Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Patrimoine

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Arts
société
Sport
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Architecture . Abdel-Rahmane Katkhoda est un grand constructeur de l'époque ottomane. Il a élevé et restauré bon nombre de mosquées, et élargi la mosquée sainte de La Mecque.
L'œuvre de Katkhoda

Le quart de siècle du règne d’Abdel-Rahmane Katkhoda fut une ère de prospérité pour l’Egypte, notamment pour Le Caire. Dans l’éclat de la capitale, Abdel-Rahmane Katkhoda a joué un rôle de premier plan par l’activité architecturale dont il était l’initiateur. Sous le gouvernement du prince Abdel-Rahmane Katkhoda, Le Caire connut une véritable « fièvre architecturale » : 19 mosquées et 29 sabils (fontaines publiques) furent édifiées en l’espace d’un quart de siècle. Bilan étonnant auquel on doit ajouter d’importants actes de restaurations et de conservations des mosquées et autres édifices islamiques.

Le grand prince ottoman Abdel-Rahmane Katkhoda impose (vers 1740 et 1750) une esthétique originale dans ses constructions. Ce prince remarquable disposait d'une énorme fortune personnelle constituée grâce aux héritages de son père, Hassan Katkhoda (mort en 1715), et du Mamelouk de ce dernier, Osmane Katkhoda (mort en 1736). Ses fonctions à la tête de l'odjaq des janissaires (1751-1765) lui assuraient par ailleurs des revenus considérables. Il mit ces moyens au service d'une activité de construction tout à fait extraordinaire, puisqu'on lui attribue pas moins de 12 mosquées, 3 couvents et 14 fontaines, outre de nombreuses restaurations (comme celle d'Al-Azhar). Gabarti (historien arabe, 1879), qui ne l'aimait guère, fut cependant impressionné par ces réalisations : « Il fit élever tant d'édifices qu'il fut surnommé le bienfaiteur et le restaurateur des monuments de l'Egypte, de la Syrie et de la Turquie ». Un remarquable bilan quantitatif.

« En 1744, il commence la construction du sabil de Bein Al-Qasrein et de la mosquée du cheikh Motahhar, mitoyens. A cette époque commence toute une série considérable de grandes constructions de l'émir. En 1754, il a été placé au premier rang des dirigeants du Caire », souligne Mohamad Aboul-Amayem, architecte. Parmi ses grandes œuvres figurent également la fontaine de l'Azbakiya, l'agrandissement d'Al-Azhar (1751-1756), la mosquée Chouazliya et la zawiya (couvent, 1754).

Dans la région d'Abdine, Katkhoda fit construire une résidence. « Une maison qu'il habita. Elle était grande et bien aménagée. Aucune autre maison ne pouvait lui être comparée pour la distribution des pièces, les décorations, les marbres, les mosaïques, les dorures et les émaux. Près de cette magnifique maison, il fit dessiner un jardin au milieu duquel il construisit une grande salle fontaine renfermant une fontaine supportée par des colonnes en marbre blanc merveilleusement travaillé », décrit Asl Gabarti. Et de remarquer le fait qu’Abdel-Rahmane Katkhoda, passionné de construction, avait aussi quelques compétences en architecture (ingénierie) et était capable de tracer lui-même des plans avec goût, une compétence qui semble nécessiter une formation, peut-être acquise auprès de praticiens du Caire.

Il a été deux fois exilé à Hédjaz : la première fois pendant 18 ans et la deuxième pendant 10 ans. Durant son exil, il a effectué des travaux considérables d'élargissement et de restauration de la mosquée Al-Haram à La Mecque. Le 8 avril 1776, onze jours seulement après le retour de l'émir de son deuxième exil au Hédjaz, il mourut dans sa maison. Ses obsèques, comme le rapporte le grand historien Gabarti, furent impressionnantes : « Les savants, les princes, les négociants, les muezzins, les élèves de toutes les madrassas qu'il avait fondées, lui firent cortège. Les prières furent prononcées sur son corps dans la mosquée Al-Azhar qu'il avait tant contribué à agrandir, et il fut enterré dans le tombeau qu'il s'était fait construire dans l'angle Est de la mosquée. Son tombeau existe toujours aujourd'hui. On n'a jamais pu l'égaler », écrit Gabarti.

L'historien arabe reconnaît sa piété et sa charité, dont témoignent en effet tant de fondations religieuses (mosquées et zawiyas), d'œuvres de bienfaisance (sabils et maristan) et de donations en faveur des écoliers et des étudiants d'Al-Azhar. A l'approche de l'hiver, il faisait distribuer chaque année aux pauvres aveugles des costumes en laine ... Aux femmes pauvres et aux veuves, il donnait des vêtements et des chaussures. Pendant tout le mois de Ramadan, il faisait servir aux indigents, réunis en masse devant sa porte, des plats de viande et autres mets préparés au beurre. Une fois ces pauvres rassasiés, il remettait à chacun deux pains et une pièce de monnaie pour leur sohour (repas avant l'aube).

Ce prince fastueux et pieux marque Le Caire d'une empreinte ineffaçable dont témoignent, aujourd'hui encore, les monuments qu'il y fit ériger entre 1744 et 1765. « Abdel-Rahmane Katkhoda a donné au Caire islamique sa forme monumentale. Son activité architecturale exceptionnelle contribua largement à fixer d'une manière durable l'image du Caire traditionnel, qui ne devait guère changer avant la modernisation de la ville, plus d'un siècle plus tard », conclut André Raymond, chercheur français spécialiste de la période ottomane et professeur émérite à l’université de Provence.

Amira Samir
Retour au sommaire
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631