Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Société

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Arts
Société
Sport
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine

Planning familial . Une étude effectuée par l'équipe médicale de l’hôpital de Galaa au Caire vise à proposer une solution rapide et efficace à l’explosion démographique en Egypte. Elle a commencé a être mise en application dans la plus grande discrétion.

La contraception du fait accompli

Tout a commencé par une rumeur selon laquelle certains gynécologues dans des hôpitaux publics d’Egypte plaçaient des stérilets aux femmes venues pour accoucher.

Jusque-là, rien d’étrange. Mais, la nouveauté cette fois-ci c’est qu'une telle pratique est effectuée dans les 48 heures qui suivent l’accouchement, à un moment où les femmes sont vulnérables et surtout pas en mesure de prendre une telle décision. Et dans la plupart des cas, ce n'est qu'à la sortie du bloc qu'on les informe. Bref, elles sont mises devant le fait accompli.

Bien que cette méthode de contraception soit ordinaire et même bien répandue en Egypte, c’est bien la première fois que l'on l'impose à la femme lors de son accouchement. « Malgré les préjugés, c’est le moment idéal pour placer un stérilet. L’utérus est élargi alors que le col n'est pas tout à fait fermé. Cela permet au gynécologue de placer facilement le stérilet dans la cavité utérine sans courir de risques d'en blesser les parois. Lors de ce geste médical, la femme est mise sous anesthésie et ne sent aucune douleur. Elle sort de l’hôpital en ayant accompli deux missions importantes : avoir mis au monde un bébé et suivi en même temps un planning familial », explique le Dr Abdel-Aziz Al-Choubari, directeur de l’hôpital Galaa pour l’accouchement.

L'explication d'une telle démarche médicale est que la plupart des femmes décident de quitter l’hôpital dans les heures qui suivent leur accouchement. Et c’est donc le seul moment où l'équipe médicale peut les coincer. Le facteur psychologique joue aussi un rôle important. « Après l’accouchement, la question du planning familial peut ne pas lui venir à l’esprit. Si nous devons attendre qu'elle fasse le premier pas en venant à la consultation, cela ne se fera jamais », explique le Dr Ali Al-Qassas, gynécologue.

Le choix du moment est en fait le facteur-clé de cette nouvelle pratique. C’est, selon les experts, le secret de sa réussite. « L’idée réside dans le fait de saisir la femme sur le vif alors qu’elle est encore traumatisée par l’accouchement et donc pas prête à revivre la même expérience au moins pendant deux ou trois ans. Ce qui explique pourquoi toutes les femmes à qui j’ai demandé leur avis à propos de cette pratique l'ont approuvée », explique le Dr Moustapha Radi, gynécologue.


Le droit de choisir

En effet, cette expérience est appliquée en Egypte depuis à peine deux mois et dans un nombre très limité d’hôpitaux publics. Elle se passe dans la discrétion la plus totale en attendant de juger de son efficacité. Ce qui explique pourquoi elle n’a pas fait le sujet d'une campagne médiatique jusqu’à ce jour.

Pourtant, l’idée a été abordée dans le pays depuis plus de quatre ans. Il s’agit d’une étude effectuée par l'équipe médicale de l’hôpital Galaa et qui vise à proposer une solution rapide et efficace à l’explosion démographique en Egypte. Ce problème qui selon les experts est l’obstacle numéro 1 à tous les projets de développement. L’étude s'est inspirée d’expériences semblables qui ont été pratiquées dans des pays comme la Chine et le Mexique et dont les résultats ont été surprenants. « L’idée n’est pas nouvelle. Elle fait partie de notre branche d’études et est citée dans toutes les publications et références en gynécologie. J’ai même suivi un stage de formation concernant cette pratique au Mexique avant de venir l'appliquer en Egypte. Dans d’autres pays, on a recours à d'autres techniques plus radicales. Le cas en Chine où l’on ligature obligatoirement les trompes dès le premier accouchement. Ce que nous ne pouvons nous permettre en Egypte vu les critères religieux et les valeurs morales de notre société. En plaçant un stérilet, la femme peut à tout moment l'enlever si elle décide d'avoir un autre enfant », explique le Dr Al-Choubari.

Ce médecin a présenté son étude qui a reçu l'approbation du ministère de la Santé. Ainsi, il a entamé cette expérience à titre d'essai dans quelques secteurs sanitaires. Aujourd’hui, certains hôpitaux publics, universitaires et même dispensaires expérimentent cette pratique.

D’ailleurs, l’approbation ministérielle révèle à quel point l’Etat est prêt à tout pour trouver une solution à l’explosion démographique. Et bien que du point de vue médical, tous les experts affirment qu’elle n’engendre aucun risque, sur le plan moral, elle reste très controversée.

Selon les déclarations des médecins, la femme ou son mari doivent donner leur accord avant que le médecin n'impose à la femme une méthode de contraception. Et pour prouver qu'il y a eu consentement par l'un des conjoints une somme modeste de 5 L.E. est versée, représentant le prix du stérilet. Pourtant, des gynécologues disent informer les femmes avant de leur placer un stérilet et si l'une d'elles refuse, on ne le lui place pas.

Mais dans quelques hôpitaux et dispensaires situés dans des quartiers populaires du Caire, des femmes ignorent qu'on leur a posé un stérilet. « C’est une sorte d’étude qui se passe dans la plus grande discrétion. Nous avons reçu des directives très strictes pour réaliser cet objectif. Officiellement, le directeur de l’hôpital déclare que le médecin qui se hasarderait à le faire sans l'assentiment de l'intéressée sera soumis à des sanctions sévères. En réalité, aucune femme n’est prévenue à l’avance », avoue un jeune gynécologue dans un hôpital public de Choubra. Pour dire que la mise en application de cette méthode plane dans le flou total, et les déclarations médicales ne vont pas toutes dans le même sens et parfois se contredisent.


Approche contestée

C’est en fait la raison pour laquelle l’expérience se limite à quelques hôpitaux publics et dispensaires des quartiers populaires. Car il s’agit d’une tranche de la société qui ne possède pas les moyens de se soigner dans les hôpitaux privés, qui ne connaît pas ses droits et ne saurait lutter pour les avoir. « C’est porter atteinte à la dignité humaine que de ne pas laisser une personne disposer de son corps. Quelle loi ou religion autorisent-elles une telle démesure ? Est-ce parce qu’on n’ose pas faire une telle expérience sur des riches qu'on utilise les pauvres comme des cobayes », s’indigne Cheikh Abdel-Metaal, homme de religion.

Un avis partagé avec Fardos Al-Bahnassi, activiste dans des ONG féministes. Selon elle, « il s’agit d’une atteinte aux droits de l’homme. Rien ne peut justifier le fait de priver la femme de son droit de décider de son propre corps. Le désir de procréer est une décision qui revient à elle et à son mari. Comment ose-t-on s'immiscer dans la vie la plus intime du couple. Il ne reste qu'à imposer le nom du bébé ». L’Etat aurait, selon elle, opté pour la solution facile, celle de mettre les gens devant le fait accompli. Au lieu d’opter pour des solutions plus humaines telles que repousser l’âge du mariage, faire plus d’efforts pour cultiver les femmes, les sensibiliser au planning familial et les encourager à contribuer un peu plus à la vie active, on les traite comme des esclaves.

Mais, il semble que chacun voit le problème de son point de vue. Pour les défenseurs de l’idée, il s’agit là d’une protection pour la femme. « Je reçois dans ma clinique des femmes qui, à l’âge de 31 ans, ont huit et neuf enfants. Elles font le double de leur âge et sont en très mauvaise santé. Pour des cas pareils, je n'attends pas leur point de vue pour sauver leur vie, n’est-ce pas en tant que tel une raison assez suffisante ? », s’interroge un gynécologue dans un dispensaire à Saft Al-Laban.

Selon lui, les sept dernières années ont témoigné d’un bouleversement dans les idées. « Il est devenu fréquent de voir une femme tomber enceinte une cinquième fois. Une chose qui avait presque disparu un certain temps et qui revient de nouveau », justifie le Dr Radi.

En présence d'une telle situation, les partisans du nouveau projet trouve qu’il s’agit d’une bouée de sauvetage pour la femme et pour une société sle point d'exploser. Selon leurs propos, il faudrait peut-être une période de transition pour sensibiliser l’opinion publique avant que le projet ne se transforme en un projet national.

Mais, il faudrait d’abord franchir les barrières du silence et de la clandestinité. Seule la transparence pourrait faire de cette expérience une véritable réussite.

Amira Doss
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631