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Education . Le ministère vient de décider de soumettre les élèves à un contrôle continu pour éviter aux élèves le stress des examens, et mettre fin au règne du bachotage. Surpris par cette décision brutale, les parents sont choqués et sceptiques.

Tête bien faite contre tête bien pleine

« Nous en avons assez de voir nos enfants être traités comme des cobayes. Chaque année apporte son lot de catastrophes, soi-disant dans l'intérêt des élèves », se plaint Hamdi, père de trois enfants scolarisés dans différents cycles. Ce chef de famille ainsi que des milliers de parents ne parviennent pas à saisir l'intérêt de telles décisions. Au cours des dix dernières années, ce ministère n'a pas cessé « d'innover » laissant perplexes enseignants, parents et élèves. « En 1996, le ministre de l'Education décide d'annuler les travaux d'année qui entrent en compte dans les moyennes annuelles. Deux ans plus tard, il revient sur sa décision. En 1991, il supprime la sixième primaire, puis l'impose de nouveau en 1998 et annule les examens de mi-année de la cinquième primaire, après 15 ans d'application », poursuit Hamdi, tout en ajoutant que pour le bac, c'est encore une autre histoire. Après que le ministre eut déclaré en 1996 que la préparation du baccalauréat se ferait sur deux ans, le voilà en train d'étudier la possibilité de le déployer sur trois ans. Sans oublier le tahsine (amélioration des résultats du bac) qu'il a instauré en 1998 et a supprimé en 2000.

Cette année et à la surprise des élèves du cycle primaire plus « chanceux » que d'autres, le scénario du ministère de l'Education se répète. Et il n'est pas nécessairement le dernier : la toute récente décision stipule que les élèves seront soumis à un contrôle continu tout au long de l'année scolaire et que leur réussite ne dépendra plus uniquement du résultat des examens de fin d'année. Cette expérience est menée actuellement sur 30 % des élèves du cycle primaire et a pour objectif d'éviter le stress des examens et de leur offrir du temps pour développer leur créativité. Selon Ibtissam Békir, responsable à la direction de l'enseignement et de l'éducation à Guiza, le nouveau système d'évaluation de l'élève prend en considération certaines normes. Autrement dit, les notes seront réparties de la sorte : 50% pour la participation en classe, les interrogations écrites et orales et les devoirs corrigés, etc., 10 % pour les activités non programmées (enquête, résumé d'un conte, séances de peinture et de musique), 10 % pour la conduite et la présence en classe, alors que les 30 % restants seront consacrés aux examens écrits de mi-année et de fin d'année.

Bref, finie la panique des examens vu que l'élève pourra réussir tout en ayant des notes moyennes à l'examen. « Notre vision stéréotypée de l'examen doit changer. Et cela ne se fera pas sans modifier le système éducatif actuel basé sur un principe insensé qui est d'apprendre par cœur. Les examens actuels ne mesurent pas l'intelligence de l'élève », déplore Ibtissam. En effet, une fois les leçons potassées, l'élève recrache sur du papier toutes les informations apprises par cœur. « N'est-il pas préférable de former une tête intelligente plutôt qu'une tête bien pleine, en évaluant l'élève tout au long de l'année, plutôt que de le faire en deux jours pour un examen dont dépendent 80 % des notes », ajoute-t-elle, en précisant que l'élève passe 80 jours d'examens en 7 mois de scolarité. Une moyenne de 3 à 10 jours par mois, pendant lesquels l'état d'alerte est instauré dans les foyers égyptiens qui se transforment en véritables casernes.


Finie l'angoisse des examens

Ainsi parents et élèves sont braqués sur les révisions et vivent des moments d'angoisse jusqu'à la fin des examens. Soliman Al-Khodari, président du Centre national des examens, pense que le changement du système éducatif doit commencer dès le cycle primaire pour donner de bons résultats. « Il faut laisser l'élève de première année primaire vivre son enfance, s'amuser et développer sa créativité grâce à des activités telles que le dessin, le découpage et le collage d'images ou de formes géométriques. Ces initiations sont considérées comme étant les principes éducatifs du premier cycle tout autant que l'écriture », poursuit-il. C'est la raison pour laquelle le ministère a choisi d'expérimenter ce système sur 30 % des élèves des écoles primaires. Si l'expérience est probante, elle sera appliquée et généralisée à toutes les écoles. Ce système est déjà en vigueur dans les pays européens, mais conviendra-t-il à l'Egypte ?

C'est le cours d'anglais dans une des écoles expérimentales. Une cinquantaine d'élèves de la quatrième primaire écoutent attentivement le professeur. Ce dernier fait une course contre la montre pour transmettre le maximum d'informations, car il ne reste qu'une quinzaine de jours pour passer les examens de mi-année. Soudain on frappe à la porte et un surveillant remet une note à l'enseignant, qui à son tour la transmet à ses élèves en rédigeant son contenu sur le tableau. Ce communiqué porte sur le nouveau système de notation. Un bulletin qui a paniqué non seulement les élèves et leurs parents, mais aussi perturbé le personnel enseignant qui ne sait pas comment évaluer ses élèves et porter des appréciations sur les trois mois de scolarité déjà terminés. « Depuis la publication de ce communiqué, les parents d'élèves ne cessent de venir pour s'informer sur ce nouveau système », explique Ahmad Hamdi, enseignant, tout en ajoutant que les élèves sont inquiets et leurs parents encore plus, car ils ne parviennent pas à comprendre comment leurs enfants seront évalués. Un problème auquel sont affrontés surtout les élèves de troisième primaire.


Les professeurs jugés trop subjectifs

Beaucoup de parents s'opposent à cette décision qu'ils trouvent injuste et risque d'encourager le piston. « C'est une modification dans le système des examens et non pas une réforme. En fait, l'idée est excellente, mais ne convient pas pour le moment à notre pays, car les appréciations seront subjectives vu que la plupart des enseignants manquent de conscience professionnelle, ce qui va aggraver le phénomène des cours particuliers », explique Walid Mékkawi, ingénieur et père d'un garçon en cycle préparatoire.

« Jusqu'à quand nos enfants vont-ils subir les changements continus des décisions ministérielles ? N'est-il pas plus sensé d'informer au préalable les élèves et les parents avant de promulguer une telle décision ? », déplore Salwa, fonctionnaire dans un hôpital et mère de Mona, en classe de troisième primaire. Elle souligne que sa fille risque d'avoir de mauvaises appréciations étant donné qu'en début d'année, elle s'est beaucoup absentée, mais elle projetait de se rattraper au moment des examens de mi-année et de fin d'année. Mona n'est d'ailleurs pas la seule à procéder de la sorte, plusieurs élèves n'étudient qu'à la veille des examens.

« Il n'y aura plus de différence entre les studieux et les cancres. Tous seront égaux. Et pourquoi pas, puisque les enseignants sont toujours en position de force. Ils jugent le niveau de leurs élèves en portant des appréciations selon leur gré », explique Nadia, femme au foyer, paniquée pour sa fille, une excellente élève en deuxième année préparatoire et qui sera forcée de prendre des cours particuliers pour faire comme les autres.

Et si ce système pourrait convenir aux écoles privées, il serait difficile de l'appliquer dans les établissements publics où les classes sont surchargées, dépassant parfois la soixantaine d'élèves.

Pourtant, les responsables du ministère de l'Education sont plutôt optimistes quant à cette nouvelle expérience. Selon eux, 1 800 enseignants ont suivi des stages cette année. Une formation qui est censée leur permettre d'être plus à l'écoute des besoins des élèves. Par conséquent, les élèves seront plus organisés et les parents pourront suivre le niveau de leurs enfants. « Chaque élève a un carnet d'évaluation sur lequel un groupe d'enseignants portera ses appréciations en conseil de classe. Autrement dit l'absentéisme de l'élève sera communiqué par le surveillant général, et plusieurs enseignants noteront les différentes activités, etc. Ainsi, les ne viendront-elles pas uniquement d'un seul professeur », explique Ibtissam Békir, en soulignant que l'élève sera plus attaché à son école, grâce aux nouvelles activités. Cela devrait ainsi diminuer l'absentéisme. Même si les élèves ont déjà des idées pour déjouer ce système. « Il me suffira de payer 50 piastres pour chaque jour d'absence, et j'aurai un état d'absentéisme vierge » assure Sameh, élève en cinquième primaire, jamais à cours d'idées pour contourner chaque nouvelle décision ministérielle.

Chahinaz Gheith
 

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