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Foire
de francfort . Placée
sous le sceau du dialogue avec le monde arabe, la manifestation
s’est terminée sur une note d’espoir.
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| La
brèche |
Les
rideaux sont tombés sur l’Année arabe de Francfort.
Les
quelque 150 000 m2, surface des terrains d’exposition
de Francfort, en plein centre-ville, ont vu déambuler
51 585 visiteurs dans ses allées le premier jour de
l’ouverture au public, soit près de 9 000 de plus que
l’année précédente. Quelque chose a certes changé :
il suffisait de voir la foule de tous les âges se précipitant,
parcourir des kilomètres entre la salle 6, consacrée
à la présentation des livres, la salle 5, exposant des
œuvres de l’artisanat des pays arabes, et la salle du
Forum où se sont déroulés les colloques affichant complet
pour la plupart.
Le
dossier de l’édition arabe, avec tous ses hauts et ses
bas, n’est pas fermé. Ces cinq jours trop animés attestent
que « ce n’est que le commencement », assure Ibrahim
Al-Moallem, président de l’Union des éditeurs arabes,
organisme professionnel indépendant, entouré fièrement
d’un décor fait de journalistes et de chaînes satellites,
avides de connaissance de l’univers culturel arabe.
En
dépit des différentes voix qui ont tenté de brouiller
l’événement (que ce soit la presse européenne manipulée,
critiquant le caractère officiel de la présence arabe,
ou même les tentatives échouées d’un certain centre
israélien accusant plusieurs titres arabes d’antisémitisme),
le livre et la pensée arabes ont pu s’épanouir librement
dans les locaux allemands.
Au-delà
de l’omniprésence de l’actualité arabe, de l’intérêt
porté aux sujets chauds suscitant la curiosité occidentale
(islam, terrorisme, femme), cette rencontre multidimensionnelle
a jeté la lumière sur le secteur de l’édition en difficulté,
abattu par les problèmes économiques, l’analphabétisme
et le poids de la censure (voir encadré). Elle ouvre
un large éventail du possible. La cinquantaine d’ouvrages
d’auteurs arabes en cours de traduction en Allemagne
pour l’occasion n’est que le commencement. « La langue
reste un obstacle indéniable », avance l’écrivain égyptien
Ibrahim Abdel-Méguid qui revendique un réel travail
d’échange culturel et le lancement de stratégies viables
pour des projets de traduction.
Ce
rassemblement des pays arabes, malgré l’absence de certaines
représentations imminentes telles que l’Iraq et le Maroc,
a donné de l’espoir sur la possibilité de se rencontrer
malgré les diversités et particularités de chaque pays.
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Au
commencement était l’Iraq
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La
décision « du monde arabe invité d’honneur » a été prise
en geste symbolique en pleine guerre en Iraq ; cependant
la civilisation de Babel était aux abonnés absents. «
Notre quotidien, c’est la mort, la destruction et les
assassinats, ce qui veut aussi dire la mort, la destruction
et l’assassinat de la culture », a ainsi expliqué le poète
Kazim Hegaz, lors d’un débat intitulé Iraq, le nouveau
départ. Les auteurs iraqiens sont plusieurs à raconter
que le temps n’est pas encore mûr pour écrire ; il faudra
d’abord assimiler les violents bouleversements de ces
deux dernières années.
Si
on répétait autrefois que les Egyptiens écrivent, les
Libanais publient et les Iraqiens lisent, cette classification
a remarquablement changé aujourd’hui, que ce soit pour
des raisons financières, ou à cause de la montée islamiste
qui fait que la publication de livres du patrimoine religieux
dépasse par dizaines de milliers celle de la créativité
en Egypte. Les lacunes qui marquent les droits d’auteur,
aussi bien que la liberté relative au Liban ont placé
ce pays au devant de la scène de l’édition. Quant à l’Iraq,
auparavant le premier marché du livre dans le monde arabe,
il a vécu la régression et l’appauvrissement depuis les
années 1990 sous l’embargo, pour arriver aujourd’hui à
un empêchement de toute créativité.
Des
bouleversements qui ne favorisent pas un dialogue Orient
et Occident serein. Pourtant, ce dialogue est exigé non
seulement pour atténuer les difficultés du secteur de
l’édition arabe, mais aussi pour mieux se connaître en
regardant dans le miroir de l’autre.
De
nombreux auteurs ont longtemps trouvé la porte close chez
les éditeurs occidentaux et il a fallu attendre la recrudescence
islamiste pour accroître l’intérêt des Occidentaux vis-à-vis
du monde arabe. C’est le message délivré par le Nobel
égyptien qui s’interrogeait et interrogeait l’autre par
la suite : « A-t-il fallu attendre que l’Occident sente
que sa sécurité est menacée pour s’engager dans une redécouverte
de la civilisation islamique et de la culture arabe ?
», a demandé l’intellectuel, victime d’une tentative d’assassinat
islamiste. « A-t-il fallu attendre que les Arabes voient
leur image quotidiennement déformée dans les médias occidentaux
pour qu’ils prennent la décision de se présenter aux autres
? », a ajouté le romancier.
Cette
édition de la foire a été un premier pas vers un échange
à travers le livre. Et le visiteur aura pu toucher du
doigt ce succès à travers la participation aux colloques,
et les questions adressées clairement aux participants
arabes donnaient l’impression que le public européen était
venu avec la ferme intention de repartir avec une meilleure
connaissance des Arabes, de leur culture et de leur littérature.
Peut-être un commencement.
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| Chérine
Abdel-Azim |
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«
Notre participation a été un succès » |
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Ibrahim
Al-Moallem, le président de l’Union des éditeurs arabes,
fait le bilan de la 56e édition de la Foire. |
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Al-Ahram
Hebdo : Pensez-vous que l’imposante présence arabe à ce
plus grand marché du livre a pu rectifier l’image erronée
des Arabes aux yeux de l’Occident ?
Ibrahim
Al-Moallem : Notre participation à une foire unique dans
le monde entier est sûrement une réussite. Car avant cette
participation, personne ne connaissait de près ni la culture
ni les livres arabes, l’Occident se contentait d’un savoir
limité à Al-Qaëda et Ossama bin Laden. J’avais participé
il y a 10 ans à une réunion qui regroupait les éditeurs
de par le monde, ils se moquaient alors de notre participation
très limitée, alors que la vérité est que cette présence
limitée était le noyau qui nous a amenés à devenir l’invité
d’honneur de cette session. Nous ne sommes pas venus ici
pour défendre nos gouvernements mais pour représenter
notre culture, nos écrivains et nos éditeurs. Nous avons
pu toucher de près notre succès, même avant l’ouverture
de la foire, par l’augmentation du nombre des traductions
des livres arabes vers les langues étrangères de 10 à
50. De même, la cérémonie d’ouverture nous a permis de
porter haut notre voix et d’exposer notre point de vue
à travers les allocutions d’Amr Moussa et de Naguib Mahfouz.
Je veux dire tout simplement que nous aurions pu dépenser
des millions pour nous faire entendre sans jamais avoir
une pareille audience, celle de la foire.
—
Concrètement, comment les éditeurs arabes ont pu exploiter
cette manifestation ?
—
Il y a eu beaucoup d’accords et de projets qui ont été
discutés et qui seront repris après la foire, mais jusqu’à
présent nous ne pouvons pas faire un bilan exhaustif.
Les tendances étaient pour les livres pour enfants et
les romans. Je pense que c’est bien pour un premier pas.
—
Et pour la traduction ?
—
Les livres traduits sont souvent sujets aux goûts exotiques
des traducteurs. Pour la plupart des histoires d’amour
qui racontent la vie d’un couple arabe qui regorge de
problèmes jusqu’à l’arrivée du prince charmant qui est
le plus souvent étranger. C’est pour cela que l’Union
a proposé l’idée de créer un fonds pour la traduction,
qui sera sponsorisé par cheikh Sultan Al-Qassémi, gouverneur
de Charjah ; et la plupart des pays ont accepté de faire
la même chose dans leurs pays.
—
Quelle est la vérité sur les rumeurs selon lesquelles
sept livres ont été confisqués ?
—
C’est vrai, ce ne sont pas des rumeurs. Sept livres arabes
ont été confisqués à la suite d’une plainte présentée
par quelques organismes sionistes sous prétexte qu’ils
sont antisémites. L’administration de la foire a envoyé
les livres au Parquet allemand qui n’a rien trouvé à redire
sur ces livres. Il y a aussi des accusations contre Mohamed
Salmawy qui met, d’après eux, en doute l’Holocauste, dans
ses articles publiés sur Internet. Pour sa part, l’administration
a menacé d’intenter un procès contre eux si jamais ces
accusations ne sont pas prouvées, car cela porte atteinte
à la réputation de la foire. C’est une preuve concrète
de notre réussite puisqu’on est arrivé à provoquer les
sionistes !
—
Est-ce que vous pensez que les pays arabes absents de
la manifestation ont beaucoup perdu ?
—
Ils ont participé à la dernière minute, mais d’une manière
individuelle, pas officiellement. Leur culture était présente
comme le Koweït et le Maroc, et leurs intellectuels ont
fait preuve de coordination avec les autres représentants.
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| Propos
recueillis par
Ch.
A. |
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