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Dans
ces poèmes extraits du recueil, le poète égyptien Mohamad
Adam explore les thèmes de
l'amour et de la solitude du poète. |
Sculpture
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Quels
que soient tes gestes et impudeurs
Tes mots s'élèvent de la
bouche de la terre; Ton
corps S'incline sur la
ténèbre avec douceur Et,
alors que la nuit s'arrête devant ta forêt tropicale,
tu retires ton gant blanc et le jettes à
la face de l'après-midi hostile qui devient
plus blanc que le jour lui-même Quels
que soient tes gestes et impudeurs tes
mots s'élèvent de la bouche de la terre Le
temps tissé avec soin étend sa soie fleurie à tes pieds
dans le vide du corps même
par dessous la pression du brûlant
désir. Dans ce temps
- doucement - exténué sur le siège vacant de l'éternité,
quand ton ruisseau débordant flâne
en cet instant d'obscurité
et sur la vitre de ta fenêtre éclairée
de nuit, je te vois Montre
alors le verre de tes yeux couleur de miel habillés
de tous les biens de la nature Toi
plus dense que la nature
elle-même et aussi plus
sage que le monde, avec
une douceur infinie, tu
tiens un morceau de lune que tu fais balancer sur les marches
souples de
ton corps Je sais :
tu excelles dans un seul jeu, repris
sans cesse: le pur amour
de ce monde. Me voici
grimper ta haute montagne avec douceur Pour
que pas un seul caillou ne tombe sur la terre. Ensemble
d'un petit angle celui
de l'âme en décombres Nous
aurons peut-être une vue sur les contrées de ce monde,
sur ses impudeurs aussi Et
ferons, ensemble, de la route généreuse de la solitude notre
lit Et nous dormirons
nus de tout sauf de l'herbe Peut-être
Roulerons-nous les étoiles sous
nos couvertures menacées
d'usure et dormirons
nus telles deux planètes Ô
toi qui soutiens la solitude de mon âme avec une force divine |
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Témoin
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| Hier
Nous l'avons enterré
Et dit en prières les milliers
de souvenirs scabreux
Ceux qu'il a laissés comme un
péché manifeste
Et nous avons entassé sur lui
les pierres.
Nous ne pouvions guère faire plus,
combien l'avions-nous voulu
Sur la dernière plaque tombale
nous avons écrit ces mots :
Ici repose le chien fils de chien,
untel.
Dans sa vie il a anéanti dix femmes
au moins,
presque un ruisseau de mauvais
vin
quelques bouteilles de brandy
frelaté
- celui ayant provoqué la
cécité d'un poète des années soixante-dix
Et l'équivalent d'une pharmacie
complète
en comprimés d'aspirine
et en valium
Cela sans compter les années complètes
qu'il a dépensées
A défendre le poème en prose
la lutte des classes
la lutte du tiers-monde
le fondamentalisme
l'ordre économique mondial
la sexualité dans le patrimoine
arabe
Il s'est permis de pisser sur
notre époque
Car il était érudit en matière
de provocation
et le maître sans rival des contradictions
Par trois fois
Il avait insisté pour qu'on brûle
son cadavre
— il l'a roué de coups de
pied pour qu'il perde conscience —
au lieu de l'enterrer dans le
cimetière de la charité,
comme il l'a recommandé finalement
dans son dernier testament
Monsieur le chien fils de chien,
Sans doute ris-tu à présent en
ta dernière demeure
Même si nous séparent les barrières
la terre
et la mort
ainsi que les milliers de souvenirs
scabreux. |
Solitude
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Tu
es seul
et le monde est exilé
Que fais-tu dans cette maison ?
Tu donnes à tes hantises à se
déverser les murs
tu poursuis les chats en céramique
enflammés
tu ouvres pour ta mémoire un soleil
tu fraternises avec le vent
tu te pares d'une lance
et tu pourchasses ton désespoir
Tu arroses les étoiles d'eau avec
des tuyaux de sérum
et tu te remémores le visage d'une
femme morte au temps du
choléra
Tu es seul
et le monde est exilé
Combien ce monde est abject !
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Fleur
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Tu seras
comme une fleur
et je t'aimerai plus
Plus qu'en tout autre moment
plus que n'importe quoi
plus que tout
Je te découvrirai un nom à ton image
qui te correspondra
toi, perle formée loin de la mer.
Je te découvrirai un nom qui conviendrait
plus à toi qu'à la réalité de l'être
et sa solitude
Je t'inscrirai sur la rosée
là-bas.
Et au fond, entre les racines que
nous aimons profondément,
et qui s'épanouissent dans la solitude
je labourerai pour toi la terre
aux couches profondes,
et fleurie
tout comme ton corps. |
Opacité
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Le temps
n'a rien
sur quoi ordonner son rythme
autre que ton souffle ininterrompu.
Ton corps
s'aventure programme complote mais
ne fléchit jamais
Ah ! Ton idée est inaccessible
au soleil. |
Traduction
de Mohamed Sehaba |
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| Mohamad
Adam
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| Né en 1954
à Ménoufiya, Mohamad Adam est diplômé de la faculté des lettres
de l'Université d’Aïn-Chams. Il a publié plusieurs recueils
de poèmes, notamment Le Labyrinthe du corps (Matahat
al-gassad, 1988, Dar Al-Ghad), Le Chant d'Adam
(Nachid Adam, 2003, Dar Beyrouth), Pierres
et diamants (Hagar wa mas, 2002, Hayet al-kitab),
Ainsi sur la réalité de l'être et de sa solitude aussi
(Hakaza an haqiqet al-kain wa uzlatuhu aydan, 1995)
à frais d'auteur. Des extraits de ces poèmes ont été traduits
vers l'anglais et publié chez Hayat al-kitab en 2003.
Il a reçu le prix Cavafis en 1995.
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