Al-Ahram
Hebdo : Quelles sont les conséquences prévisibles
de la capture de Saddam Hussein ?
Abdel-Aziz
Al-Hakim : C'est un événement important pour tous les
Iraqiens qui ont exprimé leur joie et continuent à le faire,
étant heureux de voir la fin de ce despote qui a toujours
représenté un cauchemar pour le peuple à cause des crimes
commis par son régime contre le peuple. Il a même causé du
tort à des peuples arabes voisins et a constitué un danger
pour le monde entier. Saddam est un criminel qui a commis
des crimes contre l'humanité et a entraîné l'Iraq dans des
guerres continues depuis son accession au pouvoir. Il a même
été derrière les opérations terroristes qui sont commises
aujourd'hui en Iraq.
Quand
certains membres du Conseil de gouvernement provisoire l'ont
rencontré après sa capture, il a tenté de justifier ses crimes
et les fosses communes qui ont été découvertes en Iraq, en
disant que ce sont des militaires qui ont failli à leurs responsabilités
ou des hommes de religion qui étaient en intelligence avec
l'Iran, et qu'il a qualifiés de traîtres. Malheureusement,
il n'a pas de regret pour ses crimes et reste criminel.
— Vous
ne considérez donc pas les opérations militaires menées contre
les forces d'occupation comme des actes de résistance ...
— Oui,
ce n'est pas de la résistance. Ces opérations détruisent des
centrales électriques, des centres de purification d'eau et
des puits de pétrole. Tous ces biens appartiennent au peuple
iraqien. C'est donc du sabotage. Et Saddam était derrière
les attentats commis contre les sièges de l'Onu et de la Croix-Rouge
à Bagdad. L'objectif était d'empêcher les aides de parvenir
au peuple. Il est aussi responsable d'opérations terroristes
commises contre la police iraqienne qui tentait de faire régner
la sécurité à l'intérieur des villes. Son arrestation peut
donc constituer un des facteurs qui peuvent aider à mettre
fin à ces opérations terroristes. Quant à l'occupation dont
vous parlez, Saddam en est aussi la cause puisque c'est lui
qui a provoqué les guerres consécutives qui ont finalement
apporté l'occupation actuelle. Il est derrière la souffrance
que vit le peuple iraqien tous les jours.
— De
quelle manière le Conseil de gouvernement provisoire compte
juger Saddam Hussein ? Accepteriez-vous qu'il soit traduit
devant une cour internationale pour garantir la neutralité
du jugement ?
— Nous
avons récemment annoncé la formation d'une cour spéciale pour
juger les responsables de crimes de guerre et de crimes contre
l'humanité. Le règlement de cette cour a été approuvé de façon
à respecter les normes internationales. Il est donc prévu
que Saddam soit présenté à cette cour pour être jugé pour
les crimes qu'il a commis contre son pays, son peuple et les
peuples arabes et islamiques.
— Mais
pensez-vous que cette cour en Iraq sera équitable, d'autant
plus que le président George W. Bush, dont les troupes occupent
le pays, a réclamé la peine capitale pour Saddam ?
— C'est
le peuple iraqien qui jugera ce criminel et j'assure que la
justice iraqienne est tout à fait intègre. Il est vrai que
les Américains nous ont aidés à en finir avec ce despote mais
c'est le peuple iraqien qui en a souffert. C'est son problème.
C'est donc lui qui a droit à ce jugement.
— Accepteriez-vous
qu'il soit condamné à mort comme le réclame le président Bush ?
— Je
ne peux rien assurer puisque nous ne sommes pas juges. Ce
sont ces derniers qui jouissent d'un haut niveau d'expérience
et de compétence juridiques qui statueront si Saddam mérite
la peine de mort ou la prison à vie. La décision n'est donc
pas entre nos mains mais j'espère que la cour prendra en considération
les crimes commis par Saddam et les souffrances endurées par
les Iraqiens.
—
Pensez-vous que les Etats-Unis vont respecter leur promesse
de transférer le pouvoir aux Iraqiens aux dates prévues ?
— Nous
tenons à ce que l'Iraq soit dirigé par les Iraqiens et que
le pouvoir leur soit transféré. Les Etats-Unis nous l'ont
promis. Un processus politique est en cours. Il doit aboutir
à un transfert démocratique du pouvoir, basé sur des élections
libres. Le but étant de sauvegarder l'intégrité territoriale
de l'Iraq et la souveraineté du peuple et de l'Etat. Le monde
entier va assister à la naissance d'un exemple arabe unique
basé sur la liberté, la prospérité et la justice. Nous disons
maintenant au peuple iraqien que l'époque du despotisme est
révolue. Maintenant, le peuple entier, et non une seule famille,
va devoir profiter de la richesse pétrolière. Il y aura une
démocratie réelle et chacun pourra s'exprimer en toute liberté
sans avoir peur de persécution ou d’emprisonnement.
—
Comment voyez-vous les relations avec le monde arabe en
général et l'Egypte en particulier dans l'avenir ?
— Nous
tenons à fonder des relations d'amitié et de bon voisinage
avec tous les pays arabes et l'Egypte en particulier. Nous
avons effectué des visites dans bon nombre de pays arabes
et nous nous sommes mis d'accord pour fonder une coopération
fructueuse par l'intermédiaire d'accords économiques, monétaires
et sécuritaires. Ceci aidera à corriger les erreurs de Saddam
et de son régime, responsables des impacts négatifs qu'ont
subis les économies de nombreux Etats arabes.
— Vous
avez récemment dirigé une délégation du Conseil de gouvernement
provisoire qui s'est rendue dans plusieurs pays européens
pour réclamer son aide dans le processus de transfert du pouvoir
aux Iraqiens. La France, qui était opposée à la guerre contre
l'Iraq, figurait parmi ces pays. Avez-vous décelé un changement
dans sa position ?
— La
France est connue pour ses relations étroites avec les Arabes.
Pour ce qui de cette crise, la France avait pris une position
qu'elle considérait en faveur du peuple iraqien. Elle estimait
que le peuple iraqien a souffert de guerres successives et
ne peut en supporter une autre. C'est une position qui se
justifie par de bonnes intentions. Quant aux relations précédentes
entre l'Iraq et la France, elles ont été rompues dès l'occupation
iraqienne du Koweït en 1990. Les Français ont alors découvert
les mauvaises intentions de Saddam qui ne respecte pas les
relations de bon voisinage. C'est pour cela que la France
a participé à la guerre de libération du Koweït. Je ne pense
pas que la France a pour un seul jour appuyé ce dictateur
après avoir vu les crimes qu'il a commis contre son peuple
et contre les Kurdes, massacrés par des armes chimiques. Nous
n'intervenons pas dans les affaires françaises, chaque Etat
a ses intérêts et ses points de vue et je sais que la France
est du côté du peuple iraqien.
Durant
notre visite, les responsables français, le président Jacques
Chirac en tête, ont clairement exposé ce que la France pouvait
faire dans le processus de reconstruction de l'Iraq. Ils ont
également assuré que Paris était prêt à réduire les dettes
iraqiennes.