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Architecture . Le Caire islamique abrite une multitude de grands monuments bâtis par les sultans et les aristocratiques de la ville. Ces bâtisseurs d'antan, dont certains avaient la folie des grandeurs, ont profondément et durablement changé le visage de la ville.
Le Caire des grands bâtisseurs

Sous les Mamelouk, les sultans et les princes ont joué un rôle de premier plan dans l’activité architecturale. C'était alors l'âge d'or de la construction du Caire islamique. Cette période de grande prospérité fut marquée par un développement démographique et par une expansion urbaine qui appelaient à l’édification des monuments publics nécessaires pour répondre aux besoins de la population, et assurer l’équipement des zones nouvellement bâties. Des mosquées, des khanqas, des madrassas, des sabils, des ahwads (abreuvoirs), et beaucoup de maisons et palais ont peu à peu remplacé la ville antique.

D’une manière générale, durant la période mamelouke, cette richesse architecturale paraît être limitée à l'enceinte du Caire islamique. Les grands bâtisseurs du Caire islamique étaient surtout les sultans, leurs émirs, et les aristocrates de la ville. Mais qui sont les véritables bâtisseurs ? Est-ce les sultans qui commandent la construction des édifices, ou bien leurs vizirs (ministres), qui choisissent les architectes et surveillent leurs travaux. Au premier coup d'œil, on ne retient que les sultans. D'ailleurs, dans Le Caire islamique, on trouve principalement des édifices religieux.

Les grands bâtisseurs du Caire n'ont-ils construit que ça ? Certes, il y a une architecture civile. Les palais et les grandes demeures en grande partie disparus aujourd'hui. De meme, la plupart des constructions civiles des époques fatimide et ayyoubide ont disparu. Il n'en reste que les fortifications du Caire : les portes de la ville édifiées sous le règne des Fatimides, la Citadelle de Salaheddine Al-Ayyoubi, et la muraille islamique du Caire, près de Fostat. « Le grand projet de Salaheddine Al-Ayyoubi fut en fait la muraille du Caire de 21 km. Mais le plus important, c’est la Citadelle du Caire, qui devenait le siège de pouvoir, sous les Mamelouks et les Ottomans. La Citadelle de Salaheddine est en fait le monument islamique le plus visité du Caire, plus que les monuments de la vieille ville », explique Stéphane Pradines, membre scientifique de l'Institut Français d'Archéologie Orientale (IFAO) du Caire.

Nous avons en effet une image partielle des œuvres des bâtisseurs du Moyen-Age. Nous ne connaissons qu'une partie de ce qui a été construit. Si les édifices religieux ont été conservés, c'est parce qu'ils ont beaucoup de valeurs pour la société et pour les habitants. Le grand nombre d'édifices religieux s'explique par le grand nombre de bâtisseurs à travers les différentes époques de l'islam. Chacun de ces bâtisseurs voulait en ériger pour maintenir son prestige (lire encadré).


Complexes monumentaux

Cela explique aussi le caractère monumental des constructions, à l'image de celle de certains pharaons. Ce gigantisme visait aussi à donner plusieurs vocations à chaque édifice. « L'une des particularités de l'époque mamelouke, à partir du XIIIe et du XIVe siècle, pas seulement au Caire mais dans tout le monde islamique oriental, c'est que l'on a décidé d'associer un monument avec plusieurs structures. Il s'agit de plusieurs monuments associés avec plusieurs fonctions », indique Julien Loiseau, également membre scientifique de l'IFAO.

Le monument le plus prestigieux au Caire islamique est très probablement celui du sultan Qalaoun, puisqu'il est aussi le plus vaste. Le sultan mamelouk baharit Al-Mansour Mohamad Ibn Qalaoun, qui régna de 1279 à 1290, fut l'un des grands souverains de cette période. Il a choisi la rue Bein Al-Qasrein, à Gamaliya, pour y édifier son complexe monumental composé d'un mausolée, d'une madrassa et d'un maristan (hôpital). Achevé au bout de onze mois, le complexe du sultan Qalaoun a été construit entre 683 - 684 de l'hégire (soit 1284 - 1285 de l'ère chrétienne). On parle d'un complexe de trois édifices somptueux bâtis sur 5 000 m2 avec des colonnes géantes en granit et des plafonds très hauts qui atteignent plus de 30 mètres. Son complexe renferme le plus haut minaret et la plus belle coupole de toute l'artère historique de Bein Al-Qasrein. L'architecture mamelouke a tendance à tourner les monuments vers le ciel. La grande activité du sultan mamelouk Qalaoun, comme le remarque l'historien arabe Al-Maqrizi, eut un effet d’entraînement à partir de 1313. Le sultanat remplissait sa tâche normale : travaux de prestige, constructions de grandes mosquées publiques dans les zones de peuplement nouveau, de nouvelles mosquées de niveau modeste, là où aucun notable ne pouvait assumer la charge, aménagement de réseau d'eau, ouverture de zones pour ensevelir les morts des milieux les plus démunis ...

Il ne faut pas oublier d'autres de ses réalisations architecturales de nature souvent militaire : il restaura en effet les Citadelles du Caire, d'Alep, de Damas et de Baalbeck. Sous son règne, les Egyptiens ont connu stabilité et prospérité. Il était l'un des Mamelouks du dernier sultan ayyoubide Al-Saleh Negmeddine Ayyoub et devenu sultan d'Egypte après une période de transition. Son prestige était tel que, pendant près d'un siècle après sa mort, se succédèrent au pouvoir, soit ses propres descendants, soit des Mamelouks qui lui avaient appartenu.

Les autres complexes construits au XIVe siècle associent généralement trois choses : une madrassa, un khanqa pour les soufis, et un tombeau pour les fondateurs. Citons surtout le complexe de Barqouq (1400-1411) qui se trouve toujours à Bein Al-Qasrein près de celui de Qalaoun. Le témoignage bien connu de l'historien maghrébin Ibn Khaldoun découvrant Le Caire en 1392 au début du règne du sultan mamelouk Barqouq, reflète la grandeur du Caire islamique : « Le Caire, métropole du monde, jardin de l'univers, haut lieu de l'islam, siège du pouvoir ... Des palais sans nombre s'y élèvent, partout y fleurissent madrassas et khanqas ... J'ai traversé ses rues : les foules s'y pressent, les marchés y regorgent de toutes sortes de biens ». Le règne du sultan mamelouk Barqouq fut d'une durée exceptionnelle pour l'époque. Et ce fut une ère de grands travaux pour la ville. Depuis la construction de la khanqa funéraire de Farag pour son père le sultan Barqouq, le cimetière au nord du quartier de la Citadelle s'était couvert de monuments. De grands sultans mamelouks comme Inal (1451-1456) et Qaïtbay (1472-1474), ainsi que des princes comme Qurqmas (1511) y firent édifier de prestigieux ensembles funéraires. C'était la cité des morts de l'élite. « La mosquée du sultan Hassan dans le quartier de la Citadelle est un genre de complexe puisqu'il renferme une mosquée, une madrassa et un tombeau. C'est un complexe particulier, c'est un complexe dans un seul bâtiment à trois fonctions », relève Julien Loiseau. Le sultan Qonsowa Al-Ghouri, quant à lui, a construit son complexe à Ghouriya : une madrassa, un mausolée, un sabil et une wékala.

L'émir Azbak, l'un des plus hauts dignitaires de l'Etat mamelouk circassien, avait entrepris de grands travaux de construction en 1476 sur la rive Est du plus grand étang du Caire, qui prit ensuite le nom d'Ezbékiya. Il y construisit un palais somptueux, une grande mosquée, un sabil et des bâtiments à vocation économique (immeuble à usage locatif, rabéa, bains, boutiques, maisons à louer), un vaste complexe qui devait encourager les Cairotes à venir s'installer dans ce quartier.

Pour ces grands bâtisseurs, il en fut comme pour les Anciens Egyptiens. Ceux qui sont restés gravés à jamais dans les mémoires sont les plus puissants et les plus grands. L'Egypte est à un certain égard la terre de la démesure.

Amira Samir
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Pour la gloire et la piété

Il y a plusieurs choses à faire quand on est émir et surtout quand on veut devenir sultan. D'abord, il faut avoir un palais (construire ou acheter), édifier un tombeau pour gagner du prestige, mais aussi pour voir son nom écrit sur les monuments. Par ailleurs, il y avait une idée selon laquelle il faut aider l'islam et le sauvegarder. Pour cela, un des devoirs des dirigeants est de faire construire des mosquées et d'autres établissements au profit de l'islam et des fidèles. En général, ce sont les sultans et les princes qui devaient prendre en charge tous les édifices à vocation religieuse, notamment les mosquées collectives pour la prière du vendredi. Au XIVe siècle, il y avait presque 140 grandes mosquées du vendredi, outre des madrassas (collèges) et des khanqahs (couvents de derviches). Ces monuments exigeaient toute une infrastructure, notamment une adduction d'eau qui est très importante pour la ville ancienne : des sabils pour les gens et des bassins pour les bêtes, et puis d'autres équipements qui sont moins indispensables comme les hammams (les bains), les marchés, les wékalas, etc. Les émirs retirent aussi un profit de ces œuvres, un profit économique parce que quand on construit par exemple un khan, on y loue des boutiques.

Pour financer cette recherche de gloire, il fallait avoir recours plus au système des Waqfs ... Ce système se développa surtout au XVe siècle, mais il était déjà en œuvre au XIVe siècle. Il incita tous ceux qui avaient de l'argent disponible, notamment les princes, à construire ce genre de bâtiment. Les bénéfices pour les princes étaient également moraux, puisqu’il leur assurait le respect de ceux qui allaient être aidés par le Waqf, à savoir la population de tout un quartier s'il s'agissait d'une mosquée.

A. S.
 

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