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Galeries
. D’un lieu d’exposition
à l’autre, du centre-ville à Zamalek, au Caire, les prémices
de la nouvelle saison artistique se révèlent peu novatrices.
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| L’art
du statu quo |
Le
centre-ville est encore plus bouillonnant, mais garde
quand même ses vieilles habitudes. Des manifestations
étaient prévues le matin à l’Université contre l’occupation
soit de l’Iraq, soit de la Palestine. Des panneaux réclames
souhaitent la bienvenue aux membres de l’Union des journalistes
arabes regroupés au Caire pour débattre de la liberté
de la presse et de la démocratie, quelques jours après
la conférence du Parti National Démocrate (PND) où l’on
devait parler de réformes. Mais surtout les Cairotes préparent
leur Ramadan, s’approvisionnant en denrées alimentaires.
Parmi les immeubles coloniaux, les agences de voyages,
les banques, les passants, les taxis, s’insèrent de temps
en temps des galeries d’art. Un peu à l’écart, à l’abri,
mais aussi à l’image de tout ce qui se passe, elles viennent
pour la plupart de lancer une nouvelle saison artistique.
Celle-ci est en quelque sorte annoncée par des affiches
qui s’entassent à l’entrée de chacune pour indiquer les
événements d’actualité. Là aussi, on a l’impression que
plus ça change, plus c’est la même chose. Quasiment les
mêmes noms, les mêmes tendances reviennent à l’infini.
Comme si c’était une manière de dire qu’il y a une place
pour chacun, mais que chacun restera à sa place, le temps
ne permettant pas encore d’enclencher des mutations ou
de vives interactions. Toujours le spectre d’une acculturation
contrecarrée par un cloisonnement.
Vers
l’intersection des deux rues Talaat Harb et Al-Bostane,
le centre Goethe expose jusqu’au 21 octobre les œuvres
de jeunes artistes allemands et égyptiens (photo, art-vidéo
et installation). La ville dite moderne hante les trois
groupes d’artistes y exposant. L’un d’entre eux trace
son itinéraire, marquant sur chacune des photos le lieu
et la date de leurs rencontres nocturnes. Car ils se
regroupaient vers minuit pour discuter jusqu’à la percée
du jour. Les adresses mentionnées répondent chacune
à un moyen différent de s’exprimer à travers l’espace,
l’art et les médias. Le jeune Haïssam Nawar, l’un des
participants au travail d’art-vidéo, Une Autre dimension,
accueille les visiteurs expliquant leurs idées ayant
trait à la convivialité et la badauderie cairotes. Chacun
est épié par les autres. Un homme virtuel au torse nu
dort sur son lit. On pénètre dans sa chambre. On s’installe
à peine sur le pouf à proximité du lit qu’il commence
à nous parler, défendant son intimité. L’indiscrétion
et le conformisme de la société pèsent sur ces jeunes
artistes, avides de respirer et de se faire comprendre.
Car ils appartiennent à une contre-culture qui se manifeste
timidement, mais cherche quand même à s’imposer un jour
en tant qu’un style de vie comme cela s’est fait en
Europe, côtoyant la culture dite institutionnelle.
Rebroussant
chemin vers la galerie Machrabiya, la place Tahrir paraît
encore plus grande et plus impersonnelle. Au 8 rue Champollion,
se tient jusqu’au 14 octobre l’exposition de Mohamad
Abdel-Moneim, qui se situe dans l’entre-deux. Deux villes,
deux cultures, alors qu’elle s’intitule Time in Madrid.
Les acryliques criardes de ce peintre, qui expose pour
la troisième fois à Machrabiya, plongent souvent dans
la mythologie et le magique. Toutefois, elles confirment
aussi son positionnement entre deux générations qui
ne sont pas à comparer. Ses tableaux se démarquent des
performances audiovisuelles telles que présentées par
Moetaz Nasr et Chérine Al-Ansari, à la galerie Townhouse,
et des toiles classiques d’Hassan Soliman à la galerie
Doroub.
Pour
parvenir à cette dernière, il faut arpenter plusieurs
rues interdites aux voitures, sillonnées uniquement
par les blindés des forces de l’ordre. C’est le quartier
résidentiel de Garden City, celui de l’ambassade américaine.
La rue Amérique Latine, où se trouve la galerie, est
devenue une rue piétonnière depuis le 11 septembre 2001.
L’ambiance « paisible » va de pair avec le sujet de
l’exposition, qui s’étend jusqu’au 3 novembre. Hassan
Soliman y peint des oies du Fayoum, moyennant son jeu
d’éclairage habituel. La plupart des tableaux portant
la griffe de ce maître classique ont été vendus bien
avant le vernissage. Ce, en dépit de la banalité du
thème choisi.
Encore
plus loin, le quartier chic de Zamalek reflète l’opulence
d’une certaine bourgeoisie cairote. La galerie Safar
Khan expose jusqu’au 28 octobre les toiles de Zohra
Efflatoun (1936-1978), demi-sœur de l’incontournable
Inji Efflatoun à qui on expose 4 tableaux en tant qu’invitée
d’honneur. L’art dépouillé et concis de Zohra Efflatoun,
disciple de l’Alexandrin Seif Wanli, lui confère une
certaine élégance qui n’est pas sans plaire aux habitués
de la galerie.
La
balade prend fin du côté du Nil. La galerie Extra que
l’on avait dit en difficulté à un moment donné expose
jusqu’au 6 novembre les verreries de Walid Onsi, professeur-assistant
à la faculté des arts appliqués. La clientèle afflue
pour acheter ces pièces plutôt du genre décoratif. Dehors,
les amoureux se promènent bras dessus bras dessous,
au coin de la rue Montaza, peu soucieux d’une nouvelle
saison artistique amorcée ou d’une maigre et titubante
évolution politique et culturelle. A leurs yeux, peut-être
le jeu n’en vaut-il pas encore la chandelle .
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