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Foire du livre . Le pavillon français accorde cette année une large place au nouveau roman égyptien. Un label qui regroupe des écrivains, aux horizons très divers, mais qui partagent une même quête littéraire.
Explorateurs d'écritures

A partir d'une exposition de photos de 15 écrivains égyptiens et avec des colloques à l'appui, un éventail d'écritures les plus divers est au menu de la foire. Sans tomber dans le piège des classifications ou des répartitions par générations littéraires, le Département de Traduction et d'Edition (DTE) du Centre français de culture et de coopération a justement choisi le thème du nouveau roman égyptien pour présenter le roman égyptien contemporain, qui s'est développé considérablement au seuil des années 1990. Une tendance qui regroupe, sans vraiment pouvoir les contenir dans le même panier, des écrivains de différents âges et de tendances très diverses.

Quatre écrivains formulent ainsi leur conception de l'écriture nouvelle et du rapport avec le lecteur. Alaa Al-Assouani, dont le roman Omaret Yaaqobian (L'Immeuble Yaaqobian ) a fait un tabac, déchaînant les critiques et ayant subi une 4e réédition — chose rare surtout dans le champ littéraire — explique sa démarche. « A mes débuts, l'obsession de la nouvelle écriture et de ses significations m'a préoccupée. S'agit-il des premières publications ou des écrivains qui explorent de nouveaux horizons comme par exemple Asdaa al-sira al-zatiya (Les Echos de l'autobiographie) de Naguib Mahfouz ? Ou bien est-il question de celle qui présente une vision nouvelle de la vie ? ».

A partir de ces interrogations, Al-Assouani aboutit à ce que l'écriture nouvelle telle qu'elle est conçue actuellement est une copie de la littérature occidentale, tant qu'on assimile la nouveauté importée, et qu'on la répète, on s'approche de l'écriture nouvelle. Or, cette vision qui a opté pour une structure classique répartie en chapitres, reposant sur le suspens du roman-feuilleton et l'étude psychologique des personnages, porte le danger d'étouffer toute expérimentation, toute aventure nouvelle. Car quelles que soient les influences, une majorité du nouveau roman égyptien s'enfonce dans le quotidien et le marginal, saisit le poids d'un réel sans issue, la conscience d'un changement impossible, et éclaircit à travers l'écriture des moments uniques du vécu. Ainsi, le roman qui est une invention occidentale devient aujourd'hui un patrimoine personnel.

« L'idée de l'influence occidentale devient aujourd'hui insignifiante, affirme Ibrahim Farghali, auteur d'Ibtessamat Al-Qeddissine (Les Sourires des saints). Puisque même le roman arabe classique a été influencé par Balzac et le naturalisme. Peu importe de recourir, aujourd'hui que le roman a bien les pieds sur terre, à un cadre occidental à condition d'y capter mon expérience et ma culture ».

Dans une des nouvelles du recueil Achbah al-hawas (Les Fantômes des sens), Ibrahim Farghali utilise la technique du récit rapporté par plusieurs interlocuteurs, empruntée du type de discours du Prophète, y trouvant ainsi une forme proche du milieu dépeint et de l'expérience qu'il relate. Dans son œuvre, Farghali tente de dépasser le tabou de la sexualité en adoptant une écriture fine, travaillée qui donne à l'érotisme un cachet poétique. « Lorsque j'ai lu les livres du patrimoine arabe, je n'ai jamais senti l'idée de tabou. C'était inclus dans la narration d'une façon naturelle. C'est ce que je cherche dans mon écriture, inclure n'importe quelle idée avec naturel ».


Regards sur le monde

De son côté, Yasser Abdel-Latif, auteur de Qanoune al-werassa (La Loi héréditaire), insiste sur une écriture qui émane du moment où nous vivons. « Je ne me sens pas à l'aise devant l'idée de formes fixes, préconçues. Le critère pour moi est le contenu de l'œuvre littéraire, c'est-à-dire si elle présente une vision nouvelle du monde ou une vision stable, déjà existante. Ce qui compte pour moi, c'est l'authenticité de la position de l'écrivain à l'égard du monde, car l'écriture peut avoir l'apparence de nouveauté, tandis qu'elle flotte sur la surface de la modernité de la vie, sans pouvoir capter la profondeur et l'authenticité de ce qu'elle aborde », insiste Abdel-Latif.

Hana Attiya, elle, s'intéresse surtout au tempo personnel de l'écrivain. Sans être fanatique des techniques nouvelles, elle possède une sensibilité qui lui est propre. « Je ne peux pas du jour au lendemain décider de faire une écriture nouvelle. Les techniques, la langue, tout est le fruit d'une longue accumulation qui forme ma sensibilité littéraire, c'est le fait d'avoir ce mal de vivre afin de trouver mon tempo personnel qui reflète le mieux possible ce que je veux exprimer. Qu'il sorte d'une façon classique ou moderne, c'est le sujet qui impose son écriture, l'important pour moi, c'est le plaisir du texte. L'évolution n'est pas au niveau de la forme, mais un sujet déjà abordé qui date de 200 ans peut être réécrit sous un angle nouveau, sinon c'est une évolution factice et de la clownerie », estime-t-elle

Quant au rapport avec le lecteur qui suscite toujours un grand débat, surtout dans un pays où l'illetrisme est toujours aussi présent, Alaa Al-Assouani revendique de renouer les liens avec le lecteur qui cherche la simplicité sans omettre la profondeur. « En déviant du combat du changement de la société, la littérature perd énormément », affirme Al-Assouani.

Cependant, à l'unanimité, les écrivains refusent de mêler créativité et réception de leur écriture. « Le succès d'une œuvre est le produit de plusieurs éléments difficiles à prendre en considération et qui ne peuvent être une norme en eux mêmes. L'écriture est un procédé très personnel, de même que la lecture. Il existe des exercices de part et d'autre du côté de l'écrivain, de même que du côté du lecteur, et une sorte de secret qui naît entre l'écrivain et ce lecteur inconnu », confie Hana Attiya. Sans vouloir être élitiste, Yasser Abdel-Latif reconnaît une vérité à travers le réel de notre partie du monde, la littérature n'est pas véritablement lue par tout et chacun : « Je pense que la littérature parvient au public lorsqu'elle revêt d'autres formes, les idées des penseurs peuvent par exemple atteindre les masses en épousant des médias tels que le cinéma, la télé, l'enseignement par des professeurs éclairés, etc. », explique Yasser Abdel-Latif.

La réponse provient d'un lecteur qui affirme : « Il existe des esprits qui attendent impatiemment les écritures nouvelles et expérimentales telles que vous l'écrivez, mais elles ne parviennent pas dans les provinces isolées, faute de distribution ».

Dina Kabil

 

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