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Sinaï
. Si l’hypothèse d’une
action d’Al-Qaëda, privilégiée par les spécialistes, se
confirme, il s’agirait d’une première en Egypte et d’une
nouvelle page dans la lutte contre le terrorisme.
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| La piste
de l’insaisissable |
Comme
à chaque attentat d’envergure, les revendications par
des organisations terroristes se font nombreuses. Pour
ceux du Sinaï, c’est le même scénario, mais il reste que
pour les experts, il s’agit d’opérations portant le label
d’Al-Qaëda, une hypothèse que même les autorités égyptiennes
et israéliennes ont paru soutenir. S’il en est ainsi,
il s’agirait de la première attaque menée par cette organisation
ou les groupuscules qui naviguent dans son orbite en Egypte.
C’est la revendication d’un groupe se réclamant du réseau
Al-Qaëda, « Les Brigades du martyr Abdallah Azzam », qui
a été le plus prise au sérieux. Trois organisations ont
revendiqué l’attentat : les Brigades islamiques Tawhid
(Unicité de Dieu) et les Brigades du martyr Abdallah Azzam
ont diffusé des communiqués sur Internet. Un « Groupe
islamique mondial » a appelé une agence de presse à Jérusalem.
Tous sont inconnus, et leurs messages impossibles à authentifier,
mais il y a bien tendance à accorder plus de véracité
aux brigades du martyr Abdallah Azzam. Le ton de leur
communiqué est bien significatif : Elles « annoncent avec
joie à la nation arabe et islamique les opérations martyres
et héroïques menées sur le sol égyptien, par lesquelles
nos enfants (...) ont nettoyé la terre de Taba de l’infamie
des juifs et de la dépravation des descendants des singes
et des porcs », lit-on dans le communiqué publié sur le
site (www.ansarnet.ws/vb/), déjà maintes fois utilisé
par le passé par Al-Qaëda pour revendiquer des attentats.
L’organisation a même décidé de poursuivre de telles opérations
en relevant une certaine appartenance à l’Egypte. « Tout
en revendiquant les trois opérations martyres, nous nous
engageons devant Dieu (...) à aller de l’avant sur la
voie du djihad et de la résistance jusqu’au retrait de
l’ennemi sioniste inique de notre terre sacrée », conclut
le texte, signé « Les Brigades du martyr Abdallah Azzam
- réseau Al-Qaëda - Terre de la Grande Syrie et d’Egypte
». Abdallah Azzam, chef de la mouvance des frères musulmans
en Palestine, qui avait participé au djihad contre les
troupes soviétiques en Afghanistan dans les années 1980,
était considéré comme le « mentor » d’Ossama bin Laden,
le chef d’Al-Qaëda. Abdallah Azzam a été tué en 1989 à
Peshawar, au Pakistan, dans l’explosion de sa voiture.
Dans un message sonore diffusé le 1er octobre par la chaîne
satellitaire qatari Al-Jazeera et attribué à l’Egyptien
Aymane Al-Zawahri, le numéro deux d’Al-Qaëda déclarait
: « Il ne faut pas limiter la bataille à la seule lutte
contre les juifs en Palestine (...) Les Américains les
ont aidés et aussi l’Europe qui défend l’existence des
juifs, et nos gouvernants, leurs agents, qui ont abandonné
le peuple palestinien et l’ont laissé faire face seul
à la nouvelle campagne croisée ».
La signature
d’Al-Qaëda semble d’autant plus nette que le but affiché
de ce réseau est de viser les régimes arabes accusés de
collaborer avec l’Occident, comme l’Egypte, le Maroc ou
l’Arabie saoudite. L’organisation ou sa nébuleuse a déjà
visé dans le passé des sites touristiques dans des pays
arabes ou musulmans prisés par des Occidentaux, dont Bali
en Indonésie (202 morts en octobre 2002), Djerba en Tunisie
(21 morts le 11 avril 2002), Casablanca au Maroc (plus
de 40 morts le 16 mai 2003), ou encore Istanbul en Turquie
avec les attentats suicide à la camionnette piégée du
15 et 20 novembre 2003 qui avaient fait 63 morts dans
deux synagogues de la ville, le Consulat général britannique
et la banque britannique HSBC. Autre indice : la simultanéité
des attaques et le recours à des véhicules bourrés d’explosifs
et des bombes actionnées par des kamikazes. Or, c’est
la première attaque terroriste menée en Egypte par des
kamikazes. |
Le non de la Gamaa et des
Frères
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| L’attaque
de Taba permet de blesser à la fois Israël et l’Egypte,
dont le régime est haï des islamistes radicaux depuis
des décennies, mais qui n’a plus connu d’attentats depuis
1997. De leurs prisons, les membres des organisations
islamiques locales avaient souvent fait des communiqués
exprimant « repentir » ou « regrets » pour des actes de
violence commis en Egypte et qui n’ont fait que porter
atteinte à ce pays et à son économie.
D’ailleurs,
elles ne semblent pas se départir de leur opinion. Deux
formations islamistes égyptiennes ont pris des positions
hostiles bien que différentes aux attentats. La Gamaa
islamiya les qualifie « d’erronés ». « Ce sont des actes
qui se sont déroulés au mauvais moment et au mauvais endroit
», affirme l’organisation dans un communiqué publié dimanche.
Cette organisation radicale avait mené des actions armées
sanglantes dans les années 1990 contre le gouvernement,
dont le massacre de touristes en majorité des Suisses,
à Louqsor (Haute-Egypte), en 1997. « Si les attentats
visaient sans aucun doute à venger les martyrs de l’Intifada
palestinienne et étaient une réaction à l’arrogance (du
premier ministre israélien Ariel) Sharon, nous les considérons
comme dénués de tout bon sens politique et sans fondement
religieux », poursuit le communiqué. Les Frères musulmans
(interdits officiellement, mais tolérés) sont allés plus
loin et accusé les services de renseignements israéliens
d’être responsables de ces actes et Ariel Sharon d’en
être le principal bénéficiaire.
Les attentats
ont visé « à détourner l’attention des crimes abjects
commis depuis dix jours par les forces sionistes qui ont
tué plus de 100 Palestiniens, des femmes, des enfants
et des vieillards (à Gaza) ». « Se précipiter à lancer
des accusations tous azimuts sans donner de preuves ne
disculpe pas les services de renseignements sionistes
et internationaux qui possèdent d’énormes moyens pour
organiser de tels actes criminels pour servir les intérêts
de leurs gouvernements », ajoute le communiqué de la confrérie,
également publié dimanche. |
Une nouvelle génération disséminée
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| En refusant
toute association ou sympathie à l’égard des attentats,
ces organisations égyptiennes confirment donc le caractère
étranger ou « internationaliste » du groupe qui a commis
l’attentat. Si Le chef du bureau israélien chargé de la
lutte antiterroriste, Danny Arditi, a affirmé être « presque
sûr qu’il s’agit d’une action menée par des terroristes
liés à Al-Qaëda et qu’ils ont bénéficié de soutiens et
de complicités locales (en Egypte) ou de Palestiniens
». L’islamologue français Olivier Roy estime pourtant
qu’il serait faux de négliger la piste palestinienne :
« C’est d’abord une attaque anti-israélienne. Les cibles
en Israël sont de plus en plus difficiles à toucher, ce
qui conduit à une externalisation du conflit. Quand à
la technique de l’attentat, elle a pu être empruntée par
un groupe constitué pour l’occasion et composé de différentes
nationalités : Palestiniens, anciens d’Afghanistan ...
il y aura des opérations conjointes, car Al-Qaëda a besoin
d’alliés ».
Il est certain
que la nébuleuse d’Al-Qaëda reste plus difficile à cerner
que jamais. Le bombardement de leurs camps, l’arrestation
de plusieurs haut responsables de son réseau ainsi que
la mort de nombre de ses militants n’ont en effet pas
réussi à anéantir cette organisation. De nouvelles recrues
auraient d’ores et déjà remplacé les djihadistes tombés.
Dans un article publié par MFI, Mounia Daoudi relève que
ce qu’il y a de plus inquiétant c’est qu’une étude récente
dresse le profil de la nouvelle génération des combattants
d’Al-Qaëda laissant entrevoir la possibilité de nombreuses
cellules dormantes n’attendant que le moment opportun
pour être activées. Difficile à cerner de par sa structure
même de nébuleuse formée de cellules indépendantes, n’obéissant
non pas à des ordres, mais à une idéologie, l’organisation
lancée par Bin Laden paraît aujourd’hui plus que jamais
insaisissable.
Le ministre
égyptien de l’Intérieur, Habib Al-Adeli, a souligné que
l’Egypte « ne permettra pas le retour du terrorisme ».
Mais si les mouvements locaux traditionnels semblent jugulés,
qu’en est-il de l’action des insaigroupes se réclamant
d’Al-Qaëda. Tout compte fait, une nouvelle étape commence. |
Ahmed
Loutfi |
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Chronologie
des attentats
anti-israéliens
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Les
attentats du Sinaï ne sont pas les premiers depuis la
signature des accords de paix. Chronologie.
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20/08/85 :
Albert Atracki, attaché de l'ambassade d'Israël, est
assassiné, au Caire, par le Djihad islamique.
05/10/85 :
Un soldat égyptien, Soliman Khater, tue sept touristes
israéliens, à Ras Barka, dans le Sinaï.
19/03/86 :
Une bombe explose, à la Foire du Caire, tuant une diplomate
israélienne et blessant trois autres Israéliens.
04/02/90 :
Attentat contre un car de touristes israélien au
Caire a fait neuf morts.
18/04/96 :
18 étrangers tués dans un attentat dans un grand hôtel
du Caire régulièrement fréquenté par des Israéliens.
07/10/04 :
Triple attentat anti-israélien à Taba et Noweiba
faisant environ 34 morts et 105 blessés.
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