Le
prix du m3 d’eau passe de 13 à 23 pts, soit une augmentation
de 76,9 %. Cette décision d’élever les prix avait déjà été prise
de façon implicite au mois de juillet dernier, par le Holding
de l’eau et des égouts. Ce mois-ci, la décision devient explicite
et effective : les premières factures ont commencé à tomber.
Et les administrateurs du Holding de l’eau se défilent. « Nous
ne pouvons pas faire de commentaires sur cette décision. Nous
ne sommes pas mandatés pour le faire. Il faut s’adresser au
président de la société lui-même ». Mais M. le président, à
son tour, refuse de fournir la moindre explication.
Bien
que certains particuliers n’aient toujours pas reçu les factures
majorées (les factures d’eau sont bimensuelles), les bureaux
des plaintes du Holding de l’eau et des égouts sont déjà pris
d’assaut, car les taux d’augmentation entre les factures sont
tout simplement inégaux.
Cela
est dû au fait que désormais, le prix du m3 est divisé en trois
tranches. Les consommateurs devront payer 23 pts par m3 pour
les 20 premiers m3 d’eau, 25 pts/m3 pour les 40 m3 suivants.
Au-delà des 60 m3, le tarif sera de 35 pts, explique un fonctionnaire
qui a requis l’anonymat. Il ajoute : « Ces prix sont destinés
aux logements privés. Le m3 pour les magasins passe de 36 pts
à 70 pts. De plus, ces tarifications seront désormais mensuelles
». Selon l’ancienne tarification, les prix de l’eau étaient
répartis sur deux tranches seulement, 13 pts pour les 30 premiers
m3 et 16 pts pour les quantités qui dépassent les 30 m3. Autre
changement : la société prélèvera désormais 35 % au lieu de
20 % sur la facture pour les frais d’égouts.
Tous
les prétextes sont bons pour justifier cette hausse. La première
raison, explique un fonctionnaire qui veut garder l’anonymat,
est d’unifier le prix du m3 de l’eau dans toute l’Egypte. A
ce jour, le prix de l’eau au Caire était le plus bas. Lorsque
l’Organisme de l’eau et des égouts a changé de statut pour devenir
une société holding publique en avril 2004, il a été décidé
que le prix de l’eau devait être le même dans tout le pays.
La seconde raison avancée est la rationalisation de la consommation
d’eau.
En
réalité, la principale raison de cette hausse des prix est la
nécessité de couvrir l’énorme déficit du Holding de l’eau et
des égouts, estimé à 14 milliards de L.E. En augmentant les
prix de l’eau pour les consommateurs, la société essaye également
de couvrir les frais d’assainissement de l’eau qui sont de 43
pts par m3. Tout en sachant que « cette hausse ne couvre que
40 % des coûts d’assainissement de l’eau », explique le fonctionnaire.
Auparavant, l’Etat subventionnait jusqu’à 70 % le prix de vente
de l’eau.
«
Et cette subvention devrait être encore réduite », ajoute un
ex-fonctionnaire de l’Organisme de l’eau et des égouts. Cette
stratégie de hausse devrait se dérouler en trois phases. Après
cette première augmentation, qui ne couvre que 40 % du coût
de production, une seconde phase prévoit une autre hausse, encore
indéterminée, et qui est censée couvrir les frais de fonctionnement
et d’entretien des réseaux d’eau potable. La troisième phase
prévoit une augmentation pour couvrir les frais d’investissements
nécessaires au développement des canalisations sanitaires et
l’installation de nouvelles. Il est à noter que le montant nécessaire
pour l’installation des réseaux d’égouts est trois fois plus
élevé que celui des canalisations pour l’eau potable. Or, nombre
de quartiers de la capitale ne sont même pas canalisés.
La
colère des consommateurs est d’autant plus grande qu’en décidant
cette augmentation, le Holding de l’eau et des égouts n’a pas
respecté les engagements antérieurs du gouvernement, à savoir
de maintenir une subvention sur l’eau pour les habitants des
quartiers populaires dont les revenus sont limités. « Je vais
payer le double pour l’eau que je consomme alors que je suis
privée de canalisations d’eau dans ma maison. Pour me procurer
cette source vitale, je dois dérouler tous les soirs un tuyau
de 70 mètres », lance Hanane, qui habite à Fagallah.
Cette
semaine, la commission de l’Habitat de l’Assemblée du peuple
doit débattre de la question de l’augmentation du prix de l’eau.
« Ce sera l’occasion de comprendre les objectifs réels qui ont
motivé la décision du gouvernement et de discuter l’impact sur
le consommateur », explique l’ingénieur Ali Abdallah Mabrouk,
directeur adjoint de la commission de l’habitat.
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