| |
Monde
arabe . Les technologies
de la communication et de l’information font rêver les pays
arabes. Un rêve qui devient peu à peu réalité mais au prix d’efforts
considérables. Etat des lieux. |
La lente
progression
de la société de l’information |
Construire la
société d’information est devenu l’appel le plus en vogue, pressant,
ces jours-ci, pour les décideurs arabes. Le premier ministre
égyptien a été l’un des plus ambitieux à cet égard, formulant
son rêve : « Ce secteur contribue à avoir un niveau de croissance
plus élevé, puisqu’il dépend principalement des ressources humaines
dont l’Egypte bénéficie. C’est un avantage comparatif qui ouvre
en même temps la voie à la création d’emplois ». Or, avec un
médiocre taux de croissance de 3 %, le secteur de la Communication
et de la technologie de l’information (CTI) dans le monde arabe
a encore beaucoup à faire. Car ce taux est faible, voire nul,
si on le compare aux 37 % de l’Amérique du nord, et 24 % de
l’Europe de l’Ouest.
Raison
pour laquelle Medhat Khalil, président de la Société de communication
et de la technologie de l’information Raya Holding, penche pour
une nouvelle stratégie favorisant le développement de ce secteur.
« Il existe une nette différence entre les pays arabes dotés
d’une certaine maturité dans l’utilisation de la technologie
de l’information — ce qui leur permet d’exporter les produits
du secteur de la technologie de l’Information (TI) — et les
pays qui ne sont pas encore aptes à utiliser ou exporter les
produits informatiques », avoue-t-il. Et d’ajouter que « l’Egypte
et la Jordanie ainsi que le Maroc, la Tunisie, l’Algérie et
le Liban profitent de telles capacités qui leur permettent d’exporter
les produits de la technologie de l’information. Mais, pour
pouvoir concurrencer le marché international, il faut tout d’abord
savoir quels sont les produits qu’on peut exactement exporter.
On ne peut pas par exemple exporter le hardware puisqu’on importe
tous ses équipements, ce qui élèvera son coût. Chaque pays doit
donc exploiter les avantages qu’il possède », explique Khalil.
Khalil est néanmoins
pessimiste en ce qui concerne la capacité des pays arabes d’atteindre
cet objectif. « Certains pays y arriveront mais au bout de cinq
ans en moyenne. D’autres sont plus en difficulté, à l’exemple
du Soudan qui ne pourra atteindre cet objectif qu’à long terme,
environ dix ans, car il ne possède pas d’infrastructure. Ainsi
qu’une minorité de pays comme l’Egypte, la Jordanie et le Liban,
même s’ils ont la capacité, l’infrastructure et les moyens ».
Par exemple, l’Egypte
et la Jordanie sont en position de force, voire promotrices
en matière de création des logiciels sous commande, ainsi que
des services relatifs à cette industrie tels les centres de
connexion. Ces derniers servent à assurer la livraison des commandes
de la clientèle des chaînes de fast-food ou de faire la connexion
entre le client et sa banque pour exécuter un service déterminé.
« Ce genre de services est très demandé de la part des pays
arabes puisqu’il exige une sorte de traduction comme le fait
le Maroc et la Tunisie pour la France », explique Khalil qui
justifie son choix d’exporter les logiciels et les centres de
connexion.
Pour le Liban,
le marché existe déjà avec un début très prometteur pour l’industrie
libanaise locale des parties du disque dur de l’ordinateur.
Ghinwa Jalloul, membre du Parlement libanais, insiste pour sa
part sur la capacité du Liban à produire localement des parties
de l’ordinateur personnel. « Nous avons déjà l’expérience d’exporter
vers les pays de l’Afrique subsaharienne des produits de la
technologie d’information. Nous sommes capables de concurrencer
dans le domaine des logiciels et de la communication », souligne-t-elle.
|
La Syrie et Doubaï dans la course
|
La Syrie veut
à son tour se lancer dans le domaine de CTI. Et pour ce faire,
elle a adopté en 2004 un plan de restructuration du secteur
de communication qui s’étend jusqu’à 2013. Ce plan englobera
la restructuration de toutes les institutions relatives à ce
secteur, sa libéralisation et ainsi l’incitation à utiliser
l’Internet. Ahmad Heykal, président de la société syrienne de
technologie Transtek, relate les réalisations de son pays. «
Le service Internet s’est étendu en 2002-2003 pour viser 110
000 participants et le nombre des lignes fixes a atteint 13
% en 2003. De plus, le portable a été introduit dans le pays
il y a trois ans, avec plus d’un million de participants »,
souligne-t-il. A son avis, même si la Syrie n’a pas encore exporté
de produit CTI, elle en a toutes les opportunités qui le lui
permettent. « Nous avons un avantage concurrentiel en ce qui
concerne l’exportation des logiciels sur commande en arabe.
Nous sommes capables de concurrencer également dans la création
des sites en arabe sur le web ».
Le marché des Emirats
arabes unis, lui, représente un cas particulier. Doubaï, l’émirat
le plus célèbre dans ce domaine, est considéré comme le marché
le plus attrayant en ce qui concerne l’infrastructure ou encore
les privilèges accordés aux investisseurs. Ce qui lui a permis
de figurer en tête de liste dans l’installation d’un grand nombre
de multinationales. Cependant, il ne possède pas ses propres
sociétés locales de CTI et c’est cette lacune qui l’a placé
à la queue.
En somme, il semble
que malgré les réalisations tangibles des pays arabes dans le
domaine de CTI, un long parcours reste à faire pour se tailler
une place sur la scène internationale. |
| Dahlia Réda |
|
| Retour
au Sommaire |
|
L’individu
à la base du succès |
|
Certains facteurs
entrent en jeu pour assurer l’accès à la société de l’information.
L’un des plus importants est le niveau du développement technologique
chez les individus. A cet égard, le nombre d’ordinateurs personnels
présents dans les pays arabes n’a pas dépassé les 60 pour mille
personnes, contre 380 ordinateurs pour mille personnes dans
l’Est asiatique. Ce qui prouve que la dépense par personne sur
les produits technologiques demeure faible. « Les Arabes optent
d’habitude pour un niveau de consommation de luxe, ce qui affecte
la demande sur les produits de CTI », souligne Alaa Fahmi, directeur
du régulateur égyptien de communication.
En deuxième lieu, l’accès au web demeure également
faible dans les pays arabes, puisque selon les statistiques
faites en 2001, seuls 4,2 millions de personnes l’utilisent,
soit 1,6 % du total des habitants des pays du monde arabe, contre
1 % l’année précédente. Ceci est dû au peu de connaissances
en matière d’ordinateurs et de web. Mais aussi au coût élevé
des lignes et des frais de participation. En ce qui concerne
le nombre d’utilisateurs du web relativement au nombre total
de la population, ce chiffre ne dépasse même pas 20 pour mille
personnes, contre 390 utilisateurs dans l’Est asiatique. Il
existe en outre beaucoup d’autres facteurs qui ralentissent
le développement du secteur de la communication et de la technologie
de l’information. Comme par exemple le coût très élevé de l’installation
du web dans les pays arabes, qui atteint 35 dollars, comparé
aux 13 dollars perçus dans l’Est de l’Asie.
Un élément, considéré indirect mais qui affecte
le développement technologique sur le long terme, est celui
de la désaffection pour les filières scientifiques dans l’enseignement.
Selon des statistiques de la Banque mondiale, le taux des étudiants
dans la section scientifique en Egypte atteint 3 %, 8 % en Jordanie,
et 5 % en Algérie.
Le niveau du secteur du CTI ne progressera
pas dans le monde arabe que si une vague d’éveil a lieu, ainsi
qu’une campagne de sensibilisation à ce sujet est menée.
|
| D. R. |
|
|