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Un
duo d'enfer, Chazli et Moustapha
Riyad ont fait la gloire de l'équipe
Al-Tersana dans les années 1960, et porté le onze national
égyptien au sommet. Deux jeux, deux styles, et deux tempéraments
différents, gravés à jamais dans la mémoire du football égyptien,
grâce à leurs buts d'anthologie. |
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Le
coup de canon |
« Le
canonnier » ou « le coup de canon de
l'après-midi » ... Chazli se présente ainsi.
Il a l'esprit bien ordonné. Un véritable dossier de presse
qu'il présente de manière très professionnelle. Redevenu
directeur technique de son équipe Tersana (Arsenal),
il sait faire valoir ses atouts. Ces dénominations expriment
son point fort lorsqu'il était joueur et faisait trembler
les gardiens de but. Ses buts étaient de véritables tirs
de canon. Arrivé près de la surface de réparation, si
l'inspiration lui venait, il décochait un véritable boulet
et le ballon se retrouvait dans les filets avant que le
gardien ne puisse réagir. Telle était de manière schématique
sa façon de marquer. D'où ce titre de « coup de
canon de l'après-midi », il lui a été attribué
par un journaliste d'Al-Akhbar, Galil Al-Bendari.
« C'est parce que les matchs à l'époque commençaient
à 15h00 », explique-t-il.
Y
a-t-il exagération dans cette présentation ? Chazli
parle sérieusement. Ce qu'il a à dire, il l'a préparé.
Et d'ailleurs à parcourir son bilan, on voit bien qu'il
mérite bien ces appellations et cette notoriété dont les
échos ne se sont pas tues une trentaine d'années après
qu'il eut raccroché. Un tableau de chasse impressionnant
et difficile à égaler : 176 buts en championnat dont
34 lors de la saison 1974. Le deuxième buteur d'une seule
édition de la CAN, 12 buts après Laurent Poucou (Côte-d'Ivoire)
et Rachidi Yekini (Nigeria).
Tout
compte fait et à l'exemple de son compère le renard Moustapha
Riad, la plus grande originalité réside dans le fait qu'ils
appartiennent à Tersana. Ce club corporatif n'a jamais
pu avoir la célébrité des deux barons du football égyptien
Ahli et Zamalek qui ont toujours eu le monopole
des supers stars toujours adulées, ni même le public peu
nombreux, mais très fervent des clubs de cité comme Ismaïli
et l'Ittihad d'Alexandrie. Il a toujours semblé
à la traîne. Certes, on compte des footballeurs talentueux
dans ses rangs, mais Chazli et Riyad ont fait exception
de par leur façon de jouer et aussi de par cette célébrité
et aura qui a dépassé largement le cadre du petit club.
Chazli
possède ce que les analystes sportifs et même les psychanalystes
appellent « l'instinct de mort ». Le
coup de grâce donné par un joueur à son adversaire, la
volée pour le tennis par exemple. Difficile à l'expliquer.
Chazli dit que la technique du tir vient au départ d'un
talent qu'il ne s'explique pas. « C'est une disposition ».
Mais en vrai professionnel, il dit qu'il faut toujours
la perfectionner par d'autres aptitudes. « Un
bon tireur peut toujours faire l'objet d'un marquage serré.
Pour se dégager, il doit améliorer sa manière de dribbler.
Il faut qu'il ait beaucoup de choix. Marquer de la tête
lorsqu'il le faut. Chaque saison doit être marquée par
du nouveau ».
Il
n'oublie pas que le football est un sport d'équipe, les
autres sont là pour lui donner la latitude de tirer, de
se trouver dans la position permettant de tromper la vigilance
des adversaires et secouer leurs filets. Il en parle calmement,
avec le recul que lui permet ces longues années où il
a travaillé comme un entraîneur, en Egypte et dans les
pays arabes. Une carrière qu'il a prise au sérieux. Mais
le flegme nouveau cache mal la passion, son caractère
de joueur agressif. « Ma génération était douée,
j'étais en lice pour le titre de meilleur buteur avec
Moustapha Riyad. Badawi Abdel-Fattah lui aussi était très
doué. Cela lui donnait la chance de pouvoir marquer. Les
défenseurs ne pouvaient pas me mettre sous leur éteignoir ».
Il reste qu'avec tous ceci, l'instinct est primordial.
Cela arrive comme ça. Pas au pif, mais sous une inspiration
subite. « Il faut suivre cette inspiration. Un
dixième de seconde d'hésitation et le but est manqué.
Il faut aussi bien feinter, ne pas donner l'impression
qu'on va tirer ». C'est la lutte à mort entre
le buteur et le gardien parce que ce dernier possède l'instinct
de survie. Un réflexe tout aussi spontané, voire sauvage
que celui de ces assassins de buteur. C'est une question
d'instant. « Moi, je lis ce que le gardien a dans
la tête et vice-versa. On se comprend. Le moment arrive
où l'on vaincra l'autre ». Un but d'anthologie ?
Oui plusieurs. Mais il se souvient d'un coup franc tiré
à partir de la position d'ailier droit. Difficile. L'angle
est étroit. « Ce fut un goal nous permettant d'enlever
le championnat ». C'était en 1963, Tersana
a remporté son premier championnat ... Son seul jusqu'à
présent. Grâce à ce duo d'enfer ? |
Ahmed
Loutfi |
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| Le
coup de génie |
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Ceux
qui veulent rencontrer Moustapha Riyad doivent se rendre
sur le terrain. Il est un peu le roi des lieux. Il fait
corps avec le gazon, les deux cages, les tribunes. Parler
de sa carrière ? Pourquoi pas ? Il ne retient
pas beaucoup les dates, pas par manque d'intérêt, mais
parce qu'il a toujours été là. Un « enfant de
la balle ». Ses appellations sont presque à l'inverse
de celles de Chazli, bien que données par le même journaliste,
Galil Al-Bindari. « C'est le diesel »,
nom donné au train le plus rapide d'Egypte, au cours des
années 1960. Plus poétique est le surnom « Le
cerf brun ».
Tout
ceci dénote de ses qualités de footballeur, rapidité,
et surtout maîtrise du ballon et dribble. On lui ajouterait
un autre qualificatif, le rusé. Parce que Riyad était
aussi un véritable renard. Mais parfois, il était inégal,
d'où le surnom de « celui qui joue à sa guise ».
De toute façon, son histoire s'associe avec celle de Chazli,
que ce soit à Tersana, ou dans l'équipe nationale.
Des buteurs. Chacun a sa manière. De vrais conquérants.
Riyad, lui, était connu pour sa course solitaire. Le ballon
contrôlé au milieu du terrain. Les conditions sont propices
et le voici qui s'élançait jusqu'aux buts adverses. Impossible
de l'arrêter. Il marque. Autant Chazli avait de la puissance,
autant Riyad avait de l'élégance.
Son
plus beau record remonte aux Jeux Olympiques (JO) de Tokyo
en 1964. Face à la Corée, l'Egypte signe un score prolifique
de dix buts à zéro. Riyad est l'auteur de six d'entre
eux. Un record inégalé dans l'histoire des JO. Il réfléchit,
les souvenirs viennent un à un, mais dans un ordre dispersé.
Il les confond parfois et apprête vérification et précision.
Et Chazli ? Il sourit. Des compères, ils l'ont été.
Un duo, ils l'ont été aussi. Leur un, deux permettait
à Tersana de se trouver juste devant les filets.
Chazli, dit-il, un buteur instinctif. « Il tombait
malade s'il ne marquait pas. Il fallait lui donner la
chance de marquer, autrement il piquait une crise. On
riait. Mais on comprenait. Les supporters ont la mémoire
courte. Ils ne se souviennent que du nom du buteur ».
Ainsi,
Riyad vient en deuxième positon dans le classement des
buteurs égyptiens : 148 buts en championnat. Moins
que Chazli, sans doute à cause de son « mazag »,
son tempérament. Riyad est une sorte de bohème du foot.
« C'est dès le coup d'envoi que je sais si les
choses vont marcher pour moi ou non. Un premier faux pas
et je sais que cela ira mal ». Défaitiste ?
Sûrement pas. C'est une question de tempérament. Tout
en lui donne cette impression d'artiste. Il dit qu'à la
veille des matches importants, il consommait une bouteille
de bière, se faisait masser, et dormait. Le lendemain,
il était frais pour la rencontre. Il se promenait un peu
partout, regardait les matchs même des juniors. « Je
m'appropriais les techniques des uns et des autres pensant
enrichir les miennes ». Pour renforcer son pied
gauche, l'entraîneur l'obligeait à ne pas mettre de soulier
dans le pied droit. Cela avait été payant parce que son
déhanchement, l'incertitude qu'avait le défenseur quant
au pied qu'il allait utiliser lui permettait de désarçonner
celui-ci. Il a été meilleur buteur trois saisons de suite
à partir de 1961-62. Applaudi par tous, y compris ses
adversaires, un gardien adverse l'a félicité pour un but
splendide. Esprit de fair-play ou masochisme ? En
tout cas, Riyad a fait partie de la légende.
Pour
son club Tersana, il a tout fait. En 1976, il s'était
retiré et était parti aux Emirats arabes unis comme entraîneur.
Le club a connu alors une véritable descente aux enfers.
Il ne restait que 5 matches et le club risquait la relégation.
On fait appel à lui et à Chazli. Ils réussissent un vrai
miracle. Ils vont de succès en succès. Finalement, à l'avant-dernier
match, Tersana est sauvé. Il reste un match de
championnat contre Ahli. Il ne changera en rien
le résultat définitif. Riyad ne joue pas cette rencontre.
Une question de courtoisie ? « Ma tâche était
d'aider mon club et non de contrarier Ahli ».
Tersana
a connu son heure de gloire sous les années 1960. Chazli
et Riyad y ont été pour beaucoup, voire pour tout. « Il
y a une chose aussi. Nasser était un supporter de
Tersana. On lui a demandé qui était ses footballeurs
préférés. Il a dit Chazli et Riyad. Nous étions un club
ouvrier, cela allait bien avec les idées de la révolution ».
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