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Dans ces poèmes extraits du recueil, le poète égyptien Mohamad Adam explore les thèmes de l'amour et de la solitude du poète.
Sculpture 2
Quels que soient tes gestes et impudeurs
Tes mots s'élèvent de la bouche de la terre;
Ton corps
S'incline sur la ténèbre avec douceur
Et, alors que la nuit s'arrête devant ta forêt
tropicale, tu retires ton gant blanc et le jettes
à la face de l'après-midi hostile qui
devient plus blanc que le jour lui-même
Quels que soient tes gestes et impudeurs
tes mots s'élèvent de la bouche de la terre
Le temps tissé avec soin étend sa soie fleurie à tes pieds
dans le vide du corps même
par dessous la pression du brûlant désir.
Dans ce temps - doucement - exténué sur le siège vacant de l'éternité,
quand ton ruisseau débordant flâne
en cet instant d'obscurité
et sur la vitre de ta fenêtre éclairée de nuit, je te vois
Montre alors le verre de tes yeux couleur de miel
habillés de tous les biens de la nature
Toi
plus dense que la nature elle-même
et aussi plus sage que le monde,
avec une douceur infinie,
tu tiens un morceau de lune que tu fais balancer sur les marches
souples
de ton corps
Je sais :
tu excelles dans un seul jeu, repris sans cesse:
le pur amour de ce monde.
Me voici grimper ta haute montagne avec douceur
Pour que pas un seul caillou ne tombe sur la terre.
Ensemble
d'un petit angle
celui de l'âme en décombres
Nous aurons peut-être une vue sur les contrées de ce monde, sur ses impudeurs aussi
Et ferons, ensemble, de la route généreuse de la solitude notre lit
Et nous dormirons nus de tout sauf de l'herbe
Peut-être
Roulerons-nous les étoiles sous nos couvertures menacées d'usure
et dormirons nus telles deux planètes
Ô toi qui soutiens la solitude de mon âme avec une force divine


Témoin
 

Hier
Nous l'avons enterré
Et dit en prières les milliers de souvenirs scabreux
Ceux qu'il a laissés comme un péché manifeste
Et nous avons entassé sur lui les pierres.
Nous ne pouvions guère faire plus, combien l'avions-nous voulu
Sur la dernière plaque tombale
nous avons écrit ces mots :
Ici repose le chien fils de chien, untel.
Dans sa vie il a anéanti dix femmes au moins,
presque un ruisseau de mauvais vin
quelques bouteilles de brandy frelaté
- celui ayant provoqué la cécité d'un poète des années soixante-dix
Et l'équivalent d'une pharmacie complète
en comprimés d'aspirine
et en valium
Cela sans compter les années complètes qu'il a dépensées
A défendre le poème en prose
la lutte des classes
la lutte du tiers-monde
le fondamentalisme
l'ordre économique mondial
la sexualité dans le patrimoine arabe
Il s'est permis de pisser sur notre époque
Car il était érudit en matière de provocation
et le maître sans rival des contradictions
Par trois fois
Il avait insisté pour qu'on brûle son cadavre
— il l'a roué de coups de pied pour qu'il perde conscience —
au lieu de l'enterrer dans le cimetière de la charité,
comme il l'a recommandé finalement dans son dernier testament
Monsieur le chien fils de chien,
Sans doute ris-tu à présent en ta dernière demeure
Même si nous séparent les barrières
la terre
et la mort
ainsi que les milliers de souvenirs scabreux.


 Solitude
Tu es seul
et le monde est exilé
Que fais-tu dans cette maison ?

Tu donnes à tes hantises à se déverser les murs
tu poursuis les chats en céramique enflammés
tu ouvres pour ta mémoire un soleil
tu fraternises avec le vent
tu te pares d'une lance
et tu pourchasses ton désespoir
Tu arroses les étoiles d'eau avec des tuyaux de sérum
et tu te remémores le visage d'une femme morte au temps du choléra
Tu es seul
et le monde est exilé
Combien ce monde est abject !
 
Fleur
Tu seras comme une fleur
et je t'aimerai plus
Plus qu'en tout autre moment
plus que n'importe quoi
plus que tout
Je te découvrirai un nom à ton image
qui te correspondra
toi, perle formée loin de la mer.
Je te découvrirai un nom qui conviendrait plus à toi qu'à la réalité de l'être et sa solitude
Je t'inscrirai sur la rosée
là-bas.
Et au fond, entre les racines que nous aimons profondément,
et qui s'épanouissent dans la solitude
je labourerai pour toi la terre aux couches profondes,
et fleurie
tout comme ton corps.

Opacité
Le temps n'a rien
sur quoi ordonner son rythme
autre que ton souffle ininterrompu.
Ton corps
s'aventure programme complote mais
ne fléchit jamais
Ah ! Ton idée est inaccessible au soleil.
Traduction de Mohamed Sehaba

Mohamad Adam

Né en 1954 à Ménoufiya, Mohamad Adam est diplômé de la faculté des lettres de l'Université d’Aïn-Chams. Il a publié plusieurs recueils de poèmes, notamment Le Labyrinthe du corps (Matahat al-gassad, 1988, Dar Al-Ghad), Le Chant d'Adam (Nachid Adam, 2003, Dar Beyrouth), Pierres et diamants (Hagar wa mas, 2002, Hayet al-kitab), Ainsi sur la réalité de l'être et de sa solitude aussi (Hakaza an haqiqet al-kain wa uzlatuhu aydan, 1995) à frais d'auteur. Des extraits de ces poèmes ont été traduits vers l'anglais et publié chez Hayat al-kitab en 2003. Il a reçu le prix Cavafis en 1995.
 

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