiste
français Cortot. Ensuite, il s’est dirigé vers le grand chef
d’orchestre Youssef Al-Sissi, son voisin, également pianiste
de talent. « Pendant trois ans, j’ai étudié l’harmonie (science
de la formation et de l’enchaînement des accords), le contrepoint
(technique musicale consistant à combiner plusieurs lignes mélodiques)
et l’orchestration (combiner pour l’orchestre les diverses parties
d’une composition musicale) », raconte-t-il. En outre, de nombreuses
personnalités l’ont encouragé à poursuivre son chemin, dont
le grand compositeur et premier président du Conservatoire égyptien,
Abou-Bakr Khaïrat, ainsi que le pianiste autrichien Ignaz Tigerman,
qui possédait un institut musical privé, des années avant la
fondation du Conservatoire.
« Il y a un an,
j’étais invité chez mon ami Chérif Orfi quand j’ai entendu sa
fille Imane jouer un morceau de Bach intitulé Bourré. Elle l’a
joué avec une si grande dextérité que j’ai décidé d’organiser
une petite fête où l’on pourrait jouer ensemble à 4 mains »,
raconte Al-Chawarbi. Ingénieur de formation elle aussi, Imane
Orfi a étudié le piano au Trinity College de Londres par correspondance.
A la constitution
de ce duo a suivi celle du Cairo Pianists qui a regroupé des
pianistes non académiques mais de niveau professionnel. Très
dynamiques, ils ont donné en un an sept récitals de piano dont
le premier a eu lieu au mois d’avril au Centre culturel russe.
Le dernier en date remonte à ce mois d’octobre. D’autres récitals
seront bientôt organisés à Saqqiet Al-Sawi et au Yacht Club.
Le répertoire de
cette formation est étoffé : Chopin, Liszt, Albeniz, Rachmaninoff,
Bach, Schubert, Schumann ... en plus des grands compositeurs
égyptiens comme Hani Chénouda et Adel Afifi. Critères de sélection
? « Nous voulons à chaque fois présenter quelque chose de différent,
surtout des morceaux qui peuvent être joués à quatre mains,
une façon de jouer peu familière chez les Egyptiens. Nous cherchons
également par le choix des morceaux égyptiens à prouver que
les compositeurs égyptiens sont aussi à la hauteur des étrangers
», souligne Amr Al-Chawarbi enthousiasmé.
La transcription
musicale est aussi l’une des préoccupations de Cairo Pianists.
Car pour eux, toute œuvre musicale peut être adaptée au piano.
Un défi visant à mettre en valeur les ressources de cet instrument.
« Le piano peut jouer en lieu et place de tout un orchestre
», affirme Amr Al-Chawarbi. A but non lucratif, la formation
a différents objectifs à réaliser dont « publier une revue spécialisée
de piano, encourager les jeunes gens à découvrir cet instrument
merveilleux et composer des morceaux que nous pouvons jouer
dans nos concerts ». Et pour y parvenir, une soirée musicale
est organisée tous les derniers dimanches de chaque mois au
Piano Corner. Avis aux amateurs.
|