Al-Ahram
Hebdo : L’Egypte a déposé en août dernier son dossier
de candidature pour l'organisation de la Coupe du monde 2010
et la délégation d’inspection de la FIFA est en ce moment
dans le pays. Etes-vous optimiste ?
Alieddine
Hilal : Ce qu’observe le comité d’inspection en ce moment
est le fruit d'un an d’un travail intense de la part du ministère
mais aussi du comité d'organisation et de tous les secteurs
égyptiens concernés. Nous croyons tous très fort en la capacité
de l'Egypte à accueillir ce rendez-vous sportif majeur.
Je
suis très optimiste. Nous sommes les seuls à avoir publié
notre dossier sur le Net. Ce qui prouve que nous n’avons peur
de rien, que notre dossier est solide et sans failles. Les
autres ne l’ont pas fait. Comme nous n'avons rien à cacher,
nous adoptons une stratégie de transparence. Nous dévoilons
au fur et à mesure les constructions et rénovations qui commencent,
qui sont en cours de réalisation ou qui s’achèvent. Et puis,
notre site Internet est de loin le plus visité des sites officiels
des pays candidats. En plus, nous avons ou accompli ou commencé
à accomplir les travaux que nous nous sommes engagés à faire
dans le dossier. A la différence de certains, nous n’avons
pas voulu déposer des millions de dollars dans un compte en
Suisse pour démontrer notre sérieux. Nous avons préféré commencer
immédiatement les travaux. Ils sont dans l'intérêt du sport
égyptien, et se feront même si nous ne sommes pas choisis
par la FIFA pour organiser la Coupe du monde en 2010.
— Où
en sont donc les travaux ?
— La
masse de travail accompli ces 8 derniers mois est énorme.
Nous avons commencé par la création de 3 nouveaux stades :
celui de Borg Al-Arab (85 000 places), le nouveau stade
de Suez (45 000 places) et celui d’Ismaïliya. Deux autres
grands stades, celui du Caire et de Moqaouloun Al-Arab sont
en cours de rénovations. Nous basons davantage notre campagne
sur les réalisations concrètes que sur les promesses.
— Face
à des concurrents de taille comme l'Afrique du Sud, le Maroc,
la Tunisie et la Libye, quelles sont concrètement pour vous
les chances de l'Egypte d’accueillir la Coupe du monde 2010 ?
— Nous
possédons une excellente situation géographique. Les Egyptiens
sont accueillants et ont l’habitude de recevoir des touristes.
Notre pays présente aussi d'excellentes conditions sécuritaires
et sanitaires. En ce qui concerne le sport africain, c’est
un pays remarquable. Ceci constitue l’un des élément qui nous
distingue par rapport aux autres candidats. L'Egypte a par
exemple été le premier pays du continent africain à participer
aux Jeux olympiques, en 1912 à Stockholm, à créer une Fédération
nationale de football en 1921, à s’affilier à la FIFA en 1923,
à participer à une Coupe du monde en 1934 en Italie. Pendant
25 ans, l’Egypte a été le seul pays africain membre de la
FIFA. Sans compter que notre pays est l’un des créateurs de
la Confédération Africaine de Football (CAF) en 1957. Ses
deux premiers présidents ont été égyptiens : Abdel-Aziz
Abdallah Sallam (1957-1958) et Abdel-Aziz Moustapha (1958-1968).
Le siège de la CAF se trouve aussi au Caire. Les clubs de
football égyptiens ont remporté 22 titres africains interclubs,
soit 25 % des titres interclubs disputés. Ahli
a été nommé meilleur club africain du XXe siècle. De son côté,
l’équipe nationale d’Egypte détient le record de participation
en CAN, qu’elle a remporté à quatre reprises, à égalité avec
le Ghana et le Cameroun. Si un pays africain doit accueillir
une Coupe du monde de football, c’est bien l’Egypte. ll y
a quelques jours, l'équipe nationale égyptienne de football
a été nommée l’un des partisans du célèbre programme de développement
du Mondial (Millenium Goals) créé par le PNUD. Une
première pour les équipes sportives du continent. Très récemment
aussi, le club égyptien de Sekka Al-Hadid (chemin de
fer) a été honoré par la FIFA qui lui a remis un prix spécial
pour avoir ses 100 ans. Encore une première pour l'Afrique.
Le ministère de la Jeunesse a publié un livre sur ce club
qui a été fondé en 1903.
— Certains
pensent néanmoins que les chances de l'Egypte sont inférieures
à celles du Maroc et de l'Afrique du Sud qui seraient d’ores
et déjà prêts à accueillir le Mondial …
— Ce
qu’affirment ces pays relève de la guerre psychologique entre
les candidats. Aucun pays ne peut dire qu’il est prêt aujourd'hui
pour un événement qui va se dérouler en 2010. En plus, l’un
des objectifs d’une Coupe du monde est de favoriser le développement
des infrastructures d’un pays. Nous avons affirmé à la FIFA
que nous voulons organiser cette Coupe du monde, car elle
aidera à développer le pays. Organiser le Mondial en 2010
ouvrira à l'Egypte de nouveaux horizons. C'est une erreur
de considérer que les exigences de la FIFA pour organiser
une Coupe du monde sont différentes de celles du développement
de l'Egypte dans tous les secteurs.
— La
pollution et les problèmes de circulation ne risquent-ils
pas de nuire au dossier égyptien ?
— Toute
nation a ses difficultés. Mais les nôtres sont de très loin
les moins importants. Nous n'avons pas de problèmes de santé
publique, de propagation du sida ou de sécurité par exemple.
La pollution et les problèmes de circulation touchent seulement
la ville du Caire où seul un des 10 stades est implanté. Et
puis nous sommes capables de trouver une solution au problème
des embouteillages d'ici 2010. Nos problèmes actuels ne sont
pas à même d’être fatals au dossier égyptiens. Alors ne les
exagérons pas.
— L’organisation
d’une Coupe du monde par un pays souffrant de manque en infrastructures
ne risque-t-elle pas de peser sur le budget de l’Etat ?
— La
Coupe du monde engendrera des retombées économiques diverses
pour l'Egypte. L'étude achevée jeudi dernier par un groupe
d’experts économiques de l’Université du Caire et du ministère
de la Planification démontre que le Mondial 2010 sera économiquement
rentable avant, pendant et après le Mondial. Il fournira selon
cette étude près de 400 000 offres d'emploi. Les supporters
qui viendront en Egypte alimenteront l’industrie touristique.
Un tel événement est aussi l’occasion pour l’Egypte de développer
son infrastructure. L’organisation de la Coupe du monde devrait
augmenter le PIB de 1,87 milliard de dollars sur 6 ans. Elle
contribuera à la hausse des revenus de l'Etat à hauteur de
273 millions de dollars. Mais, ce qui me satisfait le plus,
c’est que cette volonté d’accueillir la Coupe du monde est
une demande du peuple.
— Pouvez-vous
préciser ?
— Comme
je l'ai affirmé « Egypte 2010, c’est le choix du peuple ».
Je suis ravi que nos concitoyens apposent des autocollants
sur leurs voitures ou encore que les entreprises mettent le
logo Egypte 2010 sur leurs produits, qu'il s'agisse
de bouteilles d'eau, de chaussettes, ou d'emballages de pomme
de terre. Certains syndicats ont par ailleurs organisé des
conférences pour discuter du comment soutenir la candidature
égyptienne pour le Mondial 2010. Les étudiants de différentes
universités ont organisé des manifestations pour soutenir
la candidature égyptienne. De jeunes acteurs et chanteurs
égyptiens comme Amr Diab et Hakim ont pris part à la campagne.
Même le Parti nassérien qui est dans l'opposition et qui critique
systématiquement le gouvernement a mis le logo 2010 en couverture
de son journal.
— Concernant
les cas de dopage et de mauvaise utilisation des substances
diverses avant les compétitions qui ont entaché ces derniers
temps le sport égyptien, que comptez-vous faire ?
— J'ai
abordé ce point lors de ma dernière réunion avec les membres
du Comité olympique égyptien il y a quelques jours. Nous sommes
tombés d’accord sur le fait qu’il nous faut un important laboratoire
d’analyses pour éviter d’avoir à envoyer les échantillons
prélevés sur les sportifs en Europe. L’armée égyptienne a
mis en place un grand centre médical renfermant un laboratoire
d’analyses. Il sera opérationnel dans un mois et pourra compter
sur l'aide de spécialistede l'Organisme mondial de la lutte
contre le dopage. Il sera très utile dans la préparation du
Mondial. On a modifié les règlements des fédérations sportives
égyptiennes en demandant à chacune d’elles des analyses régulières
sur les joueurs internationaux. Nous travaillons également
sur la psychologie des jeunes joueurs. Nous leur expliquons
qu’il n’est pas intéressant d’obtenir de rapides et faciles
victoires grâce à l’utilisation de substances chimiques illicites.
— Avec
cette candidature au Mondial de football 2010, les autres
disciplines sportives égyptiennes ne risquent-elles pas d’être
défavorisées ?
— (Réponse
immédiate) Non. La preuve est qu'à quelques jours de la visite
du comité d'inspection de la FIFA, j'étais au club Guézira
pour décorer l'athlète Omar Al-Ghazali qui a battu le record
du monde de lancer de disque. Quelques jours auparavant, j'étais
à la Fédération de squash pour décorer ses champions. Notre
politique n’a pas changé vis-à-vis des autres disciplines
sportives et elle ne changera pas même si remportons l’organisation
du Mondial 2010.