La
violence se poursuit en Iraq à un rythme soutenu alors que
les forces américaines et iraqiennes tentent tant bien que
mal de désamorcer des différents points de tension dans le
pays. En commençant par le quartier de Sadr City à Bagdad,
où l’opération de désarmement des partisans du chef radical
chiite Moqtada Sadr a démarré lundi matin, et ce, à la suite
d’une entente conclue entre le gouvernement iraqien et le
courant de Sadr concernant le désarmement des milices qui
doivent recevoir de l’argent en contrepartie. L’opération
entamée lundi dernier doit durer cinq jours, une entente censée
mettre fin à la tension dans ce quartier défavorisé où les
accrochages sont fréquents entre la milice de l’Armée du Mehdi
et l’armée américaine. Toutefois, cette remise des armes ne
garantit pas un retour au calme définitif. En effet, le commandant
américain du bataillon à Sadr City, le lieutenant-colonel
Gary Volesky, a averti que ses hommes avaient toujours le
droit de mener des raids et des arrestations. « Il n’y a pas
d’accord de cessez-le-feu. Notre liberté de mouvement n’a
pas été limitée », a-t-il déclaré. Ce qui laisse l’option
de la violence toujours d’actualité. D’ailleurs, l’armée américaine
n’a affiché qu’un optimisme mesuré sur le désarmement des
miliciens chiites. « Il revient à la milice de prouver qu’elle
a rendu les armes et qu’elle respecte les termes de l’initiative
», a ainsi déclaré le porte-parole de la 1re division d’infanterie,
le lieutenant-colonel James Hutton. L’officier américain s’est
aussi abstenu de parler d’accord contraignant, se contentant
d’utiliser le terme « initiative ».
Parallèlement,
les tractations entamées il y a plusieurs semaines entre le
gouvernement iraqien et des représentants de Falloujah sur
un retour de la ville rebelle sous l’autorité de Bagdad, se
poursuivent. Elles auraient même avancé. « La délégation d’officiers
de la Brigade de Falloujah, présidée par Abdallah Al-Mehmedi,
(...) doit mettre au point les derniers détails d’une (éventuelle)
entente », a affirmé dimanche cheikh Abdel-Hamid Jaddou, l’un
des notables impliqués dans les tractations. Cependant, le
ministre d’Etat sans portefeuille chargé de la Sécurité, Kassem
Daoud, s’est borné à dire, lors d’une conférence de presse,
que « les contacts se poursuivent », tout en soulignant qu’«
il faut débarrasser les villes iraqiennes des terroristes
». D’autre part, un conseiller du premier ministre Iyad Allaoui
s’est toutefois dit optimiste sur la possibilité de les voir
déboucher sur une entente. Les habitants « doivent rendre
les armes. Les forces iraqiennes doivent revenir dans la ville
et les terroristes et les criminels doivent se soumettre à
la loi. Et s’ils l’acceptent, le gouvernement trouvera des
emplois pour les anciens soldats et les chômeurs et reconstruira
» la ville, a ainsi déclaré Imad Chibibi, tout en reconnaissant
la complexité de la situation, estimant que les groupes armés
pourraient rejeter une telle entente.
Les
points de désaccord concernent la composition d’une nouvelle
force de sécurité pour la ville et l’entrée ou non des troupes
américaines. Mais au cas où les discussions n’aboutisseraient
pas, Falloujah pourrait faire l’objet d’une offensive importante
comme celle menée par les Marines en avril dernier.
Malgré
ces différentes tentatives de maîtriser la situation sécuritaire,
la violence n’a pas reculé. Deux Iraqiens ont été tués et
18 autres blessés dans l’attentat suicide à la voiture piégée
perpétré lundi au passage d’un convoi militaire américain
à Mossoul (nord), selon des sources hospitalières. L’armée
américaine a de son côté affirmé qu’une voiture piégée conduite
par un kamikaze a explosé au passage du convoi dans le sud
de la ville, faisant des victimes parmi les civils et les
soldats, mais sans donner de détails. Peu auparavant, deux
Iraqiens ont été tués et trois autres blessés dans des échanges
de tirs entre hommes armés et Marines à Ramadi, alors que
deux soldats américains ont été tués et cinq autres blessés
dans une attaque à la roquette dans le sud de Bagdad. La veille,
le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, effectuait
une visite surprise dimanche à Bagdad, au cours de laquelle
il a rencontré le premier ministre iraqien Iyad Allaoui afin
de parler des élections prévues en janvier 2005, ainsi que
des questions de sécurité, après avoir eu une réunion avec
le commandant de l’armée américaine en Iraq, le général George
Casey, et l’ambassadeur des Etats-Unis, John Negroponte. Donald
Rumsfeld a mis en garde devant des Marines sur une base de
l’ouest du pays contre une recrudescence de la violence à
l’approche de ces scrutins. Sa visite a en effet été ponctuée
par deux attentats suicide à Bagdad qui ont été revendiqués
par l’ennemi public numéro un sur place des Etats-Unis, le
Jordanien Abou Moussab Al-Zarqaoui. Des hommes armés se réclamant
de ce groupe ont par ailleurs annoncé détenir un otage turc
en Iraq et menacé de le tuer dans trois jours si les forces
américaines ne libèrent pas les prisonniers iraqiens, dans
une vidéo diffusée lundi par la chaîne Al-Arabiya.
Le
moyen de mettre un terme à ces violences et la préparation
des élections iraqiennes seront les thèmes centraux de la
Conférence internationale sur l’Iraq, que l’Egypte accueillera
le 25 novembre prochain. « Le but de cette conférence est
d’aider le peuple iraqien sur les questions politiques, économiques
et sécuritaires (...) pour tenir les élections à la date prévue,
établir l’unité entre les différentes factions et obtenir
le retrait de toutes les forces étrangères d’Iraq » a déclaré
le porte-parole de la présidence égyptienne, Magued Abdel-Fattah.
Toutefois, l’ordre du jour de cette réunion reste un sujet
de débat, la France voulant un calendrier pour le retrait
des forces d’occupation de l’Iraq et la participation de la
résistance à la conférence.