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Cameroun . L’élection présidentielle de lundi dernier paraît promise au chef de l’Etat sortant, Paul Biya, au pouvoir depuis vingt-deux ans.

Le scrutin joué d’avance

C’est sans enthousiasme que les Camerounais ont élu lundi leur président, à la suite d’une campagne électorale qui a échoué à les mobiliser. Selon un scénario désormais classique, le présidentsoutien de l’appareil d’Etat et du tout-puissant parti au pouvoir, le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), a affronté un nombre record de quatorze rivaux sans réelle chance de l’emporter dans une élection à un tour qui privilégie l’union.

Seuls 4,6 millions d’électeurs ont ainsi été inscrits sur les listes électorales, alors que l’opposition comme les ONG estiment à entre 7,5 et 8 millions le nombre de Camerounais en âge de voter. Effet de la victoire annoncée du président Biya ou signe du discrédit d’un processus électoral souvent accusé dans le passé d’avoir été détourné par le pouvoir.

Plusieurs candidats de l’opposition ont fait planer ces derniers jours sur le scrutin l’ombre d’une fraude massive. Trois d’entre eux, Djeukam Tchameni, Jean Jacques Ekindi et Gustave Essaka, ont annoncé leur retrait du scrutin au cours du week-end mais le ministre de l’Administration territoriale, Marafa Hamidou Yaya, en charge du scrutin, a déclaré qu’il les considérait toujours comme candidats. Les élections de lundi se sont déroulées sous la surveillance de 232 observateurs nationaux et internationaux.

A l’origine rassemblés dans une coalition qui devait présenter un candidat unique pour le scrutin, les chefs des deux principaux partis de l’opposition, John Fru Ndi pour le Social Democratic Front (SDF) et Adamou Ndam Njoya pour l’Union Démocratique Camerounaise (UDC), ont spectaculairement divorcé il y a un mois et font depuis bande à part. Très loin d’avoir passionné la masse des 16 millions de Camerounais, dont la moitié vit au-dessous du seuil de pauvreté.

Affaiblis par ces divisions et par un manque criant de moyens financiers, les principaux rivaux du président ont mené ces quinze derniers jours une campagne allégée, chacun dans son coin.

La campagne électorale s’est ainsi résumée à un duel entre le candidat-président d’une part, qui a défendu le thème de la continuité et de la stabilité, et tous les autres candidats qui ont dénoncé la « gabegie », la « corruption » et la « faillite économique » des années Biya.

Dans une telle cacophonie, aggravée par le message très brouillon des « petits » candidats, Paul Biya a pu se contenter d’une tournée électorale minimale dans quelques provinces, où il a livré un discours rassurant et efficace sur le thème « on ne change pas une équipe qui gagne ».

Balancée entre ces deux discours, la population camerounaise, dont plus de la moitié continue à vivre au-dessous du seuil de pauvreté malgré les bonnes performances statistiques affichées par l’économie du pays, ne semble pas beaucoup se passionner pour ces joutes électorales.

 

Controverse autour des années Biya

Démocratie apaisée et équilibrée ou temple de la gabegie et de la corruption ? Le bilan du Cameroun dirigé sans partage par Paul Biya depuis vingt-deux ans est très controversé. Depuis plusieurs semaines, le camp du président sortant et les quinze prétendants à sa succession s’envoient à la figure des salves de chiffres, témoignages et arguments qui dessinent deux portraits totalement opposés du pays. Et de l’homme capable de le diriger pour les sept ans à venir.

Pour les disciples de l’actuel pensionnaire du palais d’Etoudi, la question ne se pose même pas. Les années Biya ont été celles de la paix, du progrès et de la démocratie. Elles doivent donc continuer. A leur crédit, les hommes du président et du parti citent volontiers la croissance soutenue de l’économie, les bonnes notes décernées par le Fonds Monétaire International (FMI) et l’instauration du multipartisme en 1990.

Mais là où Paul Biya et les siens voient un pays apaisé et en progrès, ses adversaires ne décrivent que « corruption », « tricheries » ou « pillage ». Leur réquisitoire s’appuie sur une foule de rapports d’ONG ou d’institutions qui dénoncent les violences policières (Fédération internationale des droits de l’homme), ou font du pays un des plus corrompus de la planète (Transparency International). Encore plus critiques, les adversaires du président Biya jugent que les bonnes statistiques de l’économie cachent une réalité sociale moins reluisante, celle d’un pays où 50 % de la population vit toujours au-dessous du seuil de pauvreté.

Conscient du problème, le président-candidat a précisément fait de la « réduction de la pauvreté » l’un des thèmes de sa campagne. Mais de l’avis général, des efforts considérables restent à accomplir sur cette voie. Pour répondre aux vraies attentes de « l’autre Cameroun », celui qui s’apprête à entamer sa cinquième élection de s’attaquer aux dossiers : chômage, niveau de vie, santé, éducation, eau potable, électricité, routes .La liste est longue.

Chérif Albert

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