Nader Al-Sayed : Tout d’abord, je suis
vraiment déçu des supporters et des médias égyptiens.
Le manque de confiance qui les domine fait peser sur nous
la pression. Je ne sais pas pourquoi ils n’ont pas confiance
en nous. Personne ne croit en nos chances. Bien que nous
ayons gagné à la première journée contre le Soudan à Khartoum
(3-0), et après notre défaite à la deuxième journée contre
la Côte-d’Ivoire, tout le monde pensait que c’était fini
pour nous. Pourquoi nous croyons toujours aux chances
de nos adversaires et nous ne croyons pas en nos propres
chances ?
Le vrai problème est que l’opinion publique
et les médias jouent un rôle majeur dans les décisions
qui sont prises par les directions sportives en Egypte.
Plusieurs exemples antérieurs le prouvent. De nombreux
sélectionneurs ont été virés à cause de la pression des
médias et de l’opinion publique sur la Fédération Egyptienne
de Football (FEF). La FEF elle-même a été contrainte de
démissionner à plusieurs reprises à cause de cette même
pression. Moi personnellement, je ne lis pas les journaux
depuis notre défaite contre la Libye pour éviter cette
pression car je devine ce qui peut être écrit.
— Est-ce à cause des mauvais résultats
?
— Dans un autre pays, les décisions ne
sont jamais prises de cette façon. Le sort des entraîneurs
et des fédérations n’est jamais lié aux médias. Vous,
vous êtes journaliste et moi, je suis footballeur : même
si vous êtes un journaliste sportif, il est tout à fait
normal que je m’y connaisse en foot mieux que vous et
que vous vous y connaissiez en journalisme mieux que moi.
Alors, il est logique que les décisions dans le domaine
du football ne vous affectent pas tout comme les décisions
dans le domaine du journalisme ne peuvent jamais dépendre
des footballeurs. Je ne sais pas pourquoi cette guerre
acharnée est déclenchée contre Marco Tardelli. Les médias
n’ont pas le droit de le juger pour avoir pris des vacances
ou d’être parti en Italie. C’est le travail de la FEF
qui a signé le contrat avec lui. Par ailleurs, pourquoi
nous parlons toujours en Egypte des salaires des autres.
Pourquoi les journalistes se donnent le droit de parler
des salaires des entraîneurs et des joueurs, et d’évaluer
s’ils méritent leurs salaires ? Eux-mêmes (les journalistes)
n’accepteront jamais de mentionner la somme de leur salaire
et de dire s’ils la méritent ou pas. En Europe, on ne
fait jamais ça. J’ai évolué pendant 4 ans sous les couleurs
de Bruges en Belgique, je n’ai jamais su le montant du
salaire de mon entraîneur et jamais un journaliste n’a
osé lui poser cette question, car c’est quelque chose
de personnel à 100 %. En Egypte, dès qu’un entraîneur
prend un club en charge ou qu’un joueur signe pour un
club, la première question que les journalistes posent
: combien va-t-il toucher ? Et dès qu’il réalise un mauvais
résultat, ou une mauvaise performance, on commence à parler
de son salaire. Aucun entraîneur ou sélectionneur en Egypte
n’a pu échapper à cela, et à la fin, la FEF est obligée
de limoger le sélectionneur et parfois de démissionner
elle-même. Ce n’est pas logique, nous devons changer cet
état de choses. Le pouvoir des médias en Egypte est illimité.
— Donc, êtes-vous contre le limogeage
de Tardelli ?
— Oui, bien sûr. L’opinion publique et
les médias ne doivent pas exercer une pression à ce sujet.
Marco Tardelli a pris ses fonctions le 31 mars. Il a commencé
son travail en avril. Nous sommes en octobre, c’est-à-dire
qu’il n’a travaillé que 6 mois. C’est difficile de tout
changer en 6 mois, ce n’est pas un magicien. De plus,
la performance de la sélection a beaucoup évolué avec
lui, nous avons battu le Soudan à Khartoum (3-0) et le
Cameroun au Caire (3-2). Ce n’est pas juste d’oublier
les victoires et de ne penser qu’aux défaites uniquement.
Si les autres pays adoptent ce même système, l’Allemand
Schäffer, technicien du Cameroun, allait perdre sa
place suite à la mauvaise performance des Camerounais
lors de la dernière Coupe du monde ou à la CAN 2004, bien
que l’équipe regroupe les stars des clubs européens. Au
moment où l’Egypte a gagné contre le Soudan (3-0), le
Cameroun a réussi à faire un match nul (1-1) aux dernières
secondes. Et pourtant, Shäffer n’a pas été viré.
Nous ne devons pas condamner les entraîneurs après chaque
défaite, sinon nous n’allons jamais progresser.
— Ne voyez-vous pas qu’encaisser 9 buts
en 5 matchs est trop pour l’Egypte ?
— Pourquoi nous parlons des buts encaissés
et nous ne parlons pas des buts que nous avons marqués,
c’est vrai que l’Egypte est l’équipe qui a encaissé le
plus de buts de son groupe aux éliminatoires, mais elle
a aussi le plus marqué (11 buts). C’est triste de ne voir
que les aspects négatifs et de négliger les points positifs.
— Mais il n’est pas possible aussi de
faire fi des points négatifs...
— Oui, mais nous ne devons pas exagérer
en parlant de ces points. En faisant l’évaluation d’une
équipe, nous ne devons pas parler uniquement de la défense
ou de l’attaque à part, nous devons évaluer tout à la
fois : attaque, défense, milieu de terrain, gardien de
but et la performance de l’équipe en général. Tout le
monde remarque que la performance de l’équipe a progressé
avec Tardelli et si nous avions eu plus de chance, nous
aurions pu amasser plus de points, mais c’est le football,
il n’y a pas d’équipe qui remporte tous ses matchs.
— Quelles sont selon vous les chances
de l’Egypte aux éliminatoires de la Coupe du monde ?
— Nos chances dépassent les 85 %. Nous
avons 7 points, donc si nous gagnons nos trois matchs
à domicile et nous gagnons à l’extérieur contre la Côte-d’Ivoire
ou le Cameroun, nous serons qualifiés pour Allemagne 2006.
Gagner à l’extérieur contre eux n’est pas impossible.
Personne ne s’attendait à ce que la Grèce remporte la
Coupe d’Europe et gagne contre des grands pays de football
comme la France et le Portugal. Seulement nous devons
croire en nos chances et ne pas perdre espoir.