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Nader Al-Sayed, le gardien et capitaine de l’équipe nationale s’exprime sur la situation actuelle de la sélection.
« De nombreux sélectionneurs ont été virés
à cause de la pression des médias »

Al-Ahram Hebdo : Sept points seulement inscrits en cinq matchs, deux victoires, un match nul et deux défaites, 11 buts marqués et 9 buts encaissés. Voilà le bilan de l’Egypte après 5 journées aux éliminatoires de la Coupe du monde. Un bilan inquiétant pour les Pharaons ...

Nader Al-Sayed : Tout d’abord, je suis vraiment déçu des supporters et des médias égyptiens. Le manque de confiance qui les domine fait peser sur nous la pression. Je ne sais pas pourquoi ils n’ont pas confiance en nous. Personne ne croit en nos chances. Bien que nous ayons gagné à la première journée contre le Soudan à Khartoum (3-0), et après notre défaite à la deuxième journée contre la Côte-d’Ivoire, tout le monde pensait que c’était fini pour nous. Pourquoi nous croyons toujours aux chances de nos adversaires et nous ne croyons pas en nos propres chances ?

Le vrai problème est que l’opinion publique et les médias jouent un rôle majeur dans les décisions qui sont prises par les directions sportives en Egypte. Plusieurs exemples antérieurs le prouvent. De nombreux sélectionneurs ont été virés à cause de la pression des médias et de l’opinion publique sur la Fédération Egyptienne de Football (FEF). La FEF elle-même a été contrainte de démissionner à plusieurs reprises à cause de cette même pression. Moi personnellement, je ne lis pas les journaux depuis notre défaite contre la Libye pour éviter cette pression car je devine ce qui peut être écrit.

— Est-ce à cause des mauvais résultats ?

— Dans un autre pays, les décisions ne sont jamais prises de cette façon. Le sort des entraîneurs et des fédérations n’est jamais lié aux médias. Vous, vous êtes journaliste et moi, je suis footballeur : même si vous êtes un journaliste sportif, il est tout à fait normal que je m’y connaisse en foot mieux que vous et que vous vous y connaissiez en journalisme mieux que moi. Alors, il est logique que les décisions dans le domaine du football ne vous affectent pas tout comme les décisions dans le domaine du journalisme ne peuvent jamais dépendre des footballeurs. Je ne sais pas pourquoi cette guerre acharnée est déclenchée contre Marco Tardelli. Les médias n’ont pas le droit de le juger pour avoir pris des vacances ou d’être parti en Italie. C’est le travail de la FEF qui a signé le contrat avec lui. Par ailleurs, pourquoi nous parlons toujours en Egypte des salaires des autres. Pourquoi les journalistes se donnent le droit de parler des salaires des entraîneurs et des joueurs, et d’évaluer s’ils méritent leurs salaires ? Eux-mêmes (les journalistes) n’accepteront jamais de mentionner la somme de leur salaire et de dire s’ils la méritent ou pas. En Europe, on ne fait jamais ça. J’ai évolué pendant 4 ans sous les couleurs de Bruges en Belgique, je n’ai jamais su le montant du salaire de mon entraîneur et jamais un journaliste n’a osé lui poser cette question, car c’est quelque chose de personnel à 100 %. En Egypte, dès qu’un entraîneur prend un club en charge ou qu’un joueur signe pour un club, la première question que les journalistes posent : combien va-t-il toucher ? Et dès qu’il réalise un mauvais résultat, ou une mauvaise performance, on commence à parler de son salaire. Aucun entraîneur ou sélectionneur en Egypte n’a pu échapper à cela, et à la fin, la FEF est obligée de limoger le sélectionneur et parfois de démissionner elle-même. Ce n’est pas logique, nous devons changer cet état de choses. Le pouvoir des médias en Egypte est illimité.

— Donc, êtes-vous contre le limogeage de Tardelli ?

— Oui, bien sûr. L’opinion publique et les médias ne doivent pas exercer une pression à ce sujet. Marco Tardelli a pris ses fonctions le 31 mars. Il a commencé son travail en avril. Nous sommes en octobre, c’est-à-dire qu’il n’a travaillé que 6 mois. C’est difficile de tout changer en 6 mois, ce n’est pas un magicien. De plus, la performance de la sélection a beaucoup évolué avec lui, nous avons battu le Soudan à Khartoum (3-0) et le Cameroun au Caire (3-2). Ce n’est pas juste d’oublier les victoires et de ne penser qu’aux défaites uniquement. Si les autres pays adoptent ce même système, l’Allemand Schäffer, technicien du Cameroun, allait perdre sa place suite à la mauvaise performance des Camerounais lors de la dernière Coupe du monde ou à la CAN 2004, bien que l’équipe regroupe les stars des clubs européens. Au moment où l’Egypte a gagné contre le Soudan (3-0), le Cameroun a réussi à faire un match nul (1-1) aux dernières secondes. Et pourtant, Shäffer n’a pas été viré. Nous ne devons pas condamner les entraîneurs après chaque défaite, sinon nous n’allons jamais progresser.

— Ne voyez-vous pas qu’encaisser 9 buts en 5 matchs est trop pour l’Egypte ?

— Pourquoi nous parlons des buts encaissés et nous ne parlons pas des buts que nous avons marqués, c’est vrai que l’Egypte est l’équipe qui a encaissé le plus de buts de son groupe aux éliminatoires, mais elle a aussi le plus marqué (11 buts). C’est triste de ne voir que les aspects négatifs et de négliger les points positifs.

— Mais il n’est pas possible aussi de faire fi des points négatifs...

— Oui, mais nous ne devons pas exagérer en parlant de ces points. En faisant l’évaluation d’une équipe, nous ne devons pas parler uniquement de la défense ou de l’attaque à part, nous devons évaluer tout à la fois : attaque, défense, milieu de terrain, gardien de but et la performance de l’équipe en général. Tout le monde remarque que la performance de l’équipe a progressé avec Tardelli et si nous avions eu plus de chance, nous aurions pu amasser plus de points, mais c’est le football, il n’y a pas d’équipe qui remporte tous ses matchs.

— Quelles sont selon vous les chances de l’Egypte aux éliminatoires de la Coupe du monde ?

— Nos chances dépassent les 85 %. Nous avons 7 points, donc si nous gagnons nos trois matchs à domicile et nous gagnons à l’extérieur contre la Côte-d’Ivoire ou le Cameroun, nous serons qualifiés pour Allemagne 2006. Gagner à l’extérieur contre eux n’est pas impossible. Personne ne s’attendait à ce que la Grèce remporte la Coupe d’Europe et gagne contre des grands pays de football comme la France et le Portugal. Seulement nous devons croire en nos chances et ne pas perdre espoir.

Propos recueillis par
Amr Moheb

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