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Alexandrie . Le plus ancien consulat français au monde, celui d’Alexandrie, est l’une des œuvres architecturales marquantes de la ville. Son histoire coïncide avec le développement des relations entre les deux pays depuis le XIVe siècle.

Un consultat temoin de l'histoire

Le Consulat général de France à Alexandrie a ouvert ses portes aux visiteurs la semaine dernière à l’occasion de la célébration de la Journée du patrimoine, créée en 1984 par le ministère de la Culture en France. Un grand nombre de visiteurs sont venus découvrir le plus ancien consulat français au monde. Guidés dans la visite de cet édifice par le consul de France Louis Blin, les visiteurs sont montés sur la terrasse pour regarder le Port-Est et le Fort de Qaïtbay au coucher du soleil.

C’est à la fin du XIVe siècle que se trouve établie à Alexandrie la plus ancienne chancellerie consulaire française au monde. Dès 1384, en effet, des voyageurs y signalent une présence importante de marchands français et l’existence d’un comptoir, puis l’établissement d’un « consul des Français et des pèlerins ». La ville de Marseille commence alors à placer des « consuls de mer » sur les côtes méditerranéennes et notamment à Alexandrie. Ces envoyés sont essentiellement chargés de veiller sur place à l’essor du commerce.

Le premier consul français connu de façon certaine à Alexandrie est un marchand d’origine catalane, Philippe de Paretès, qui assura de surcroît la fonction de consul des Napolitains et des Catalans.

Les privilèges accordés aux Français pour se livrer au commerce sont renouvelés en 1528 par Soliman le Magnifique et servent de base à François Ier pour la négociation du traité dit des « Capitulations » en 1536. Ce traité autorise au roi de France à nommer des consuls dans toutes les villes de l’Empire ottoman, où libertés commerciale, civile et religieuse sont garanties à tous ses sujets. La France est la seule nation européenne à conserver un consulat permanent en Egypte.

Plus tard, vers 1610, le siège du consulat de France a été transféré au Caire, et est devenu le plus grand centre d’échanges commerciaux en Egypte. A partir de cette date, et jusqu’en 1777, Alexandrie n’avait que le rang de vice-consulat. A la fin du XVIIe siècle, la France disposait de plusieurs postes consulaires en Egypte : le consulat au Caire, le vice-consulat d’Alexandrie, celui de Rosette et celui de Damiette.

Le Consulat général d’Egypte est créé en 1774 ; sa résidence est fixée au Caire. Cependant, dès 1777, le consul général décide de s’établir à Alexandrie afin de se trouver plus proche des nombreux négociants français établis dans le port. La question du siège continue pourtant de se poser tout au long des XVIIIe et XIXe siècles. Résider au Caire présente l’avantage d’être en contact direct et permanent avec les beys et les représentants de la Porte. A Alexandrie, il n’est guère possible en revanche de mener la moindre action politique. Ainsi, par la suite, le représentant de la France est chargé de suivre les déplacements du pacha d’Egypte et réside alternativement au Caire et à Alexandrie.


Bernardino Drovetti

En 1802, Napoléon Bonaparte nomme Bernardino Drovetti au poste de sous-commissaire des relations commerciales à Alexandrie afin de rétablir les relations avec l’Egypte, interrompues depuis le départ de l’armée d’Orient en septembre 1801. Cet homme brillant parvient au cours de sa carrière diplomatique à s’assurer une place de premier plan en Egypte, malgré la diffusion de l’influence anglaise, et parallèlement à l’émergence d’un nouvel Etat.

Lorsqu’il arrive à Alexandrie en 1803, comme sous-commissaire, il n’avait aucune expérience des pays du Levant ni de la diplomatie. Il y accompagne toutefois un diplomate expérimenté, Mathieu de Lesseps, père de Ferdinand, nommé commissaire au Caire. A leur arrivée, l’Egypte est déchirée par une guerre intestine opposant les Mamelouks aux Turcs.

En 1804, Drovetti assume seul la charge de veiller aux intérêts français sur l’ensemble du pays, Mathieu de Lesseps ayant quitté l’Egypte à la suite d’un attentat. Il reste à Alexandrie jusqu’en 1807. En avril, un mois après que la Porte eut confirmé Mohamad Ali à la tête de l’Egypte, les Anglais s’emparent une nouvelle fois d’Alexandrie. Drovetti fuit in extremis au Caire. Ses talents diplomatiques vont alors se révéler et, fort de son alliance avec Mohamad Ali avec qui il noue des relations de confiance et d’estime réciproques, il réussit à déjouer l’expédition britannique qui quittera le sol égyptien dès septembre.

Obligé, à son grand désespoir, de résider au Caire, il doit y soutenir un train de vie beaucoup plus fastueux que celui qu’il menait à Alexandrie. Ses lettres sont remplies de plaintes sur les dépenses supplémentaires auxquelles il est soumis pour faire bonne figure auprès du pacha, et pour rivaliser avec les autres consuls. Il ne désire plus que retourner à Alexandrie, comme il l’écrit en 1808 : « Je me suis trouvé avoir consommé tous mes moyens et épuisé toutes les ressources de mes amis, m’être surchargé d’engagements, dont le poids augmente tous les jours, et, ce qui est pire, sans pouvoir calculer sur le produit de mes états des frais de service de 1807. (…) Vous avez été en Egypte, vous avez dû connaître Le Caire, vous savez que c’est le pays des présents et des bakchichs. Rien n’est bon, rien ne se fait sans faste, sans luxe, sans dépense. (…) Ma situation actuelle est infiniment pire que celle dont je me plaignais, étant à Alexandrie ».

En décembre 1814, il est brusquement révoqué au moment de la Restauration et de l’avènement de Louis XVIII, averti des convictions bonapartistes de Drovetti. Celui-ci reprend d’ailleurs sa charge de consul pendant les 100 jours, au printemps 1815, et son successeur n’arrive à Alexandrie qu’en novembre suivant. Après avoir tant décrié l’Egypte, il décide d’y rester, établissant un commerce à Alexandrie pour recouvrer ses dettes. « J’ai donc décidé de prolonger mon séjour en Egypte. Tout m’engage à regarder ce parti comme le plus avantageux, et si le pacha me donne encore cette année une preuve de bienveillance, j’aurai plus gagné en deux ans que si j’étais resté consul généralissime toute ma vie ».


Le collectionneur d’antiquités

Sa première expérience commerciale n’ayant guère été concluante, il reporte tous ses espoirs sur la collection et la vente des antiquités. Mohamad Ali, dont il est désormais le conseiller privé, lui facilite les recherches et l’aide à constituer sa collection. Drovetti parcourt le pays à la découverte de ses richesses et devient l’un des premiers collectionneurs d’antiquités égyptiennes après avoir achevé sa brillante carrière consulaire. Ses collections sont expédiées par navires de commerce et entreposées à Marseille, Gênes, et Livourne. Il en vend en 1822 une grande partie au roi du Piémont, plus prodigue que les Français, collection qui forme la base du musée égyptologique de Turin, l’un des plus importants au monde. Le Louvre acquiert une seconde collection en 1827, après la création par Charles X de la division des antiquités égyptiennes. On y trouve plus de 700 pièces dont une riche collection d’orfèvrerie et la fameuse statue porte enseigne de Séthi II.Pour certains, Drovetti est un égyptologue, un collectionneur passionné et respectueux des monuments ; pour d’autres, il est l’un des aventuriers qui, au XIXe siècle, ont pillé les antiquités égyptiennes pour s’enrichir. Le directeur général du service des antiquités au Musée du Caire, Gaston Maspero, dénonce en 1914, dans la préface du guide du visiteur du musée, la manière dont se sont constituées les collections égyptiennes dans les musées européens : « Les consuls accrédités auprès du pacha se firent antiquaires avec passion : ils obtinrent de lui les firmans qui les autorisaient à exploiter les nécropoles, et leurs agents leur expédièrent d’année en année de véritables caravanes de monuments antiques (…) Vingt collections se formèrent de la sorte, collection Salt, collection Drovetti (…) qui, vendues en Europe, y devinrent le noyau des principaux musées d’Etat à Leyde, à Londres, à Paris, à Turin. Ce fut un pillage effréné qui dura près de trente ans et contlequel les savants ne tardèrent pas à protester ».

Drovetti reçoit la Légion d’honneur en 1819, comme marque de reconnaissance pour services rendus à la science, aux arts et aux Français d’Egypte.Redevenu sujet piémontais depuis la fin de l’empire, il est naturalisé français la même année, avant d’être nommé en 1821 consul général de France, avec résidence au Caire. Il s’empresse de transférer le siège du Consulat général à Alexandrie, laissant son vice-consul s’occuper du Caire.

La détérioration de son état de santé à partir de 1826 l’amène à demander son remplacement. Drovetti rentre définitivement en France en 1829. Peu après, Ferdinand de Lesseps débarque à Alexandrie.


Ferdinand de Lesseps

En 1832, à 27 ans, Ferdinand de Lesseps est nommé vice-consul à Alexandrie, à une époque où le consul général résidait au Caire. A son arrivée, il doit rester en quarantaine, suite à la mort d’un des passagers de son bateau. Le consul de France lui rend visite et lui donne des ouvrages afin de le distraire et de le familiariser avec l’Egypte, dont un mémoire d’un ingénieur saint-simonien, Lepère, consacré au percement de l’isthme de Suez, le premier jamais paru sur le sujet. C’est cette lecture qui aurait éveillé son intérêt pour le projet.

En octobre 1833, Lesseps va poursuivre sa fonction au Caire et la gestion du vice-consulat d’Alexandrie est confiée à des drogmans-chanceliers. Une épidémie de peste et de choléra s’étend sur l’Egypte ; sa conduite courageuse dans la lutte contre la maladie au Caire et à Alexandrie lui vaut en 1836 la Légion d’honneur.

De 1836 à 1837, Ferdinand de Lesseps réside alternativement au Caire et à Alexandrie, ville où il fait construire le consulat de France sur la place des Consuls, l’actuelle place Tahrir. Il entretient des liens étroits avec le vice-roi, qui lui confie l’éducation d’un de ses nombreux fils, Mohamad Saïd, le futur khédive. Une anecdote à cet égard : voulant faire maigrir son fils, Mohamad Ali lui avait interdit de manger des macaronis, demandant à Ferdinand de Lesseps de le surveiller. Lesseps s’aperçoit alors que Saïd ne veut plus rien faire. Il lui permet alors de rentrer secrètement dans les cuisines où l’attendent des plats de macaronis. La reconnaissance du ventre de Saïd est telle que d’aucuns y voient la clé du succès de la concession attribuée, bien plus tard, pour le percement du Canal de Suez.

Ferdinand avait, en effet, quitté l’Egypte en 1837 pour poursuivre sa carrière diplomatique en Europe. Mis à l’écart par la suite, c’est à l’avènement de Mohamad Saïd, en 1854, qu’il regagne l’Egypte pour le féliciter, mais aussi pour lui présenter le projet de percement de l’isthme de Suez caressé de longue date par les saint-simoniens. Lesseps, lui, obtient de Saïd la concession en 1855 et en 1869, lors de l’inauguration du canal, il devient l’un des plus illustres Français au monde. Une lettre du consulat d’Alexandrie de 1872 figurant dans notre exposition relate les efforts prodigués par Lesseps pour contrer l’influence croissante des actionnaires anglais de la Compagnie universelle.


L’hôtel consulaire

D’abord logée dans un caravansérail de la ville turque, la représentation de la France se déplaça vers la place des Consuls, ensuite baptisée place Mohamad Ali, aménagée au milieu du XIXe siècle. L’Hôtel consulaire, qui regroupait alors la chancellerie, la résidence et la poste française, fut édifié sous la direction de Jules Bourgoin entre 1863 et 1866. Il se situait dans un vaste quadrilatère entre le front de mer de l’époque et la place des Consuls. Comme tous les bâtiments de la place, il est ravagé par l’incendie en 1882, lors du bombardement de la ville d’Alexandrie par la flotte britannique, venue réprimer le soulèvement d’Orabi pacha. Les jardins placés à l’arrière furent alors ouverts au public et prirent le nom de jardins français. Ces jardins forment aujourd’hui la place Ahmad Orabi.

En 1886, le gouvernement français acquiert l’immeuble du 30, rue Nabi Daniel, actuel siège du Centre culturel français, et y installe provisoirement la chancellerie. Le 27 janvier 1907, après que la municipalité eut construit les quais du port-est, la France fit l’acquisition d’un terrain récupéré sur la mer en échange de l’ancien consulat détruit. Le contrat signé avec la municipalité d’Alexandrie prévoyait en outre le versement d’une soulte qui devait être affectée à la construction de l’immeuble. La pose de la première pierre de fondation, place des Jardins français, aujourd’hui place Orabi, eut lieu le 12 septembre 1909. Les dessins du bâtiment qui avaient été envoyés de France par le ministère des Affaires étrangères étaient la copie d’un hôtel parisien. Les travaux ont été suivis par un architecte français, Victor Erlanger. Le consulat n’y fut transféré que deux ans plus tard, en 1911.

En juin 1941, le consulat se replie sur Le Caire. Un registre d’état civil des Français d’Alexandrie est alors ouvert au Caire. Alors que le gouvernement de Vichy confie en 1942 les intérêts français au consul de Suisse, l’Egypte devient un centre particulièrement actif pour la France libre. A Alexandrie, c’est Pierre Moeneclay qui est investi par le Bureau français de la France combattante et fait office de consul. Il s’installe au siège de la « Maison de France », rue Nabi Daniel. Les documents officiels sont timbrés du sceau « Bureau Français d’Alexandrie – Comité Français de Libération Nationale ». A l’été 1944, le consulat d’Alexandrie est rouvert et, en 1946, De Gaulle l’érige en Consulat général de France, ce qu’il est resté depuis lors.

En 1952, le roi Farouq est renversé. En juillet 1956, Nasser annonce la nationalisation de la Compagnie du Canal de Suez sur l’ancienne place des Consuls qui accueillit, comme son nom l’indique, de nombreux consulats, dont celui de la France. Ainsi, Nasser décidait de faire de cet endroit, qui fut le centre d’influence des Européens en Egypte, un lieu symbolique de l’émancipation nationale. A la suite de l’intervention tripartite, les relations diplomatiques sont rompues, le 1er novembre 1956, et la France ferme en conséquence le consulat général. A la suite de leur rétablissement, l’ambassade au Caire est rouverte en avril 1963, puis le consulat général à Alexandrie en septembre de la même année. Dix consuls généraux s’y sont succédé sans interruption depuis lors, successeurs d’une lignée de représentants de la France à Alexandrie et Louis Blin est le quatre

Abbass Abou-Ghazala
 

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