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Nouvelles technologies . Une conférence arabe sur l'informatique en présence de Bill Gates, patron de Microsoft, est venue mettre l'accent sur la nécessité d'un essor informatique.
L'Egypte,
un centre informatique régional ?

Une société de l'information ? Une société de la technologie ? Les promesses pleuvent depuis plus d'une décennie. Elles sont sans cesse renouvelées. Octobre 1999, le premier ministre, Atef Ebeid, prend ses fonctions à la tête du gouvernement. Sa tâche était de moderniser l'Egypte, conduire le pays vers l'ère de la technologie en élargissant l'utilisation de l'informatique dans les domaines de l'éducation, de l'économie, des services sociaux et dans le système juridique. Deux nouveaux portefeuilles ont été créés, industrie et recherche technologique d'une part et communications et informatique de l'autre. Par ailleurs, lors de sa visite aux Etats-Unis en 2000, le président Moubarak s'est attardé en Virginie, considéré comme l'un des Etats des plus importants en matière d'informatique et de technologie de l'information. Le ministre des Communications et de l'Informatique, Ahmad Nazif, qui a accompagné le président lors de cette visite, avait déclaré à Al-Ahram Hebdo : « Nous avons visité une importante société en Virginie : PSI NET. Cet Etat est considéré comme étant le plus important en ce qui concerne la technologie. En 5 ans, elle s'y est énormément développée, ce qui constitue pour nous un exemple. Le président Moubarak s'est entretenu avec les présidents des sociétés de Virginie pour les inciter à investir en Egypte ». Le gouvernement avait d'ailleurs décidé que toute personne qui investira dans le domaine de la technologie sera exempté d'impôts pendant cinq ans et les taxes douanières sur les logiciels informatiques seront aussi réduites.

Quatre ans plus tard, comment ces plans ont-ils avancé ? Le président égyptien Hosni Moubarak a reçu dimanche le fondateur et patron du numéro un mondial des logiciels Microsoft, Bill Gates, qui effectue sa première visite en Egypte, et le programme informatique égyptien a été débattu lors de cet entretien ; Gates a exprimé son soutien à ce programme. La veille, il avait inauguré avec le premier ministre, Atef Ebeid, le premier portail électronique du gouvernement égyptien.

Selon M. Ebeid, ce portail constitue « une source riche capable de fournir des services gouvernementaux aux Egyptiens et aux étrangers, ainsi qu'aux hommes d'affaires, 24 heures sur 24 ». Il a précisé que ce site avait été conçu « pour répondre aux demandes des citoyens égyptiens et des investisseurs » et qu'il va commencer par fournir certains services de base des ministères de l'Intérieur, des Finances, de l'Electricité et du Commerce extérieur notamment. Cette présence de Bill Gates a été marquée aussi par une conférence sur le développement de Microsoft au Moyen-Orient qui a rassemblé près de 2 000 employés dans les différentes succursales de l'entreprise dans la région et par un Forum de cadres gouvernementaux arabes, consacré aux technologies de l'Information et des communications, qui s'est ouvert samedi au Caire en présence notamment du vice-président de Microsoft responsable de l'Europe, de l'Afrique et du Moyen-Orient, Emre Berkin. Des représentants des gouvernements arabes, ainsi que des entreprises arabes et étrangères spécialisées dans le domaine des technologies de l'information ont pris part au forum. « Les technologies de l'information et des communications sont capables d'aider les pays en voie de développement à progresser et à profiter des techniques modernes pour faire face à leurs problèmes économiques et sociaux », a affirmé le président Moubarak, dans une allocution lue samedi à l'ouverture du forum par Nazif. « L'Egypte veut favoriser la naissance d'une nouvelle génération de citoyens capables d'assimiler la technologie des communications et de l'utiliser dans sa vie quotidienne », a-t-il ajouté.


Pays importateur ou exportateur ?

Ces développements interviennent à point nommé et permettent de poser la question : l'Egypte est-elle devenue un producteur ou reste-t-elle un consommateur et importateur de cette technologie de pointe ? Selon Aymane Abdel-Latif, directeur à Microsoft Egypt, « Nous avons commencé un peu tard, mais nous figurons parmi les pays les plus avancés de la région. Il y a 5 ans, il y avait 300 entreprises privées dans le domaine de la technologie. Aujourd'hui, leur nombre s'élève à 1 000. Désormais, l'Internet est gratuit et un projet intitulé Un ordinateur pour chaque foyer, et un autre, Un ordinateur pour chaque étudiant, sont mis en œuvre. Par ailleurs, il y a le projet dit du gouvernement électronique où tous les services d'Etat seront informatisés ». Pour Abdel-Latif, il s'agit de pas importants dans ce domaine et d'estimer : « Le Japon, qui est l'un des plus grands exportateurs de technologie, importe aussi des systèmes divers ». Il se félicite du fait que « la programmation égyptienne est présente dans le monde arabe et en Afrique ». La formation des jeunes dans ce domaine va bon train, soulignent les spécialistes.

De toute façon, le gouvernement égyptien avait annoncé en 2000 le plan de construction de villages hi-tech, dans le but de devenir une plaque tournante technologique pour le monde arabe. « C'est le futur, a déclaré Ahmad Nazif. L'Egypte est la capitale intellectuelle du Moyen-Orient, c'est dans notre pays qu'est produite une grande partie du contenu en arabe pour Internet. Il faut continuer sur notre lancée ». D'après les informations du ministère des Télécommunications et de l'Informatique diffusées dans la presse égyptienne, près de 50 sociétés privées participent au projet, à hauteur de 26 millions de dollars. Ce projet de villages intelligents s'inscrit dans un plan gouvernemental plus vaste d'informatisation de la société, doté d'un budget de 20 milliards de dollars sur 10 ans. Deux autres villages intelligents sont prévus dans les prochains mois : l'un à Mansoura, à 125 kilomètres du Caire, l'autre à Alexandrie. Microsoft est le premier à s'installer dans le premier village qui reste pour le moment à peu près désert. D'autres institutions se préparent à y déménager : IBM, la Bourse et bien d'autres. Un surplus d'optimisme par rapport à la réalité ?


Le fond du problème

Nabil Abdel-Fattah, chercheur au Centre d'Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d'Al-Ahram, considère que toutes ces réalisations contribuent « à l'amélioration de l'utilisation par les jeunes de la nouvelle technologie. Mais ceci ne fera pas de nous des producteurs ». Il cite à cet égard plusieurs raisons. Il s'agit notamment de « lacunes dans la politique de l'enseignement et d'un manque de coordination entre la politique de l'enseignement et celle de la recherche scientifique ».

« Il y a une grande détérioration dans la politique de l'enseignement, il faut une reforme radicale », précise-t-il. Il donne des exemples concrets : l'Université de technologie Ahmad Zoweil avec parc technologique et autres innovations high-tec n'a pas vu le jour bien que lancée tambour battant avec forces discours. La première pierre a été posée le 1er janvier 2000 au cours d'une cérémonie en présence du président Moubarak sous l'emblème « Nouvelle initiative pour la science et technologie au XXIe siècle ». C'est avec enthousiasme que Zoweil a proposé ce projet. Or, celui-ci n'a pas été réalisé et c'est à Qatar que le prix Nobel américain d'origine égyptienne installera son université. Du côté des responsables, c'est le mutisme complet. Voire le quotidien Al-Wafd avait cité récemment le ministre de l'Enseignement supérieur, Moufid Chéhab, affirmant « qu'il ne savait rien de cette université projetée ».

D'ailleurs, Abdel-Fattah relève que la place de l'Egypte sur le plan de l'informatique et autres technologies de pointe est très limitée par rapport à d'autres pays de la région « que nous sommes censés concurrencer, comme Israël ». Et d'ironiser : « Nous sommes des récepteurs clefs en main ».

Une situation qui n'échappe pas aux responsables qui soulignent cependant le caractère impérieux de ce passage vers l'ère de l'information.

Bill Gates a affirmé au Caire qu'il y avait « beaucoup dpotentialités ici (en Egypte) ... Ce que nous faisons ici est un exemple pour tout le Moyen-Orient ». Lors du Forum de Davos, il avait indiqué qu'un partenariat avec le Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD) pour assurer une formation en matière de logiciels, de centres de formation en matière d'informatique avec des projets pilotes en Egypte, au Maroc et au Mozambique. Ainsi une voie est frayée vers cette société de l'information, mais reste bien en deçà des exigences de notre temps et très dépendante aussi de l'étranger. Mais faut-il oublier que nous faisons partie d'un système international globalisé ?

Injy Al-Qadi
« L'Egypte est en position de pouvoir profiter des nouvelles technologies »

A l'occasion du Forum annuel de cadres gouvernementaux (Government Leaders' Forum) organisé par Microsoft, qui s'est tenu pour la première fois en Egypte, Jean-Philippe Courtois, PDG de Microsoft Europe, Moyen-Orient et Afrique, revient sur la position et le rôle régional de l'Egypte en matière de technologies de l'information.

Al-Ahram Hebdo : Pourquoi avez-vous décidé d'organiser la conférence des leaders gouvernementaux en Egypte cette année et quels sont les résultats de cette conférence ?
Jean-Philippe Courtois : Cette conférence se tenait aux Etats-Unis depuis 6 ans, puis elle s'est tenue à Rome, ensuite en Afrique, et cette fois-ci, nous souhaitions l'organiser au Moyen-Orient. Le choix s'est porté sur l'Egypte, d'abord parce que le pays nous a invité, mais aussi car il y a un partenariat extrêmement abouti et élaboré entre l'Egypte et Microsoft. Ces relations étroites existent depuis de nombreuses années et seront amenées à s'amplifier et à prendre de l'importance à l'avenir. Et c'est intéressant de pouvoir partager ce type d'expériences avec d'autres pays arabes. Les premiers résultats tangibles de cette conférence, c'est déjà la présence de 150 personnes à un niveau de décision très élevé, issues des gouvernements des pays arabes, du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord.

— A quoi ont abouti les réunions ?
— Plusieurs accords ont été conclus ces derniers jours, surtout avec l'Egypte. Deux accords ont été signés : le premier avec le ministère de l'Education, intitulé « Enseignons ensemble ! », qui concerne la fourniture de produits Microsoft au ministère, la formation des enseignants, et la création d'une solution « e-learning » avec laquelle les enseignants peuvent créer un contenu approprié pour leurs élèves. Un portail éducation sera créé, ainsi qu'une Ecole du futur, créée par Mme Suzanne Moubarak.
Le second accord concerne la sécurité de l'information. Il s'agit d'offrir un accès libre aux code-sources de Windows, d'offrir à des ingénieurs égyptiens la capacité d'étudier ces codes, et aussi leur donner la capacité de déployer des solutions Internet extrêmement sécurisées à partir de nos technologies, pour permettre de bien sécuriser les projets d'administration électronique et le commerce électronique. Plusieurs délégations ont été intéressées par les projets égyptiens, et ont demandé une coopération avec le gouvernement ou avec des sociétés égyptiennes.

— Comment évaluez-vous le marché égyptien dans le domaine de la technologie ?
— C'est ma quatrième visite en Egypte en trois ans. Beaucoup d'initiatives ont été mises en place. Avec l'initiative gouvernementale destinée à faire accéder un grand nombre de foyers à des ordinateurs bon marché, le nombre de PC est passé de 30 000 à 90 000 en quelques mois. Bill Gates a été très impressionné quand il a découvert les 4 000 jeunes développeurs présents à ce forum, dont la plupart sont égyptiens. Ces développeurs peuvent couvrir les besoins de l'économie égyptienne et aussi exporter leur savoir-faire. Par exemple, la solution de gouvernement électronique a été développée par des sociétés égyptiennes et Microsoft en tant que consultant.

— Quel rôle régional pour l'Egypte ?
— L'Egypte joue actuellement un rôle très important dans l'ensemble des pays arabes et du Moyen-Orient. Le pays a un plan stratégique de développement des technologies de l'information depuis 4 ou 5 ans. La cohérence des actions, l'ouverture à des partenariats avec l'industrie d'une manière prometteuse, tous ces éléments mettent aujourd'hui l'Egypte dans une très bonne position pour profiter des technologies de l'information et transformer la société en une société de la connaissance et du savoir.

— Un accord a été signé à Davos entre Microsoft et le PNUD en faveur de plusieurs pays, notamment l'Egypte, pouvez-vous expliquer de quoi il s'agit ?
— L'accord permet un collaboration entre Microsoft et le PNUD. Nous avons annoncé deux grandes initiatives « Partenaires dans l'enseignement » et « Potentiel illimité ». La première concerne le système éducatif et vise à aider soit les pays défavorisés ou les communautés les plus défavorisées dans les pays riches pour leur donner accès aux outils de la technologie d'information, aux meilleurs prix possibles, d'aider à créer des partenariats avec des ONG. En Angleterre, par exemple, une association récupère les PC utilisés dans les entreprises de l'Europe de l'Ouest, les reconditionne avec notre aide et les redonne à des écoles qui en ont besoin. Enfin, il s'agit de former les enseignants, avec un investissement de 250 millions de dollars sur les 5 ans à venir. Le programme « Potentiel illimité » concerne les communautés les plus défavorisées dans les zones rurales, des villages éloignés avec des populations en retard. Nous leur offrons des centres de formation et de ressource, sur place.
Avec tout ce qui a été fait en Egypte, nous avons choisi le pays parce que c'est un exemple symbolique.

— Pensez-vous que la société égyptienne est prête à franchir le pas du gouvernement électronique ?
— Cela va se faire étape par étape, il ne faut pas être naïf, puisque il y a beaucoup de personnes et de familles qui ont un revenu faible et qui n'ont pas accès à Internet. Par contre, je suis optimiste puisque un projet comme celui du PC économique permet à la classe moyenne d'accéder à l'Internet, en plus d'une jeunesse qui utilise ces outils dans les écoles, les universités et centres publiques. Les administrations montrent l'exemple et il y aura un effet boule de neige : on crée des moyens et des incitations pour que les personnes et les entreprises arrêtent d'utiliser du papier et se tournent vers des outils numériques. L'ouverture du portail de gouvernement électronique est un pas très important.

— Que reste-t-il à faire ?
— Je pense qu'il faut trouver des moyens de prolonger l'initiative du PC économique. Le secteur des petites entreprises, très vaste, n'est pas assez abordé. C'est le secteur qui connaît le moins bien les technologies de l'information qui peuvent pourtant rendre des services énormes en matière de vente de leurs produits, de gestion, ou pour payer leurs impôts, ou exporter. Il faut faire un effort de formation et montrer aux entrepreneurs comment utiliser la technologie pour développer leurs activités.

Propos recueillis par
Doaa Khalifa

 

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