Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

L'événement

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Arts
Société
Sport
Environnement
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Sinaï . Si l’hypothèse d’une action d’Al-Qaëda, privilégiée par les spécialistes, se confirme, il s’agirait d’une première en Egypte et d’une nouvelle page dans la lutte contre le terrorisme.

La piste de l’insaisissable

Comme à chaque attentat d’envergure, les revendications par des organisations terroristes se font nombreuses. Pour ceux du Sinaï, c’est le même scénario, mais il reste que pour les experts, il s’agit d’opérations portant le label d’Al-Qaëda, une hypothèse que même les autorités égyptiennes et israéliennes ont paru soutenir. S’il en est ainsi, il s’agirait de la première attaque menée par cette organisation ou les groupuscules qui naviguent dans son orbite en Egypte. C’est la revendication d’un groupe se réclamant du réseau Al-Qaëda, « Les Brigades du martyr Abdallah Azzam », qui a été le plus prise au sérieux. Trois organisations ont revendiqué l’attentat : les Brigades islamiques Tawhid (Unicité de Dieu) et les Brigades du martyr Abdallah Azzam ont diffusé des communiqués sur Internet. Un « Groupe islamique mondial » a appelé une agence de presse à Jérusalem. Tous sont inconnus, et leurs messages impossibles à authentifier, mais il y a bien tendance à accorder plus de véracité aux brigades du martyr Abdallah Azzam. Le ton de leur communiqué est bien significatif : Elles « annoncent avec joie à la nation arabe et islamique les opérations martyres et héroïques menées sur le sol égyptien, par lesquelles nos enfants (...) ont nettoyé la terre de Taba de l’infamie des juifs et de la dépravation des descendants des singes et des porcs », lit-on dans le communiqué publié sur le site (www.ansarnet.ws/vb/), déjà maintes fois utilisé par le passé par Al-Qaëda pour revendiquer des attentats. L’organisation a même décidé de poursuivre de telles opérations en relevant une certaine appartenance à l’Egypte. « Tout en revendiquant les trois opérations martyres, nous nous engageons devant Dieu (...) à aller de l’avant sur la voie du djihad et de la résistance jusqu’au retrait de l’ennemi sioniste inique de notre terre sacrée », conclut le texte, signé « Les Brigades du martyr Abdallah Azzam - réseau Al-Qaëda - Terre de la Grande Syrie et d’Egypte ». Abdallah Azzam, chef de la mouvance des frères musulmans en Palestine, qui avait participé au djihad contre les troupes soviétiques en Afghanistan dans les années 1980, était considéré comme le « mentor » d’Ossama bin Laden, le chef d’Al-Qaëda. Abdallah Azzam a été tué en 1989 à Peshawar, au Pakistan, dans l’explosion de sa voiture. Dans un message sonore diffusé le 1er octobre par la chaîne satellitaire qatari Al-Jazeera et attribué à l’Egyptien Aymane Al-Zawahri, le numéro deux d’Al-Qaëda déclarait : « Il ne faut pas limiter la bataille à la seule lutte contre les juifs en Palestine (...) Les Américains les ont aidés et aussi l’Europe qui défend l’existence des juifs, et nos gouvernants, leurs agents, qui ont abandonné le peuple palestinien et l’ont laissé faire face seul à la nouvelle campagne croisée ».

La signature d’Al-Qaëda semble d’autant plus nette que le but affiché de ce réseau est de viser les régimes arabes accusés de collaborer avec l’Occident, comme l’Egypte, le Maroc ou l’Arabie saoudite. L’organisation ou sa nébuleuse a déjà visé dans le passé des sites touristiques dans des pays arabes ou musulmans prisés par des Occidentaux, dont Bali en Indonésie (202 morts en octobre 2002), Djerba en Tunisie (21 morts le 11 avril 2002), Casablanca au Maroc (plus de 40 morts le 16 mai 2003), ou encore Istanbul en Turquie avec les attentats suicide à la camionnette piégée du 15 et 20 novembre 2003 qui avaient fait 63 morts dans deux synagogues de la ville, le Consulat général britannique et la banque britannique HSBC. Autre indice : la simultanéité des attaques et le recours à des véhicules bourrés d’explosifs et des bombes actionnées par des kamikazes. Or, c’est la première attaque terroriste menée en Egypte par des kamikazes.


Le non de la Gamaa et des Frères

L’attaque de Taba permet de blesser à la fois Israël et l’Egypte, dont le régime est haï des islamistes radicaux depuis des décennies, mais qui n’a plus connu d’attentats depuis 1997. De leurs prisons, les membres des organisations islamiques locales avaient souvent fait des communiqués exprimant « repentir » ou « regrets » pour des actes de violence commis en Egypte et qui n’ont fait que porter atteinte à ce pays et à son économie.

D’ailleurs, elles ne semblent pas se départir de leur opinion. Deux formations islamistes égyptiennes ont pris des positions hostiles bien que différentes aux attentats. La Gamaa islamiya les qualifie « d’erronés ». « Ce sont des actes qui se sont déroulés au mauvais moment et au mauvais endroit », affirme l’organisation dans un communiqué publié dimanche. Cette organisation radicale avait mené des actions armées sanglantes dans les années 1990 contre le gouvernement, dont le massacre de touristes en majorité des Suisses, à Louqsor (Haute-Egypte), en 1997. « Si les attentats visaient sans aucun doute à venger les martyrs de l’Intifada palestinienne et étaient une réaction à l’arrogance (du premier ministre israélien Ariel) Sharon, nous les considérons comme dénués de tout bon sens politique et sans fondement religieux », poursuit le communiqué. Les Frères musulmans (interdits officiellement, mais tolérés) sont allés plus loin et accusé les services de renseignements israéliens d’être responsables de ces actes et Ariel Sharon d’en être le principal bénéficiaire.

Les attentats ont visé « à détourner l’attention des crimes abjects commis depuis dix jours par les forces sionistes qui ont tué plus de 100 Palestiniens, des femmes, des enfants et des vieillards (à Gaza) ». « Se précipiter à lancer des accusations tous azimuts sans donner de preuves ne disculpe pas les services de renseignements sionistes et internationaux qui possèdent d’énormes moyens pour organiser de tels actes criminels pour servir les intérêts de leurs gouvernements », ajoute le communiqué de la confrérie, également publié dimanche.


Une nouvelle génération disséminée

En refusant toute association ou sympathie à l’égard des attentats, ces organisations égyptiennes confirment donc le caractère étranger ou « internationaliste » du groupe qui a commis l’attentat. Si Le chef du bureau israélien chargé de la lutte antiterroriste, Danny Arditi, a affirmé être « presque sûr qu’il s’agit d’une action menée par des terroristes liés à Al-Qaëda et qu’ils ont bénéficié de soutiens et de complicités locales (en Egypte) ou de Palestiniens ». L’islamologue français Olivier Roy estime pourtant qu’il serait faux de négliger la piste palestinienne : « C’est d’abord une attaque anti-israélienne. Les cibles en Israël sont de plus en plus difficiles à toucher, ce qui conduit à une externalisation du conflit. Quand à la technique de l’attentat, elle a pu être empruntée par un groupe constitué pour l’occasion et composé de différentes nationalités : Palestiniens, anciens d’Afghanistan ... il y aura des opérations conjointes, car Al-Qaëda a besoin d’alliés ».

Il est certain que la nébuleuse d’Al-Qaëda reste plus difficile à cerner que jamais. Le bombardement de leurs camps, l’arrestation de plusieurs haut responsables de son réseau ainsi que la mort de nombre de ses militants n’ont en effet pas réussi à anéantir cette organisation. De nouvelles recrues auraient d’ores et déjà remplacé les djihadistes tombés. Dans un article publié par MFI, Mounia Daoudi relève que ce qu’il y a de plus inquiétant c’est qu’une étude récente dresse le profil de la nouvelle génération des combattants d’Al-Qaëda laissant entrevoir la possibilité de nombreuses cellules dormantes n’attendant que le moment opportun pour être activées. Difficile à cerner de par sa structure même de nébuleuse formée de cellules indépendantes, n’obéissant non pas à des ordres, mais à une idéologie, l’organisation lancée par Bin Laden paraît aujourd’hui plus que jamais insaisissable.

Le ministre égyptien de l’Intérieur, Habib Al-Adeli, a souligné que l’Egypte « ne permettra pas le retour du terrorisme ». Mais si les mouvements locaux traditionnels semblent jugulés, qu’en est-il de l’action des insaigroupes se réclamant d’Al-Qaëda. Tout compte fait, une nouvelle étape commence.

Ahmed Loutfi

Chronologie des attentats
anti-israéliens

Les attentats du Sinaï ne sont pas les premiers depuis la signature des accords de paix. Chronologie.

20/08/85 : Albert Atracki, attaché de l'ambassade d'Israël, est assassiné, au Caire, par le Djihad islamique.

05/10/85 : Un soldat égyptien, Soliman Khater, tue sept touristes israéliens, à Ras Barka, dans le Sinaï.

19/03/86 : Une bombe explose, à la Foire du Caire, tuant une diplomate israélienne et blessant trois autres Israéliens.

04/02/90 : Attentat contre un car de touristes israélien au Caire a fait neuf morts.

18/04/96 : 18 étrangers tués dans un attentat dans un grand hôtel du Caire régulièrement fréquenté par des Israéliens.

07/10/04 : Triple attentat anti-israélien à Taba et Noweiba faisant environ 34 morts et 105 blessés.

 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631