Après
deux ans de ralentissement, l’économie mondiale a enregistré
en 2003 une croissance de 2,6 %, qui devrait accélérer pour
atteindre 3,8 % en 2004, annonce dans son dernier rapport la
Commission des Nations-Unies pour le Commerce et le Développement
(CNUCED). La reprise est essentiellement due à l’économie des
Etats-Unis et à la persistance d’une croissance rapide en Asie
de l’Est et du Sud. Pour certains, elle marque le début d’une
longue période de croissance, qui profitera tant aux pays développés
qu’aux pays en voie de développement. Toutefois, d’après la
CNUCED, les déséquilibres de l’économie mondiale et les incertitudes
quant à l’évolution des cours du pétrole, des taux de change
et de la prospérité relative des Etats-Unis sont autant de raisons
d’en douter.
La
relance budgétaire exceptionnellement forte et l’abaissement
des taux d’intérêt à leur niveau le plus bas depuis 50 ans ont
aidé l’économie des Etats-Unis à sortir de la récente phase
de ralentissement. L’Europe a ainsi bénéficié de la récente
reprise de l’économie américaine, malgré l’appréciation de l’euro
par rapport au dollar. Les deux plus grandes puissances économiques
d’Asie, à savoir la Chine et l’Inde, ont, elles, continué d’enregistrer
des taux de croissance rapides de respectivement 9,1 % et 7,4
%, ce qui a eu des retombées considérables à l’échelle internationale
et en particulier régionale.
La
croissance enregistrée l’année dernière dans les pays en voie
de développement (4,5 %) et les pays en transition (5,9 %) a
été plus rapide que celle des pays développés (2,0 %). La croissance
des revenus, comme le montre le rapport, reste néanmoins très
inégalement répartie entre les pays en développement puisqu’elle
se concentre en Asie du Sud-Est avec un taux de croissance de
6,0 % en 2003. Depuis le deuxième semestre 2003, la croissance
de la production a également redémarré en Amérique latine, après
une période de deux ans au cours de laquelle le revenu par habitant
n’a cessé de baisser. Cette évolution tient essentiellement
à la vigueur de la reprise en Argentine (8,8 %), où le PIB avait
diminué de près de 18 % depuis 1998. Les bienfaits de la reprise
économique mondiale se sont moins fait sentir en Afrique que
dans d’autres régions en développement, bien que l’Afrique du
Nord ait connu une forte croissance, due principalement à la
hausse des prix du pétrole et à la relance du tourisme. Le revenu
par habitant, en revanche, continue de stagner dans la plupart
des pays d’Afrique subsaharienne, où la pauvreté et la détresse
sociale frappent amplement la population.
En
2003 et pendant le premier semestre 2004, le commerce mondial
a connu une forte expansion. Celle du commerce a été stimulée
par la reprise aux Etats-Unis. Le rapport indique néanmoins
que les pays en développement et les pays en transition ont
joué un rôle plus déterminant encore : en 2002 et 2003, ils
ont représenté près des trois quarts de l’augmentation du volume
des exportations et 60 % de l’accroissement du volume des importations.
Cela reflète la délocalisation croissante de la production manufacturière
ainsi que l’évolution de la demande au niveau international.
Selon
le Rapport sur le commerce et le développement, les prévisions
globalement optimistes et l’espoir que la reprise se prolongera
au-delà de 2004 pourraient néanmoins s’avérer irréalistes dans
la mesure où l’évolution des cours du pétrole et leur impact
sur la croissance sont incertains. La hausse des cours du pétrole
accroît les revenus des exportateurs de pétrole mais nuit généralement
à la croissance des pays importateurs de pétrole, en particulier
lorsqu’il s’agit de pays en voie de développement.
La
dépréciation de la monnaie est une stratégie adoptée par beaucoup
de pays pour relancer leurs exportations. Le rapport indique,
néanmoins, que les dépréciations fortes dans un pays pénalisent
fortement le commerce extérieur d’autres pays. Les tentatives
de nombreux Etats visant à maintenir leur monnaie à un taux
sous-évalué peuvent aboutir à une course vers le bas —c’est-à-dire
à des dévaluations compétitives — qui serait catastrophique
pour l’économie mondiale. Pour l’éviter, la CNUCED suggère que,
étant donné que les politiques de taux de change ont la même
portée internationale que les politiques commerciales, des accords
monétaires multilatéraux ou mondiaux semblables à ceux du système
commercial multilatéral soient conclus. |