Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

L'événement

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Arts
Société
Sport
Environnement
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Sinaï . Fouad Allam, ancien vice-directeur de la sûreté de l’Etat, n’exclut pas la piste israélienne. Interview.
« Israël a joué un rôle essentiel dans la préparation
des attentats
»

Al-Ahram Hebdo : Comment pouvez-vous situer l’appartenance des auteurs des attentats du Sinaï ? Pourrait-il s’agir d’un groupe égyptien ?

Fouad Allam : La façon dont ces attentats ont eu lieu est tout à fait différente des méthodes jusqu’à présent adoptées par les organisations terroristes égyptiennes. Celles-ci n’ont jamais été aussi professionnelles et entraînées. L’opération témoigne d’une préparation et de moyens sophistiqués. Les auteurs des attentats ont utilisé au moins trois voitures qui coûtent des centaines de milliers de livres égyptiennes, ce qui est difficile pour les groupes égyptiens qui souffraient toujours d’une crise financière, même lorsqu’ils étaient à leur apogée. Ils volaient des bijoutiers ou des camions pour gagner quatre ou cinq mille livres. Lorsqu’ils ont enlevé le ministre des Waqfs, cheikh Al-Dahabi, ils avaient réclamé 50 000 L.E. de rançon. Le seul moment où les groupes terroristes ont pu connaître une certaine aisance financière, c’est lorsque Aymane Al-Zawahri s’est allié à Bin Laden pour fonder Al-Qaëda. C’est alors qu’ils ont pour la première fois utilisé une voiture piégée pour tenter d’assassiner le premier ministre Atef Sedqi, mais c’était un véhicule d’occasion dont le prix ne dépassait pas les 6 000 L.E. Je vois donc mal aujourd’hui un groupe égyptien disposant de tels moyens financiers.

— Mais le financement international de groupes terroristes comme Al-Qaëda ne pose aucun problème ; les attentats au Maroc ou en Arabie saoudite ne le prouvent-ils pas ?

— Les groupes terroristes dans ces deux pays n’ont pas de problèmes financiers. Ceux qui financent ou participent à ces opérations sont classés parmi les riches. En Egypte, ils doivent mener une grande opération de cambriolage pour avoir des ressources. Mais on n’a pas témoigné d’opération d’une telle envergure au cours des cinq dernières années, sauf le hold-up de la banque de Qéna il y a huit ans. Quant à Al-Qaëda, Ossama Bin Laden investissait environ 40 millions de dollars au Soudan, au Yémen, dans certains pays européens et encore aux Etats-Unis, ce qui lui fournissait entre deux ou trois millions de dollars par an qu’il dépensait dans des opérations à travers le monde. Aujourd’hui, l’argent d’Al-Qaëda a été gelé dans le monde entier. Le mouvement est assiégé depuis plusieurs années, il est recherché par tous les services secrets du monde et on mène une guerre régulière contre lui depuis trois ans. Si ici en Egypte on a réussi avec nos moyens plutôt faibles et en une courte durée à dévoiler les groupes terroristes qui existaient et les démanteler, que dire alors des Etats-Unis, d’Israël, du Pakistan, de l’Australie et de l’Espagne avec tous leurs moyens et leurs services secrets qui courent après Al-Qaëda ? Croyez-vous vraiment que cette organisation existe toujours ?

— Seule cette question de financement vous permet d’écarter les groupes égyptiens ?

— Non, parce que c’est aussi la première opération menée avec une si grande habileté en Egypte. Les auteurs des attentats ont repéré des défaillances sécuritaires, trouvé trois voitures dans trois endroits différents en prenant toutes les mesures de sécurité. Je suis donc sûr qu’il y avait au moins cinq personnes par groupe, ce qui fait au total 15 personnes. Ce groupe doit avoir bien été entraîné, car piéger une voiture est une technique compliquée parce qu’il faut placer les explosifs loin du moteur et du pot d’échappement pour éviter leur explosion avant l’heure H. Les organisations égyptiennes sont vraiment loin de ce genre de performance. C’est pourquoi je crois qu’il y a un nouvel élément qui est entré en jeu, permettant la formation de cette équipe. Il faut relever aussi la nature des explosifs utilisés, qui comme le disent certains médias, sont technologiquement très modernes et ont un impact fort. Ils sont donc loin du TNT ou de la dynamite dont disposent les bédouins. Si c’est le cas, il s’agit d’une matière qui est venue de l’étranger, d’autant plus qu’on parle d’environ 500 kilogrammes d’explosifs ; c’est énorme et n’est pas à la portée des mouvements palestiniens.

— Si ce n’est ni les Egyptiens ni Al-Qaëda, quelles sont alors les autres pistes ?

— Je pense qu’Israël a joué un rôle essentiel dans la préparation de cet attentat et ensuite utilisé certains Palestiniens pour sa mise en œuvre. Malheureusement, Israël dispose de beaucoup d’agents dans les milieux palestiniens. Ils sont infiltrés dans des organisations de résistance palestinienne, il est donc très facile de les pousser à mener une telle opération.

— Cependant, il est difficile de penser qu’Israël pourrait sacrifier ses relations avec l’Egypte en planifiant ces attentats ...

— Que dites-vous des relations israélo-américaines ? Elles sont excellentes, voire les meilleures qui puissent être entre deux Etats. Alors pourquoi Tel-Aviv espionne-t-il Washington ? Ses espions n’ont-ils pas été arrêtés et plusieurs affaires n’ont-elles pas été dévoilées même si les deux parties cherchent maintenant à imposer le black-out total. Les Israéliens ont leurs propres calculs et ont des objectifs qu’ils veulent atteindre. Pour ce faire, ils accorderaient peu d’importance à n’importe quelle relation internationale, y compris avec l’Egypte. L’essentiel pour Israël, c’est son intérêt.

— Quel serait l’objectif d’Israël ?

— Israël cherche à affaiblir continuellement l’Egypte et à l’isoler aussi. Il voudrait que notre pays soit toujours en plein dans des troubles militaires, sécuritaires et économiques. Parce que Tel-Aviv sait que l’Egypte est le seul pays de la région qui pourrait entraver ses ambitions. Les Israéliens veulent pousser les Egyptiens à s’aligner sur leur politique, notamment dans ce qu’ils appellent la guerre contre le terrorisme. Certains veulent voir Le Caire envoyer des troupes en Iraq pour soutenir les Américains à ce même titre.

— Pourrait-on donc parler de défaillance sécuritaire égyptienne ?

— Il est impossible à n’importe quel service de sécurité de disposer d’un plan qui puisse mettre fin à 100 ou encore à 70 % à toutes les opérations secrètes ou terroristes. Que dites-vous de la sécurité américaine, allemande ou espagnole. Comment a-t-on un jour réussi à assassiner un président américain (Kennedy) puis celui qui l’avait tué. Comment a-t-on tenté 12 fois d’assassiner le président français Charles De Gaulle ?

— Comment expliquez-vous alors que l’Egypte ait ouvert ses frontières aux Israéliens pour qu’ils puissent rentrer chez eux juste après les attentats sans presque aucun contrôle ni aucune interrogation ?

— Je suis tout à fait d’accord que ceci ne devrait pas se produire. Le b.a.ba des mesures de sécurité dans ce genre d’attaques est d’encercler complètement le champ de l’opération, de mener des investigations minutieuses pour tenter de trouver des indices qui conduiront aux instigateurs. Tous les gens qui se trouvaient sur les lieux devraient être considérés comme des suspects à des niveaux différents.

Propos recueillis par
Samar Al-Gamal
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631