Le
journal Al-Ahali du parti politique Al-Tagammoe a publié cette
semaine qu’un homme d’affaires américain a proposé d’acheter
50 % des actions de la chaîne satellite Al-Jazeera. Ce dernier
aurait mené effectivement des négociations sur ce sujet avec
l’émir du Qatar au cours d’une visite qu’il a effectuée dans
ce pays en compagnie de son ami, l’ex-président américain
Bill Clinton. Cette nouvelle est sans doute la plus étonnante
information publiée cette année sur les médias arabes.
Le danger devient évident
lorsqu’on rajoute une information publiée par le journal selon
laquelle l’homme d’affaires en question, Haïm Saban, est de
nationalité israélienne. Saban est né en Egypte, a émigré
en Israël avant de partir aux Etats-Unis.
Saban est considéré
comme l’un des plus riches hommes d’affaires américains et
sa fortune est estimée à des milliards de dollars. Mais le
plus dangereux c’est que la presse américaine le considère
comme l’un des hommes d’affaires les plus « politisés » aux
Etats-Unis. Il a reconnu récemment dans un entretien rare
accordé au New York Times que sa seule cause, « c’est Israël
». Selon le journal, Haïm Saban est un ami proche du premier
ministre israélien, Ariel Sharon, qu’il contacte assez régulièrement.
Saban
a gagné sa fortune en 1985, alors qu’il était en visite au
Japon au cours de laquelle il a acheté les droits de traduction
et de diffusion aux Etats-Unis des dessins animés Morphin
Power Rangers, après avoir convaincu la chaîne Fox de les
projeter. Trois ans plus tard, sa fortune s’est accumulée
et ses revenus se sont multipliés grâce au grand succès remporté
par le feuilleton. Ainsi, Saban s’est trouvé dans une position
de force non négligeable, et pour l’exploiter, il s’est dirigé
vers la politique parce que — pour reprendre ses propos —
il s’est rendu compte que l’appui à Israël a commencé à perdre
du terrain dans le monde depuis le milieu des années 1990.
Pour bâtir son
influence politique, Saban s’est rapproché du Parti démocrate
pendant le mandat de Clinton et il lui a fait un don de 7
millions de dollars. Au cours des 10 dernières années, les
donations de Saban au Parti démocrate ont atteint les 20 millions
de dollars. C’est ainsi qu’il est devenu un ami proche de
Clinton qui l’invitait et son épouse souvent à la Maison Blanche.
Il était donc
tout à fait normal que Saban fasse des donations au candidat
démocrate aux présidentielles, John Kerry. Il l’a également
invité chez lui dans une tentative évidente de ranger l’éventuel
président américain aux côtés d’Israël, pour lequel il consacre
tout son poids financier.
La relation de
Saban avec la question du Proche-Orient ne se limite pas à
ses connexions personnelles avec les présidents américains,
mais elle s’étend à des dons faits en permanence à Israël.
L’année dernière, il a fait un don de 13 millions de dollars
au Brookings Institution. L’institut a créé en son sein «
le centre Saban pour la politique américaine au Moyen-Orient
». Saban croit que tout règlement du conflit palestino-israélien
engendrerait une guerre civile parmi les deux protagonistes
de ce conflit. Pour lui, la paix ne se réalisera pas sans
effusion de sang.
L’ex-président
Bill Clinton dit que Haïm Saban se distingue par un engagement
inébranlable en faveur d’Israël. Il croit en la nécessité
de s’engager dans la voie d’une paix juste et équitable au
Proche-Orient. Il avoue que Saban a toujours été l’un de ses
plus importants supporters pendant les élections.
Les journaux
américains ont rapporté que Saban prépare à l’heure actuelle
un marché secret qui provoquerait un choc chez plusieurs.
Ce marché est-il celui de la chaîne arabe Al-Jazeera ? Saban
fera tout pour décrocher le marché. C’est sa façon, semble-t-il.
Et c’est de cette manière qu’il a réussi à conclure un bon
marché après avoir acheté le feuilleton japonais des dessins
animés. Car il a pu le vendre à une chaîne de télévision après
avoir insisté huit ans durant. A cet égard, Saban dit : «
Mon violon d’Ingres, c’est de travailler et servir Israël.
Je ne joue pas au golf et je ne collectionne pas de timbres ».
Pour parvenir à ses fins, il exerce toute son influence politique.
Saban estime que sa position financière est excellente. A
un moment où il existe certains organes médiatiques offerts
à la vente, que personne ne peut acquérir seul. C’est pourquoi
il saisit chaque occasion qui se présente à lui. A l’heure
actuelle, il essaie d’acheter la chaîne britannique ITV pour
concurrencer la BBC qui, selon lui, est pro-arabe !
Dans un article
récemment publié dans International Herald Tribune, il a déclaré
qu’il effectuait un ratissage du marché international à la
recherche de transactions qui élargiraient les horizons de
son empire médiatique et qui, par conséquent, approfondiraient
son influence politique.
Saban a réussi
à acheter récemment la plus grande chaîne télévisée d’Allemagne,
après avoir payé un prix plus élevé que le milliardaire et
homme de médias Rupert Murdoch, qui voulait également l’acheter.
Par conséquent, il devient aujourd’hui le propriétaire de
l’équivalent des chaînes américaines CBS, ABC, TBS et Winkle
Odeon. Ce qui est interdit aux Etats-Unis, étant donné qu’il
est en contradiction avec les lois anti-monopole.
Si Murdoch est
né en Australie, son concurrent américain israélien est né
à Alexandrie où il a passé son enfance, avant d’émigrer en
Israël à la suite de l’agression tripartite contre l’Egypte
en 1956. Sa famille s’est établie à Tel-Aviv avant qu’il n’émigre
aux Etats-Unis. Quelques années plus tard, il devient le propriétaire
d’un empire médiatique de grande influence. Et le voilà qui
débarque dans le monde arabe proposant l’achat de la moitié
des actions de l’une des plus importantes chaînes satellites.
A un moment où l’émir du Qatar a demandé à Price Waterhouse
d’évaluer les actions de la chaîne que Saban propose d’acheter.
Les médias arabes sont-ils devenus aujourd’hui proposés à
la vente à Israël ? .