| Considérée
par les uns comme un grand événement, par les autres comme une
mascarade, l’élection présidentielle en Afghanistan, la première
de l’histoire du pays, s’est déroulée samedi dans un climat
relativement tendu. En effet, elle a été contestée par les adversaires
du président sortant, Hamid Karzaï, candidat à sa propre succession
et grand favori du scrutin, dont les résultats seront rendus
publics d’ici trois semaines.
Si
le défi sécuritaire a été relevé — le premier tour de l’élection
présidentielle n’a été troublé par aucune attaque terroriste
majeure —, cette élection n’a pas manqué de provoquer une crise
politique : 14 des 18 candidats ont annoncé que celle-ci était
irrégulière et ont demandé la tenue d’un nouveau scrutin, avant
de se rétracter et d’adopter un ton plus modéré tout en demandant
une enquête indépendante.
En
effet, la demande d’un nouveau scrutin n’a pas trouvé d’écho.
L’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe
(OSCE) a estimé au lendemain de l’élection que cette requête
est « injustifiée ». Selon Robert Barry, chef d’une délégation
de l’OSCE venue observer le déroulement du scrutin présidentiel
de samedi, cette conclusion de l’OSCE est « basée sur les rapports
de ses propres équipes et les informations fournies par les
experts électoraux de l’Union européenne, les observateurs locaux
et les délégations de plusieurs autres pays ». Le chef de la
délégation a estimé que « dans l’ensemble, le processus a été
extraordinairement ordonné » tandis que le niveau de violence
était, contrairement aux prévisions, peu élevé. De même à Kaboul,
le principal groupe d’observateurs du processus, la Fondation
afghane pour des élections libres et justes (FEFA, 2 300 observateurs),
a estimé dimanche que la présidentielle s’était déroulée dans
« un environnement assez démocratique », sans se risquer à un
jugement sur sa légitimité. Cette organisation, qui était la
seule à disposer d’observateurs dans toutes les provinces, a
relevé des violations de la loi électorale, mais n’a pas reçu
d’informations faisant état de véritables « intimidations »
des électeurs, a annoncé son président Saeed Niazi lors d’une
conférence de presse.
Réalisant
qu’ils s’étaient coupés d’une opinion publique heureuse d’avoir
pu participer à sa première présidentielle, des candidats qui
avaient demandé samedi l’annulation du scrutin pour irrégularités,
ont dû faire marche arrière dimanche. Trois des 14 candidats
contestataires ont ainsi déclaré qu’ils seraient éventuellement
disposés à accepter les conclusions d’une commission d’enquête.
Quant
au président sortant Hamid Karzaï, il a estimé que l’élection
de samedi constituait « une défaite du terrorisme » car la sécurité
du scrutin avait été « garantie par la participation du peuple
afghan », dans une interview accordée dimanche à la BBC. M.
Karzaï a fait part de sa désapprobation de la demande des 14
candidats d’annuler le scrutin. « Le retrait des candidats de
la course est une chose que je désapprouve profondément, a-t-il
déclaré. Cet acte ignore d’une certaine façon la volonté massive
du peuple afghan qui a été démontrée hier ». Auparavant, il
avait déclaré qu’il était « trop tard pour lancer un appel au
boycottage (du scrutin) maintenant que des millions d’Afghans
ont affronté la pluie et la neige pour aller voter. Nous devons
respecter la volonté du peuple », a-t-il annoncé, estimant que
l’élection avait été « un succès ».
Toutefois,
l’enthousiasme des électeurs contrastait avec l’agitation politique
à Kaboul. Quelque 10,5 millions d’électeurs en Afghanistan,
et plus d’un million de réfugiés afghans en Iran et au Pakistan,
étaient appelés à participer à ce scrutin. Ils se sont précipités
dès l’ouverture dans de nombreux centres de vote à Kaboul, Hérat
(ouest), Kandahar (sud) ou Shibergan (nord). Aucun chiffre n’a
cependant été donné sur le taux de participation, impossible
à évaluer, notamment faute de moyens électroniques. Un porte-parole
des Nations-Unies a simplement fait état d’une participation
massive.
Mais
l’élément le plus notable dans le sud du pays a été l’absence
d’attaque majeure des pires ennemis du scrutin, les Talibans,
qui, depuis des mois multipliaient les menaces à l’encontre
des électeurs potentiels. Le sud afghan, plus précisément les
confins des provinces de Kandahar, Zabul et Oruzgan, est l’un
des théâtres d’activité privilégiés des combattants antigouvernementaux
depuis la chute des Talibans fin 2001.
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