Occupant
la petite galerie Métro de l’Opéra, une petite superficie, mais
une place de choix, l’exposition tenue dans le cadre du festival
L’Allemagne et l’Egypte se rencontrent (du 4 au 12 octobre)
a attiré un public de curieux et d’initiés, qui, de passage
à cet endroit, s’est arrêté pour fixer et admirer la sagacité
et la satire humaine des films d’animation allemands, modernes.
Ceux-ci étaient projetés sur un écran improvisé à la galerie
et leurs maquettes de préparation étaient accrochées aux murs.
« L’objectif de l’exposition est de mettre gratuitement cet
art à la disposition d’un public ordinaire et non d’élite pour
assurer un croisement des cultures allemande et égyptienne sans
sensibilisation préalable. Afin que chacun en tire une interprétation
propre », a souligné l’ambassadeur allemand au Caire, S.E. M.
Martin Kopler. Ces films d’animation s’inscrivaient dans une
démarche commune : provocation, réflexion, qui résume l’essence
de l’âme et de la civilisation allemandes. Ainsi, a-t-on trouvé
le film Hessi James de Johannes Weiland, sur un insecte protagoniste
qui s’arrête avec sa voiture à une station d’essence pour s’approvisionner.
Il engage le patron de la station dans une conversation ultra
accélérée qui le subjugue et finit par le tuer. Le fin mot de
la trame est qu’un discours peut entraîner la mort aussi rapidement
qu’un maniement maîtrisé d’armes, rendant ridicule le mythe
du cow-boy puissant. Aussi, Das Rad (Les Rochers), où des petits
amas de pierres figurant des humains qui voient pousser des
agglomérations où se nichent des habitants bruyants, des panneaux
de publicité et se répandre des appareils vrombisseurs, nous
convainc de l’inutilité d’une modernisation effrénée, puisque
les amas de pierres retournent vers le désert, revivre les temps
primitifs. D’autre part, The Message (Le Message), un dessin
animé de Raimund Krumme, parodie l’absence de communication
réelle entre les hommes qui s’échangent des messages sans signification.
Leurs gestes, leurs mimiques convulsives témoignent d’une apocalypse
contemporaine de la solitude irrémédiable. Dans une autre veine,
le film Endstation, Paradise (Terminal, Paradis) de Jan Thüring
nous entraîne dans l’aventure de rats dans des espaces lointains,
qui en reviennent déçus de ne pas avoir trouvé le paradis tant
recherché. Et enfin Harara (titre arabe signifiant Fièvre) d’Andy
Kaiser, invité d’honneur du festival, flatte notre imaginaire,
nous plongeant avec un archéologue dans une tombe pharaonique
à la recherche des secrets du IIIe millénaire. Ce dernier tombe
malade et sous l’effet d’hallucinations, il entreprend un voyage
intérieur où il se rend compte qu’en illuminant son for intérieur
il confère lumière, paix et sérénité à son entourage. Mais une
infirmière lui inocule un poison au lieu de le guérir. A la
vision de la corpulence et du visage effrayants de celle-ci,
une jeune écolière de huit ans s’est exclamée : « C’est Sharon
! ». Surpris et satisfait par cette réaction, Andy Kaiser a
commenté : « Je ne veux pas imposer des diktats au public, mais
montrer des images dont chacun peut en faire un usage positif,
les interpréter à sa façon, établir des connexions entre elles
et ses propres soucis, émois ou frayeurs ».
Finalement,
l’ensemble de ces films invitent à réfléchir et à prendre position
d’une façon critique face aux mythes familiers et aux croyances
classiques ou modernes pour se débarrasser des convictions naïves
et promouvoir une vigilance sceptique vis-à-vis des promesses
non fondées ou fallacieuses. « Cela prouve que notre jeune génération
est assez mûre pour prendre son destin en main, critiquer et
se débarrasser du joug du passé, afin de garantir un avenir
certain et pacifique à sa patrie », a expliqué Kaiser. Il est
content de discerner compréhension, intelligence et tact dans
le public qui a fréquenté l’exposition, différent de l’image
négative des Arabes que répand l’Amérique, et que la Foire actuelle
du livre de Francfort tente de corriger. Andy Kaiser a animé,
par ailleurs, un atelier de constitution de marionnettes durant
son séjour. « Je voudrais apprendre aux étudiants de l’art à
trouver librement le moyen d’exprimer ce qu’ils pensent quelles
que soient les difficultés et la pénurie de matières », a-t-il
souligné.