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Religion .Le ministre des Waqfs, Hamdi Zaqzouq, évoque son projetde modernisation de la pratique religieuse. Il revient également sur la polémique relative à l’unification de l’appel à la prière.
« Nous voulons lutter contre les idées rétrogrades »

Al-Ahram Hebdo : La décision d’unifier l’appel à la prière a suscité une large polémique. Pourquoi une telle mesure aujourd’hui ?

Mahmoud Hamdi Zaqzouq : Tout d’abord, il faut signaler que l’unification de l’appel à la prière n’est pas illicite. Tous les oulémas et les institutions religieuses ont approuvé la décision. Al-Azhar, ainsi que le cheikh Ali Gomaa, mufti de la République, ont annoncé leur soutien à cette initiative. L’ex-mufti Nasr Farid Wassel, connu pour ses tendances conservatrices, a aussi accepté cette initiative. Cela veut dire que même les oulémas qui ne font pas partie des institutions officielles n’ont pas refusé l’unification de l’appel à la prière. Si on se réfère aux quatre écoles juridiques orthodoxes de l’islam, on constate qu’il n’y a aucune restriction à ce sujet. L’Egypte n’est pas le premier pays à vouloir unifier l’appel à la prière. La Turquie et la Jordanie l’ont aussi fait depuis plusieurs années. Et du point de vue pratique, il existe aujourd’hui un véritable désordre en ce qui concerne l’appel à la prière. Ce sont souvent des personnes non qualifiées et dont la voix laisse à désirer qui le pratiquent. Selon les dires du prophète, il faut que toute personne qui entende l’azan puisse le répéter derrière le muezzin, mais l’interférence d’autres appels à la prière ne permet pas d’assimiler le sens des paroles. Il est temps de rendre à l’appel à la prière sa sainteté et sa majesté, menacées par le désordre actuel. Et même si plusieurs ex-ministères des Waqfs ont hésité à faire ce pas, c’est notre rôle aujourd’hui de moderniser la religion et de nous débarrasser de certaines traditions vétustes.

— Avec l’approche du mois de Ramadan, votre décision limitant à certaines mosquées la prière d’Al-Tahaggod wal tarawih, très importante pour les musulmans, a choqué la rue égyptienne ...

— Cette décision a été mal interprétée par les citoyens et certains journaux mal intentionnés en ont profité pour enflammer les esprits. Nous avons énuméré 51 mosquées au Caire pour l’accomplissement de la prière du tarawih, qui requiert 2 heures quotidiennes. C’est une prière très dure pour les personnes âgées et malades.

— Mais ne trouvez-vous pas que cette attitude porte atteinte à la liberté des cultes ?

— Bien sûr que non, c’est une accusation non justifiée. L’an dernier, les mosquées autorisées à faire la prière du tarawih avec récitation complète du Coran étaient au nombre de 32. Aujourd’hui, il y en a 51. De plus, les personnes sont libres de choisir la mosquée où ils veulent aller faire leur prière, d’autant plus que celles qui ne dépendent pas du ministère des Waqfs ne sont pas obligées d’appliquer cette décision. La raison essentielle de cette décision est d’organiser les rites religieux.

— Existe-t-il des projets d’unification ou de réduction du prêche du vendredi ?

— Nous n’avons nullement l’intention d’unifier le prêche du vendredi. Les imams sont libres de tenir le prêche suivant les besoins de la communauté. Par exemple, l’imam de Zamalek ne tiendra pas le même discours que celui d’Imbaba ou des petites mosquées des différents gouvernorats. Les besoins quotidiens et vitaux sont différents en fonction des différentes catégories de la population. Pourtant, il existe une méthode qu’il faut respecter en préparant le discours religieux. Il faut faire l’appel à la religion sans violence ni obligation. De plus, il existe des lignes rouges que les imams ne doivent pas dépasser. Le discours ne doit pas appeler au terrorisme ni susciter l’animosité. Et en ce qui concerne la limitation du prêche à 20 minutes, ce n’est pas en contradiction avec le Coran et la sunna du prophète. Le prophète n’a jamais prononcé de prêche de plus de 10 minutes. De plus, le Coran appelle les fidèles à vaquer à leurs occupations quotidiennes une fois la prière du vendredi terminée.

— Certains parlent de restrictions en ce qui concerne la construction de nouvelles mosquées. Qu’en est-il exactement ?

— Il n’y a pas de restriction, mais il faut qu’il y ait une réglementation. La construction des mosquées est devenue désordonnée. Certaines personnes construisent une hutte, la munissent d’un haut-parleur et considèrent ce bâtiment comme une mosquée. C’est pour cela que si un citoyen a l’intention de construire une mosquée, on lui envoie gratuitement des experts qui lui donnent les plans pour un tel édifice. La surface sur laquelle est fondée la mosquée ne doit pas être inférieure à 175 m2. La distance qui sépare une mosquée d’une autre ne doit pas être inférieure à 500 m. Le premier étage doit être réservé aux services offerts par cette institution.

— Le ministère des Waqfs exige le versement d’une somme de 50 000 L.E. de la part de celui qui désire construire une mosquée. Certains pensent que c’est un moyen de réduire leur nombre ...

— Autrefois, on pouvait obtenir un permis de construction sans recourir à une assurance. Mais il arrivait souvent que la construction de l’édifice soit abandonnée au bout d’un certain temps, faute de moyens financiers. C’est pourquoi on exige aujourd’hui le versement d’une somme destinée à nous assurer que la personne est capable de terminer la construction de la mosquée. Cette somme est rendue une fois les travaux achevés.

— Ne pensez-vous pas que l’Etat tente d’imposer peu à peu sa tutelle sur la pratique religieuse afin de contrôler le courant islamiste ?

— L’Etat doit jouer un rôle d’organisation et de correction. Nous voulons être sûrs que les mosquées sont construites de manière adéquate. De plus, il faut lutter contre toute idée ou habitude rétrograde. L’islam nous incite à l’ordre et à l’organisation de notre vie. Il existe une coordination avec plusieurs ministères comme ceux de la Santé et de l’Education pour inciter les prêcheurs à parler des grandes causes nationales.

— Le ministère des Waqfs a été accusé de subir des pressions des Américains qui veulent imposer leur propre conception de la pratique religieuse ...

— C’est faux. Nous n’avons jamais reçu de directives américaines. On essaie tout simplement de moderniser l’islam selon les besoins de notre vie. Il y a quatorze siècles, le prophète avait prédit que tous les 100 ans, un ouléma se manifesterait pour moderniser le trajet de la daawa. Cela veut dire que le modernisme ne va pas à l’encontre de l’islam.

— Mais pourquoi les décrets officiels n’ont-ils pas de crédibilité auprès des Egyptiens ?

— Une petite minorité de personnes ne croit pas aux fatwas officielles. La grande partie de la population sait que ces décisions sont pensées selon des références islamiques. La preuve en est que l’institution de Dar Al-Ifta reçoit tous les jours de nombreuses questions de la part des citoyens désireux d’avoir une réponse à leurs problèmes. Il faut éviter qu’une personne manquant de culture religieuse lance des fatwas.

— Comment le ministère prépare-t-il les prêcheurs aux besoins du modernisme ?

— Aujourd’hui, les prêcheurs effectuent trois ans d’études avant de monter sur les minbars. Durant cette formation, et outre la religion, ils étudient la sociologie, l’économie, la psychologie, les langues, etc.

— Durant le mois de Ramadan, le ministère des Waqfs envoie des prêcheurs faire la daawa à l’étranger. Comment sont-ils choisis ?

— Ils passent des examens. Autrefois, il arrivait que certains prêcheurs ignorent la langue des pays où ils se rendaient. Ce qui était un obstacle à la communication. C’est un problème qu’on a pu surmonter et l’Université d’Al-Azhar envoie aujourd’hui des étudiants qui maîtrisent les langues anglaise, française et allemande. Nous enseignons aussi l’espagnol pour nous adresser aux pays d’Amérique latine, d‘autant plus qu’il existe un centre islamique au Brésil .

Propos recueillis par Dina Darwich et Dina Ibrahim

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