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C’est
sans enthousiasme que les Camerounais ont élu lundi leur président,
à la suite d’une campagne électorale qui a échoué à les mobiliser.
Selon un scénario désormais classique, le présidentsoutien de
l’appareil d’Etat et du tout-puissant parti au pouvoir, le Rassemblement
Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), a affronté un nombre
record de quatorze rivaux sans réelle chance de l’emporter dans
une élection à un tour qui privilégie l’union.
Seuls
4,6 millions d’électeurs ont ainsi été inscrits sur les listes
électorales, alors que l’opposition comme les ONG estiment à
entre 7,5 et 8 millions le nombre de Camerounais en âge de voter.
Effet de la victoire annoncée du président Biya ou signe du
discrédit d’un processus électoral souvent accusé dans le passé
d’avoir été détourné par le pouvoir.
Plusieurs
candidats de l’opposition ont fait planer ces derniers jours
sur le scrutin l’ombre d’une fraude massive. Trois d’entre eux,
Djeukam Tchameni, Jean Jacques Ekindi et Gustave Essaka, ont
annoncé leur retrait du scrutin au cours du week-end mais le
ministre de l’Administration territoriale, Marafa Hamidou Yaya,
en charge du scrutin, a déclaré qu’il les considérait toujours
comme candidats. Les élections de lundi se sont déroulées sous
la surveillance de 232 observateurs nationaux et internationaux.
A
l’origine rassemblés dans une coalition qui devait présenter
un candidat unique pour le scrutin, les chefs des deux principaux
partis de l’opposition, John Fru Ndi pour le Social Democratic
Front (SDF) et Adamou Ndam Njoya pour l’Union Démocratique Camerounaise
(UDC), ont spectaculairement divorcé il y a un mois et font
depuis bande à part. Très loin d’avoir passionné la masse des
16 millions de Camerounais, dont la moitié vit au-dessous du
seuil de pauvreté.
Affaiblis
par ces divisions et par un manque criant de moyens financiers,
les principaux rivaux du président ont mené ces quinze derniers
jours une campagne allégée, chacun dans son coin.
La
campagne électorale s’est ainsi résumée à un duel entre le candidat-président
d’une part, qui a défendu le thème de la continuité et de la
stabilité, et tous les autres candidats qui ont dénoncé la «
gabegie », la « corruption » et la « faillite économique » des
années Biya.
Dans
une telle cacophonie, aggravée par le message très brouillon
des « petits » candidats, Paul Biya a pu se contenter d’une
tournée électorale minimale dans quelques provinces, où il a
livré un discours rassurant et efficace sur le thème « on ne
change pas une équipe qui gagne ».
Balancée
entre ces deux discours, la population camerounaise, dont plus
de la moitié continue à vivre au-dessous du seuil de pauvreté
malgré les bonnes performances statistiques affichées par l’économie
du pays, ne semble pas beaucoup se passionner pour ces joutes
électorales.
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